Carême 1930 : Jésus-Christ

Un signe de contradiction


Ce
n’est pas la première fois qu’au cours de nos
études nous serons mis en présence de Jésus-Christ.
Il y a deux ans, alors que nous examinions les conflits du
christianisme et du monde moderne (1),
Jésus-Christ nous est apparu comme la valeur essentielle du
christianisme. Et lorsque, l’an dernier, nous avons été
conduits à accepter, comme solution du problème que
l’homme est à lui-même, un Dieu d’amour qui
se révèle, nous avons reconnu en Jésus-Christ le
révélateur parfait, la révélation
définitive de Dieu (2).


Toutefois,
ce que nous avons dit alors de Jésus-Christ n’a été,
en quelque sorte, qu’un bref énoncé
d’affirmations dont chacune appelle l’examen d’un
problème central : qui est-il, ce Jésus que nous avons
ainsi rencontré sur les chemins divers que nous avons suivis ?
Ce qu’il a fait, ce qu’il a dit au cours de son existence
humaine suffit-il à rendre compte de l’influence qu’il
exerce depuis dix-neuf siècles ? Cette influence, d’ailleurs,
si grande qu’elle ait été et qu’elle soit
encore, n’est-elle pas appelée à décroître
 ? Ou bien y avait-il en Jésus-Christ quelque chose qui assure
la pérennité de son action ? Et pour nous, hommes du
XX° siècle, peut-il avoir la valeur absolue que lui ont
reconnue tant de créatures humaines dans les siècles
qui ont précédé le nôtre ?


Telles
sont les questions auxquelles je voudrais essayer de répondre
au cours de cette nouvelle série de conférences.


Que les
incroyants, visibles ou invisibles, qui me font l’honneur de
m’écouter, sachant bien que, loin


de
prétendre leur imposer ma conviction, j’ai l’ardent
désir de leur inspirer une volonté de recherche et de
réflexion personnelles.


Et, aux
croyants, puis-je dire qu’en abordant un si grand sujet
j’éprouve plus que jamais le besoin de demander la
collaboration de leur attention fervente et de leur persévérante
intercession pour un effort qui n’a d’autre but que de
faire reconnaître en Jésus-Christ celui que Dieu a donné
aux hommes pour leur révéler leur destinée
véritable et les rendre capables de la vouloir et de la
réaliser avec lui ?


« Cet
enfant est au monde pour être un signe de contradiction ».
Ainsi s’exprima le vieillard Siméon, nous raconte
l’Evangile selon saint Luc (3),
lorsque Joseph et Marie présentèrent au temple l’enfant
Jésus. Et c’est bien là ce que confirme
l’histoire des dix-neuf derniers siècles.

Si,
en effet, nous lui demandons ce que nous devons penser du Christ,
elle nous répond par des témoignages dont l’évidente
contradiction éclate à tous les yeux.

Dès
les origines, alors que Jésus de Nazareth exerce son ministère
en Galilée ou à Jérusalem, nous voyons que,
parmi les Juifs, les uns accueillent son message et les autres le
repoussent. De tous ceux qui ont entendu le Sermon sur la Montagne ou
les Paraboles, combien sans doute ont ouvert leur cœur aux
paroles par lesquelles le Christ s’efforçait de leur
rendre sensible le Dieu qu’il voulait leur révéler
comme leur Père ! Mais combien aussi sont demeurés
fermés à ses appels ! De tous ceux qu’il a
guéris, délivrés, purifiés, s’il en
est qui se sont mis à le suivre sur le chemin qui, par le
Calvaire, devait un jour déboucher en pleine gloire, combien,
au contraire, ont oublié les délivrances dont ils
avaient été l’objet, et se sont remis ensuite à
leur travail quotidien, n’accordant, de temps à autre,
qu’un souvenir de moins en moins net à celui qui, un
jour cependant, était entré dans leur vie comme une
puissance libératrice.

Assurément,
dans les foules qui se pressaient autour de Jésus pour
l’écouter, il y avait des âmes avides de recevoir
de lui quelque chose qui les aidât à comprendre le sens
de leur vie, ou à accepter leurs souffrances, ou à être
plus fidèles à leur devoir. Mais il y en avait aussi en
qui une protestation croissante s’affirmait contre les
exigences que Jésus leur présentait de la part de Dieu.

Et
lorsque, après sa mort, ses disciples ont commencé à
prêcher l’Evangile, beaucoup d’hommes sans doute,
et en nombre toujours plus grand, ont écouté la bonne
nouvelle qu’ils leur apportaient, ont reconnu en Jésus
le Chemin, la Vérité et la Vie, l’ont acclamé
comme le Sauveur du monde et comme leur Sauveur, et ont cru à
sa valeur absolue et à sa divinité.

Mais
pensez, au contraire, à la multitude de ceux qui, ayant
entendu la bonne nouvelle, sont demeurés indifférents,
plus encore ont résisté et sont devenus des adversaires
du Christ par la réponse négative qu’ils ont
donnée à l’appel qui leur était transmis
de sa part.

Témoignages
contradictoires des hommes pour qui Jésus-Christ est devenu le
Révélateur et le Maître de la vie, celui qui,
rendant Dieu certain, donne à l’existence humaine une
valeur d’éternité ; et, par contre, de ceux dont
le cœur n’a jamais tressailli à l’ouïe
de ses paroles, dont l’âme est demeurée
obstinément fermée à son action et qui, ayant
pourtant vécu au contact du christianisme, n’en sont pas
moins demeurés asservis à l’idolâtrie
d’eux-mêmes et des choses.

Tous
les siècles nous apporteraient successivement ces témoignages
contradictoires si nous avions le loisir d’en recueillir ici
l’écho. Qu’il nous suffise d’interroger le
XIX° siècle. Dans l’histoire des Eglises chrétiennes
il restera comme le siècle des missions évangéliques
en terres non chrétiennes. Jamais auparavant comme au XIX°
siècle l’Evangile n’a été annoncé
à tant de peuples, en tant de langues, et par tant de
messagers. Jamais il n’y a eu, de la part de toutes les Eglises
chrétiennes, un si magnifique effort pour faire pénétrer
l’Evangile jusqu’aux extrémités du monde et
pour faire retentir le nom de Jésus-Christ et la révélation
de l’amour de Dieu jusqu’au fond des abîmes du
péché, de la misère et de la souffrance. Jamais,
non plus, il n’y a eu dans les races les plus diverses, de si
authentiques disciples de Jésus-Christ. Et, par ailleurs, vous
le savez, jamais sous l’influence d’une philosophie
positive ou d’une philosophie se disant scientifique, les
élites intellectuelles des nations chrétiennes ne se
sont autant éloignées du christianisme, et jamais les
masses populaires, dominées par le matérialisme
économique, n’ont marqué autant d’hostilité
ou, ce qui est pire encore peut-être, autant d’indifférence
à l’égard de toute conception religieuse de la
vie.

Si,
au moins, chez ceux qui se sont réclamés de
Jésus-Christ, au cours de cette longue histoire, nous
rencontrions l’accord des témoignages. Mais chez eux
aussi éclate la contradiction.

Dès
les premiers temps de l’histoire du christianisme, à
l’apôtre Paul qui voit en Jésus-Christ celui qui a
mis fin au règne de la loi s’opposent des chrétiens,
comme lui d’origine juive, mais aux vues plus étroites,
qui ne peuvent admettre que, pour être disciple du Christ, il
ne faille pas commencer par s’agréger au judaïsme
dont le christianisme n’est, à leurs yeux, qu’une
secte.

Plus
tard, à Athanase qui proclame qu’en Jésus s’est
incarné le Fils consubstantiel au Père répond
Arius pour qui le Logos n’a aucune participation réelle
à la divinité.

Au
XVI° siècle, si Michel Servet meurt sur le bûcher en
priant : ‘Jésus, fils du Dieu éternel, aie
pitié de mois », c’est parce qu’il
déclarait ne pouvoir souscrire à l’affirmation
que les Réformateurs répétaient avec
l’orthodoxie traditionnelle : Jésus, fils éternel
de Dieu.

Et,
au siècle dernier, que de Jésus différents et
contradictoires nous ont été proposés dans les
milieux chrétiens ! Au Christ des définitions
dogmatiques nous avons vu opposer le Jésus homme, grand
inspiré, certes, moraliste incomparable, prophète hors
de pair, mais que rien d’unique ne distingue des autres
créatures humaines. Au Christ de la contemplation mystique
nous avons vu opposer le Jésus, Réformateur social,
prédicateur du Royaume de Dieu sur la terre. Il me serait
facile d’énumérer d’autres contrastes. Que
tant de contradictions aient rejeté beaucoup d’hommes
dans l’indifférence ou dans le scepticisme, qui sen
étonnerait ? En ceux qui ne peuvent se résigner à
l’incertitude, elle a rendu plus pressante encore
l’interrogation : qu’a-t-il donc été ?
qu’est-il donc ce Jésus-Christ que nous montre, mais que
nous cache aussi l’histoire ? C’est alors que, de
l’histoire du christianisme ou de l’Eglise, on se sent
contraint d’en appeler aux historiens, aux hommes qui, s’étant
spécialisés dans l’étude de la vie de
Jésus et des origines du christianisme, pourront, sans doute,
nous aider à échapper à ces contradictions et
nous donner une connaissance exacte et précise de
Jésus-Christ.

II


Il n’y
a pas très longtemps, Messieurs, que les historiens,
ecclésiastiques ou profanes, ont été amenés
à étudier les Evangiles comme des textes quelconques de
l’antiquité, et la personne même de Jésus
comme un Alexandre ou un César. Ce n’est guère
qu’à partir du XVIII° siècle que nous en
voyons quelques-uns mettre en œuvre, dans cette étude,
des méthodes qu’on puisse qualifier de critiques.


Sur la
valeur des Evangiles, le XVIII° siècle nous offre,
d’ailleurs, des appréciations étrangement
opposées. Pour Jean-Jacques Rousseau, les récits des
Evangiles sont vrais, « parce que, dit-il, ce n’est pas
ainsi qu’on invente… et que l’Evangile a des
caractères de vérité si grands, si frappants, si
parfaitement inimitables, que l’inventeur en serait plus
étonnant que le héros » (4).
Par contre, pour Voltaire, « les Evangiles sont écrits
par des gens qui n’étaient au fait de rien, pleins de
contradictions et d’impostures » (5).
Il faut, en attendant la foi, se borner à tirer cette
conclusion : « Il y eut un Juif obscur, de la lie du
peuple, nommé Jésus, crucifié comme
blasphémateur au temps de l’empereur Tibère, sans
qu’on puisse savoir en quelle année » (6).


Vers
1775 paraît, publié par Lessing, le fragment d’un
ouvrage de Reimarus mort peu d’années auparavant. C’est
le premier essai scientifique sur la vie de Jésus. A en croire
l’auteur la prédication de Jésus a été
exclusivement eschatologique et n’a eu en vue que sa
manifestation comme Messie. Il périt à Jérusalem
alors qu’il tentait de se faire proclamer roi (7).


Dans la
première partie du XIX° siècle paraît la Vie
de Jésus
, de David Strauss, qui a, dès les premiers
jours, un énorme retentissement. Pour Strauss, les relations
évangéliques n’ont pas été écrites
à un point de vue historique. Elles ne rapportent pas les
faits tels qu’ils se sont passés, mais expriment
certaines idées au moyen de mythes, ces mythes, au surplus,
étant non pas des récits inventés mais
l’expression de réalités supérieures.


Certes,
la majorité des historiens est alors fort éloignée
d’adopter ce point de vue. Toutefois, l’accord se fait
progressivement sur le véritable caractère que l’on
doit reconnaître aux Evangiles : ce ne sont pas des livres
d’histoire, ni des biographies au sens rigoureux qu’aujourd’hui
nous donnons à ce terme ; ce sont bien plutôt des
résumés de la prédication missionnaire, telle
que les apôtres et les évangélistes la faisaient
retentir là où ils allaient annoncer la bonne nouvelle.
Ce sont comme des manuels d’instruction religieuse, à
l’usage des évangélistes et des premiers
chrétiens.

Mais
ces Evangiles, d’où viennent-ils ? N’y a-t-il pas,
à l’origine du texte que nous lisons dans le Nouveau
Testament, diverses sources que l’on puisse discerner,
et, dans une certaine mesure, délimiter ? Alors commence
et se prolonge pendant plusieurs générations un long et
persévérant travail critique qui aboutit à faire
reconnaître, d’une manière à peu près
générale, dans le monde des théologiens du
Nouveau Testament, des exégètes et des critiques, que
les trois premiers Evangiles dépendent de deux sources
principales : tout d’abord, un recueil de paroles du Seigneur,
qu’on appelle, en langage d’exégète, la
source des Logia, et, ensuite, l’Evangile de Marc ou
plus probablement une forme primitive de cet Evangile.

Cette
théorie, après soixante ans de recherches, a été
acceptée par la grande majorité des critiques.

Est-on
d’accord également dans l’appréciation de
l’image que l’Evangile de Marc donne de la personne et de
l’enseignement de Jésus ? Hélas, non ! Et
ici nous voyons apparaître de nouvelles contradictions. D’après
certains historiens, Marc nous montre un Jésus que la
théologie n’a pas encore touché. Pour d’autres,
au contraire, Marc est déjà tout imprégné
d’influences pauliniennes.


Un
problème nouveau surgit dès lors : n’y a-t-il
pas, dans l’Evangile de Marc lui-même, des sources
diverses ?


En
d’autres termes, peut-on retracer la préhistoire de la
littérature évangélique, et, d’une façon
plus générale, l’histoire de la tradition
chrétienne dont il est bien évident que les Evangiles
n’ont pas conservé la totalité ? (8).


Je ne
puis, cela va sans dire, entrer ici dans le détail de ces
études auxquelles ont collaboré, depuis bien des années
déjà, des savants dont il n’est pas permis de
sous-estimer le labeur. Mais je dois noter à regret le
témoignage que leur rend l’un des critiques les plus
avertis de l’époque contemporaine. « L’on
s’est trop souvent préoccupé, dit-il, de montrer
que les événements ne se sont pas déroulés
comme le racontent les évangélistes plutôt que de
rechercher comment ils se sont réellement passés »
(9).
De sorte qu’ « en lisant certains travaux récents,
on se demande quelle histoire, surtout quelle histoire de l’antiquité
serait possible si l’on avait toujours à l’égard
des documents l’attitude systématiquement défiante,
on dirait volontiers hostile, que certains auteurs prennent à
l’égard des témoignages évangéliques
 » (10).


Que
deviennent les Evangiles sous le scalpel de ces historiens, et que
devient la personne de Jésus ? Ici, elle n’est plus
que la cause occasionnelle du christianisme (11),
« l’allumette », nous dit-on, indispensable pour
allumer un grand incendie. Là, on nous affirme que « 
rien, dans les Evangiles, n’a consistance de fait, si ce n’est
le crucifiement de Jésus par sentence de Ponce Pilate pour
cause d’agitation messianique » (12).


Pour
d’autres, les légendes dont est tissée la vie de
Jésus sont des emprunts faits à des sectes juives ou,
plus probablement, à des religions païennes, plus
particulièrement à ces religions de mystères
qu’on étudie avec une faveur très spéciale
depuis quelques années, sur lesquelles, d’ailleurs, des
travaux remarquables ont déjà vu le jour. Mais, comme
on ne peut rechercher les origines du christianisme dans des mystères
officiels trop connus, trop étudiés, comme les mystères
d’Eleusis, on nous dit qu’il faut le rattacher « 
aux petits mystères des petites Eglises » qui ne sont
pas encore étudiés, ni même peut-être
découverts.


« 
A cette religion des mystères obscurs, affirme un historien
contemporain, se rattache le christianisme ; alors même que
nous n’aurions aucun indice pour rendre cette hypothèse
vraisemblable, il faudrait y recourir pour établir, en dehors
de toute intervention transcendante, la continuité du fait
religieux » (13).


Ainsi,
rien d’original ne subsiste dans la vie, dans l’enseignement
et dans l’action de Jésus. Il faut bien, toutefois,
expliquer et la naissance de l’Eglise chrétienne et
l’apothéose du Christ. D’aucuns en rendent
responsable l’apôtre Paul ; mais plusieurs, renonçant
à cette hypothèse, difficilement soutenable à
bien des égards, estiment que les vrais initiateurs, et de la
naissance du christianisme et de la formation des légendes
évangéliques, sont des groupes anonymes situés
aux confins du monde juif et du monde gréco-oriental,
peut-être dans la région d’Antioche. Ces
communautés hellénistes auraient conquis Saul à
leurs idées ; celui-ci, devenu Paul, les aurait divulguées
et systématisées et, grâce à la puissance
de sa pensée, il serait devenu le créateur de la
première synthèse chrétienne (14).


Ne
voyez-vous pas qu’à échafauder sur un sol aussi
mouvant d’invérifiables hypothèses on aboutit,
sans en avoir conscience, je veux le croire, à substituer au
miracle surnaturel, dont on ne veut plus, des miracles psychologiques
qui nous rejettent en plein merveilleux. Constatons pour le moins
que, dans leurs efforts pour éliminer la grande inconnue du
Christ qui leur résiste, certains historiens, et non des
moindres, ajoutent au problème des inconnues nouvelles au
milieu desquelles l’histoire s’épuise en vains
efforts (15).


D’autres,
bouleversant de fond en comble la conception que jusqu’à
présent on s’était faite de la mission de Jésus
de Nazareth, déclarent que son œuvre a eu un caractère
essentiellement politique. Selon l’un d’eux, par exemple,
« l’œuvre de Jésus n’a pas été,
dans l’histoire du judaïsme du premier siècle, un
phénomène isolé, mais un chaînon dans le
développement d’un long mouvement, religieux par son
inspiration, politique par le but qu’il se proposait et par la
manière dont il se manifestait. Il tendait, en effet, à
secouer le joug que faisaient peser sur le peuple juif tant les
Hérodes à demi-païens que les Césars
Romains, et à restaurer une théocratie nationale avec
un sacerdoce purifié » (16).
On nous décrit, de ce point de vue, la personne et l’action
de Jésus. On nous dit qu’ « il y avait alors,
parmi les Rékabites, c’est-à-dire parmi les
bandes d’artisans itinérants qui parcouraient le
pays..., un homme, Jésus, qui, par Zorobabel, descendait de
David. Son corps malingre était habité par une âme
de feu. En lui naquit ce sentiment que le Fils de l’Homme,
descendant de David, que tout le monde attendait, c’était
lui qui était appelé à l’être, qu’il
serait le roi libérateur qui, par des souffrances inouïes,
arriverait à la grandeur infinie, celui que Dieu avait choisi
pour être son serviteur martyrisé et devenir ensuite le
maître du monde... Apparenté à Jean-Baptiste, il
avait entendu son enseignement et reçu son baptême. Sa
prédication pourtant allait plus loin que celle de son maître,
car il proclamait la nécessité d’une justice
supérieure, de la non-résistance à la violence
et il annonçait la proclamation de la loi nouvelle qui serait
un fardeau plus léger que celle de Moïse. En même
temps, il promettait à ceux qui le suivraient qu’ils
seraient affranchis du joug romain et de celui d’une hiérarchie
asservie à l’étranger. Autour de lui se
groupèrent quelques-uns des extrémistes »
(17).


D’après
l’analyse très précise que le Professeur Maurice
Goguel donnait tout récemment de la thèse que je résume
ici, « l’un des premiers soucis de Jésus aurait
été d’établir l’administration de
son futur royaume. Douze hommes devaient être chargés
d’appeler les douze tribus d’Israël ; soixante-douze
autres de parcourir le monde pour trouver chacun la province qu’il
aurait à administrer » (18).


Après
l’échec de cette première tentative les
extrémistes obtinrent de Jésus que, rapportant ses
instructions antérieures, il recommandât à ses
disciples de s’armer. Suivi de sa petite troupe de disciples,
Jésus partit pour Jérusalem. Il prévoyait qu’il
aurait à y traverser de cruelles épreuves, qui seraient
l’expiation de l’abandon du principe de la non-résistance
à la violence auquel il s’était résigné.
Après des avatars divers, Jésus fut fait prisonnier sur
le mont des Oliviers et exécuté avec deux de ceux qui
avaient participé à cette aventure politico-religieuse.


Appréciant
la méthode mise en œuvre par l’auteur de cette
thèse, le critique si averti que je viens de citer porte, sur
elle, un jugement particulièrement sévère, qui
me paraît atteindre aussi d’autres historiens. « 
Cette méthode, écrit-il, consiste, au lieu d’interroger
les textes en toute impartialité et sans idée
préconçue, à les soumettre, avant de les
utiliser, à un traitement chirurgical d’amputations et
de restaurations si audacieuses, qu’elles permettent de leur
faire dire ce qu’ils ne semblent pas dire et parfois même
exactement le contraire de ce que les historiens antérieurs y
avaient trouvé » (19).


Il faut
reconnaître que l’esprit d’un grand nombre de
critiques est trop souvent faussé par une hypertrophie
exclusive de l’attitude critique. Certes, elle est involontaire
chez les uns et doit être considérée comme une
déformation professionnelle, mais elle est délibérément
voulue par d’autres.


David
Strauss, le célèbre historien de la Vie de Jésus,
dont je citais tout à l’heure déjà
quelques paroles, déclarait qu’il faudrait être « 
frappé de stupidité » pour prétendre
écrire sur Jésus avec le même désintéressement
« scientifique » que sur toute autre figure ancienne (20).
Et il ajoutait : « Notre but n’est pas de
reconstruire une histoire passée, mais bien de travailler à
délivrer, pour l’avenir, l’esprit humain du joug
spirituel qui l’a opprimé jusqu’ici » (21).
Plus près de nous, un célèbre historien des
origines du christianisme, et critique des Evangiles, écrivait
il y a quinze ans : « Pour expliquer Jésus
devant la raison comme pour expliquer tout personnage ou tout
phénomène de l’histoire, une formule est
indispensable qui ne peut être purement historique, mais qui
sera en rapport avec la philosophie générale de chacun
 » (22).


Voilà
une affirmation à laquelle il convient de s’arrêter.
Il paraît impossible, en effet, lorsqu’on étudie
d’un peu près certains travaux consacrés, au
cours des générations les plus récentes, à
la critique des Evangiles ou à la vie de Jésus, de ne
pas déceler, chez leurs auteurs, une conception déterministe
de l’histoire, un préjugé invétéré
contre tout surnaturel, quel qu’il soit, contre toute action de
Dieu dans l’histoire, contre toute métaphysique.


« 
Les historiens, a écrit un philosophe catholique, aiment assez
à s’opposer aux philosophes et aux théologiens, à
ceux qui font des théories et qui élaborent des
doctrines... Comme ils ne se contentent pas d’être de
simples chroniqueurs, nous les voyons finalement aboutir à
leur tour à des conclusions doctrinales qui portent sur le
fond des choses.


« 
Et ils ne sauraient, en effet, l’éviter : car les uns et
les autres, qui que nous soyons, à travers tout et par le
moyen de tout, nous élaborons toujours une doctrine, nous
faisons toujours de la métaphysique, puisqu’à
travers tout et par le moyen de tout c’est toujours une
conception de la vie que nous réalisons et que nous exprimons
 » (23).


C’est
là, Messieurs, ce qui nous explique qu’au témoignage
même d’historiens et de critiques du Nouveau Testament,
et particulièrement des Evangiles, cet énorme labeur,
cette somme immense de recherches et d’efforts accumulés
depuis soixante ou quatre-vingts ans n’ait pas abouti ou n’ait
abouti qu’à des résultats décevants (24).
D’aucuns même n’hésitent pas à parler
d’un bilan de faillite (25).


Jetant
un regard en arrière sur tout ce labeur, ils se demandent si,
véritablement, il a réussi dans une mesure quelconque à
donner au monde une connaissance tant soit peu précise de
Jésus, et, en conscience, ils se sentent contraints de
conclure : « A l’instant où il nous semble
approcher de si près le Jésus de l’histoire que
nous n’avons plus qu’à étendre la main pour
le toucher, nous devons y renoncer et nous soumettre à la
parole paradoxale de l’apôtre Paul : Si nous avons connu
le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant
ainsi... Pour arriver au Jésus éternel, il faut
renoncer au Jésus de l’histoire » (26).

III


Comment,
devant ces résultats de la critique historique, ne serait-on
pas entraîné aux hypothèses les plus hardies ?


Renan
déclarait impossible qu’à l’origine du
christianisme il n’y eût pas une personnalité
gigantesque : « Pour s’être fait adorer à
ce point, il faut que Jésus ait été adorable.
Nous ne saurions rien de lui, si ce n’est la passion qu’il
inspira à son entourage, que nous devrions encore affirmer
qu’il fut grand et pur. La foi, l’enthousiasme, la
constance de la première génération chrétienne
ne s’expliquent qu’en supposant, à l’origine
de tout le mouvement, un homme de proportions colossales »
(27).


C’est
bien là le problème : le christianisme peut-il être
né du supplice du « petit émeutier juif »
dont on nous parle ? (28).
L’Eglise chrétienne peut-elle être sortie d’un
fait divers dont on ne peut rien préciser sinon qu’il
s’agit d’un crucifiement ? C’est ce que se refusent
à admettre certains auteurs. Mais, dominés qu’ils
sont, en ce qui concerne les Evangiles, par les conclusions de la
critique la plus négative, ils en viennent à la
solution la plus radicale. Ils suppriment Jésus de l’histoire
et statuent, à l’origine du christianisme, un mythe
collectif. C’est là, vous l’avouerez, Messieurs,
la contradiction suprême que pouvait soulever Jésus-Christ.


Certes,
ce n’est pas d’hier que la thèse de la
non-historicité de Jésus a fait, pour la première
fois, son apparition. Toutefois, laissons en paix les auteurs qui,
hors de notre pays ou antérieurement à notre époque,
ont assigné comme origine au christianisme un mythe dont ils
prétendent trouver la naissance dans diverses religions
païennes.


La
thèse a été reprise ces dernières années
et exposée avec un talent littéraire incontestable et
une grande ingéniosité par un écrivain français.
Pour lui « Jésus est inconnu comme personnage
historique. Il a pu vivre, puisque des milliards d’hommes ont
vécu sans laisser trace certaine de leur vie. C’est une
simple possibilité à discuter comme telle. Il ne suffit
pas de dire avec certains critiques : nous ne savons rien de
lui, sauf qu’il a existé. Il faut dire courageusement :
nous ne savons rien de lui, ni s’il a existé »
(29).


Pascal,
déjà, remarquait que la personne et l’œuvre
de Jésus-Christ n’avaient guère été
mentionnées par les écrivains de l’antiquité :
« Jésus-Christ, dans une obscurité (selon ce que
le monde appelle obscurité) telle que les historiens
n’écrivant que les importantes choses des Etats l’ont
à peine aperçu » (30).


Par
quels arguments est étayée la thèse de la
non-historicité de Jésus-Christ ? En voici les
principaux.


Tout
d’abord, l’historien juif Josèphe, retraçant
l’histoire du peuple juif au moment où se préparait
la grande catastrophe qui devait mettre fin à son existence
nationale, ne dit pas un mot de la vie de Jésus.


Ensuite,
si l’on peut sans doute recueillir ici et là, chez un
Pline, un Suétone et un Tacite, des allusions aux chrétiens,
et même au Christ, ce sont des allusions sans portée qui
ne peuvent se fonder que sur les croyances courantes des premières
communautés chrétiennes.


Bien
plus, le témoignage de l’apôtre Paul est en faveur
d’un Christ purement spirituel qui n’a jamais eu une
existence réelle au milieu des hommes.


Comment
pourrait-on concevoir, se demande notre auteur, « qu’un
hébreu, fils d’hébreux, associerait un homme à
Iahvé, le Dieu d’Israël, de la façon la plus
coulante ?... L’obstacle invincible à l’historicité
de Jésus-Christ c’est le culte de Jésus, c’est
la religion chrétienne elle-même » (31).
Et d’ailleurs, « jamais Paul ne suppose que les apôtres
palestiniens aient vu Jésus autrement qu’il l’a vu
lui-même » (32).


On nous
affirme même « qu’il n’y a, dans Paul, aucune
allusion à un personnage historique du nom de Jésus. Le
Messie Jésus fils de Dieu est le héros d’une
apocalypse. Et il est l’objet d’une expérience
mystique, ce n’est pas un homme, c’est le dieu d’un
mystère » (33).


« 
Au surplus, ajoute-t-on, à aucun moment les chrétiens
ne se sont représenté Jésus comme un simple être
humain. Toujours la théologie s’est mêlée à
leur vision de Jésus, à tel point qu’on peut se
demander si elle n’a pas fait la vision toute entière »
(34).


Ainsi,
à l’origine du christianisme, il y a, non pas une
biographie individuelle ni une histoire, mais une expérience
mystique collective. « Jésus est un être
spirituel... Il appartient à l’histoire par son nom et
son culte, mais il n’est pas un personnage historique. Il n’a
pas de place dans les générations des hommes. Il n’est
pas un homme qui a vécu et qui s’est évanoui dans
la mort. Il est un grand rêve des hommes, continuellement
vivant » (35).


On
déclare encore : « Jésus est d’emblée
un vrai Dieu. C’est pourquoi il ne peut avoir été
un homme historique » (36).
Et l’on conclut : « Historiens, n’hésitez
pas à rayer de vos cadres l’homme Jésus. Faites
entrer le Dieu Jésus » (37).


Que
répondre à cette affirmation ? Car, enfin, il faut
répondre.


Ou bien
Jésus, en fait, n’a jamais été un homme
faisant partie de notre humanité, et alors qu’avons-nous
autre chose à faire qu’à confesser loyalement
notre erreur, à abandonner nos illusions, et, devant
l’écroulement de ce qui nous apparaissait comme le
fondement de nos convictions les plus profondes et de nos espérances
les plus pures, à prendre comme mot d’ordre celui que
l’apôtre Paul prête à ses contemporains : « 
Mangeons et buvons, car demain, nous mourrons » (38).


Ou bien
Jésus a existé d’une existence historique réelle
 ; nous aurons en ce cas à rechercher ce qu’il a été,
ce qu’il a dit, ce qu’il a fait ; peut-être, alors,
devrons-nous nous souvenir de ce qu’on nous rappelait tout à
l’heure avec une telle vigueur, à savoir que d’emblée,
dès les origines de l’Eglise chrétienne, Jésus
est adoré comme un vrai Dieu.


Mais ce
qui importe en ce moment, ici, c’est une question de fait :
y a-t-il des preuves historiquement valables de l’existence de
Jésus ?


Ceux
d’entre vous qui souhaiteraient de se faire, sur cette
question, une opinion un peu précise, peuvent se reporter à
divers ouvrages publiés au cours de ces dernières
années, et qui ont répondu, de côté ou
d’autre, à la thèse que je viens d’exposer.
Comment ne dirais-je pas tout ce que doivent ses lecteurs au livre
par lequel le Professeur Maurice Goguel, de la Faculté de
Théologie de Paris, a répondu d’une manière
qui m’apparaît décisive aux arguments avancés
à l’appui de la non-historicité de Jésus ?
(39).
Reprenons à sa suite les points essentiels de l’argumentation.


Le
silence de Josèphe ? Mais ce silence « n’est pas
le silence de l’ignorance, c’est celui de la prudence et
de la peur, c’est un silence intéressé. Loin
d’établir que Jésus et le mouvement chrétien
n’ont pas existé en Palestine au premier siècle,
il établit seulement que Josèphe n’a pas voulu,
en en parlant, se compromettre et compromettre avec lui le peuple
juif » (40).


La
parole de Tacite ? La voici, elle est d’une netteté
parfaite. A propos des chrétiens mis à mort par Néron
après l’incendie de Rome, Tacite écrit : « 
L’auteur de ce nom, Christ, avait été sous le
règne de Tibère, condamné au supplice par le
procurateur Ponce Pilate » (41).
« Un fait est acquis, c’est que


Tacite
a certainement connu un document qui n’était ni juif ni
chrétien et qui rattachait le christianisme au Christ crucifié
par Ponce Pilate. L’importance de cette constatation n’a
pas besoin d’être soulignée » (42).


Le
témoignage de Paul ? Mais il suffit d’ouvrir les lettres
de l’apôtre Paul pour être frappé de
l’abondance des allusions que lui-même fait à des
paroles de Jésus, à tel point qu’il apparaît
vraisemblable, tellement ces allusions sont nombreuses, tellement
elles semblent se référer à des paroles
familières à ses lecteurs, que Paul ait connu un
recueil des paroles de Jésus. « Les épîtres
de Paul apportent donc un témoignage très précis
à l’appui de l’existence, antérieurement à
Paul, de la tradition évangélique. Elles supposent un
Jésus qui a vécu, agi, enseigné, dont la vie est
un modèle pour les croyants et qui est mort sur la croix »
(43).


Ajoutons
que la doctrine de Paul sur Jésus, et très
particulièrement sa doctrine de la rédemption, implique
la réalité de la personne historique de Jésus.
La croix, qui est au centre de la pensée de Paul comme elle
est au centre de son expérience religieuse n’a pas
dominé seulement la pensée de l’apôtre dans
la période de sa vie chrétienne, mais, à l’en
croire lui-même, nous devons affirmer qu’elle dominait
déjà la pensée et l’action de Saul de
Tarse dans la période de sa vie où, persécuteur
des chrétiens, il regardait comme maudit de Dieu, selon la loi
juive, Jésus de Nazareth qui avait été pendu au
bois.


La
doctrine de la rédemption serait d’ailleurs
incompréhensible si elle n’était pas
l’interprétation par une doctrine préexistante,
que Saul de Tarse avait apprise de ses maîtres en théologie
juive, d’un fait historique constitué par la vie et par
la mort de Jésus et par la foi à sa résurrection
(44).


Au
surplus, si Jésus n’avait jamais existé il
devrait en résulter nécessairement que la doctrine de
l’apôtre Paul et la tradition évangélique
auraient l’une et l’autre un caractère de parfaite
homogénéité. Or, c’est le contraire qui
est la vérité. Preuve que ni l’une ni l’autre
ne sont le résultat d’une élaboration dont le
point de départ serait un même mythe antérieur.


Remarquons
enfin qu’on ne trouve jamais, dans les Evangiles, la moindre
trace, directe ou indirecte, d’une discussion dirigée
contre la thèse d’après laquelle la personne de
Jésus n’aurait eu aucune réalité
historique. « C’est donc qu’ils n’ont pas eu
affaire à des adversaires qui la contestassent. La portée
de ce fait, dit justement M. Goguel, est considérable »
(45).


Jésus
a existé, Messieurs. Tout homme de bon sens et de bonne foi
qui se donne la peine d’examiner le problème, et fait
par lui-même l’effort d’étudier les thèses
en présence et de les soupeser devant sa conscience et sa
raison peut arriver à cette certitude. Mais cette certitude
nous suffit-elle ? Nullement. Nous n’avons pas seulement besoin
de savoir que Jésus a existé, nous avons besoin de
savoir ce qu’il a été, ce qu’il a enseigné,
ce qu’il a fait. Et ici, nous retombons dans les contradictions
signalées au début de cette conférence.

Que
conclure, dès lors, de cette première étude ?


Si nous
sommes croyants, nous scandaliserons-nous de voir ainsi les Evangiles
disséqués, la personne sainte de Jésus-Christ
discutée, méconnue, abaissée jusqu’aux
dernières limites de la médiocrité ? A cette
question Fallot a répondu d’avance par ces paroles de
son étude sur l’Adoration de Jésus-Christ
 : « Il serait puéril, dit-il, et du reste parfaitement
inutile de prétendre soustraire aucune question aux
investigations de la science critique. L’histoire entière
lui appartient avec chacune de ses dépendances et elle cite à
sa barre le plus grand des enfants des hommes aussi bien que le plus
humble.


« 
Voici plus de soixante ans qu’elle instruit sans se lasser la
cause de Jésus de Nazareth. Il a souffert sous Ponce Pilate,
nous dit le Credo. Il a beaucoup souffert depuis lors et l’épreuve
n’est pas terminée. Les Scribes jadis le mirent à
la gêne, les théologiens maintenant s’y emploient
de leur mieux. Il est bon, il est juste, il est salutaire qu’il
en soit ainsi, ô gens de petite foi ! » (46).


Si, au
contraire, nous restons simplement sur le terrain de l’histoire,
serons-nous amenés à dire, comme le laissent entendre
plusieurs historiens, que le problème de Jésus est un
problème insoluble et nous bornerons-nous à constater
qu’en dehors de la foi chrétienne, en effet, il n’a
pas encore reçu même un commencement de solution qui
puisse tenir ? Dirons-nous que, parce qu’elle s’impose ce
qu’on appelle l’exclusion de la transcendance, l’histoire
des origines chrétiennes se condamne elle-même à
une impuissance dont jamais elle ne pourra se guérir !


En tous
cas, ce que nous affirmons avec M. Goguel, c’est qu’aucune
conception de l’histoire de Jésus ne peut être
retenue comme valable si elle ne peut pas rendre compte aussi de la
naissance et du développement du christianisme (47).

Messieurs,
toutes ces contradictions que nous avons relevées,
contradictions dans les témoignages que l’histoire porte
sur Jésus-Christ, dans les doctrines élaborées
par ses disciples comme aussi dans les conclusions de la critique
historique, cette impuissance à résoudre le problème,
que nous avons mise en lumière, ne nous placent-elles pas, au
contraire, dès aujourd’hui devant un mystère ?
Mystère d’un homme dont nul n’égala jamais
l’influence et que la science historique prétend ne pas
pouvoir saisir, mystère d’une personnalité qui se
dérobe à l’étreinte de ceux qui prétendent
l’expliquer par le seul jeu des forces naturelles ? Et ne
voyons-nous pas, dès lors, que nous serons conduits à
un choix inévitable et nécessaire entre le mystère
et ce que Lacordaire, ignorant tout, cependant, des hypothèses
des quarante dernières années, appelait une absurdité
 ?

Oui,
il nous faudra choisir. L’histoire suffira-t-elle à
dicter notre choix ?

Telle
est la question à laquelle nous aboutissons. Nous ne pourrons
y répondre que lorsque, dans notre prochain entretien, nous
aurons examiné quelle est, au vrai, la valeur de l’histoire.

1()
Le Christianisme et le Monde moderne, 3° édition,
Paris, 1929. Editions
« Je Sers ».

2()
Dieu, l’éternel tourment des hommes, Paris,
1929. Editions « Je Sers ».

3()
Chap. 2, v. 34.

4()
Jean-Jacques
Rousseau, Emile, 1. IV.


5()Voltaire,
Examen important de Milord Bolingbroke, t. XXXIII, p. 44, 60.

6()
Voltaire, Dieu et les hommes, t. XXIII, p. 279.

7()
Cf. Goguel, Jésus
de Nazareth
, Paris, Payot, 1925, p. 100.

8()
Goguel,
Critique et Histoire, Alcan, 1928, p. 23.

9()
Goguel,
Critique et Histoire, Alcan, 1919, p. 113.

10()
Ibid., p. 28.

11()
Goguel,
Jésus de Nazareth, Mythe ou Histoire, Paris, Payot,
1925, p. 21.

12()
Loisy, Revue
d’histoire et de littérature religieuse
, 1922, p.
297-298.

13()
S.
Reinach, Revue archéologique, juil.-oct. 1920, p. 150.

14()
Allo, Le Scandale de
Jésus
, Paris, Grasset, 1927, p. 28.

15()
Allo, Le Scandale de
Jésus
, Paris, Grasset, 1927, p. 41.

16()
Maurice Goguel, Jésus
et le Messianisme politique
, Paris, 1930, Alcan, p. 5.

17()
Maurice Goguel, Jésus
et le Messianisme politique
, Paris, 1930, Alcan, p. 9.

18()
Maurice
Goguel, Jésus et le Messianisme politique, Paris,
1930, Alcan, p. 10.

19()
Ibid.,
p. 17.

20()
Voir Allo,
ouvr. cit., p. 16.

21()
D. Strauss, Vie de
Jésus pour le peuple allemand
, p. XIII-XIV.

22()
Hibbert
Journal
, avril 1910.

23()
Laberthonnière,
Le Réalisme chrétien et l’Idéa1isme
grec
, Paris, Lethielleux, 1904, p. 155.

24()
Goguel,
Critique et Histoire, Paris, Alcan, 1928, p. 27.

25()
Ibid.,
p. 26.

26()
Schweitzer,
Geschichte der Leben-Jesu-Forschung, p. 352.

27()
Renan, Vie de Jésus,
p. 464.

28()
Couchoud,
Le mystère de Jésus, Paris, Rieder, 1924, p.
80.

29()
Couchoud, ouvr. cit., p.
59.

30()
Pensées
(édit. Giraud), 371.

31()
Couchoud,
ouvr. cit., p. 84.

32()
Ibid., p. 137.

33()
Ibid., p. 145.

34()
Ibid., p. 36.

35()
Couchoud, ouvr. cit., p.
91 et 117.

36()
Ibid., p. 109.

37()
Ibid., p. 155.

38()
1
Corinthiens 15/32.

39()
Goguel,
Jésus de Nazareth, Mythe ou Histoire, Paris, Payot,
1925.

40()
Goguel,
ouvr. cit., p. 43.

41()
Annales, XV, 44.

42()
Goguel,
ouvr. cit., p. 48.

43()
Goguel, ouvr. cit., p.
135.

44()
Goguel,
ouvr. cit., p. 170.

45()
Ibid., p. 35.

46()
Fallot,
Qu’est-ce qu’une Eglise ? (3° édition),
Paris, Fischbacher, 1926, p. 210s.

47()
Goguel,
Jésus et le Messianisme politique, p. 48.