Carême 1963 :

Préface

Pasteur André de ROBERT

LA COMMUNION HUMAINE AU MIROIR DE L’EGLISE

Prédications de Carême 1963

Eglise réformée de l’Annonciation

 

PRà€°FACE

La communion humaine entre les hommes va plus loin qu’on ne le pense couramment, et c’est à l’Eglise de le dire. Les différences de situation ou de chance, les divergences d’opinion, les oppositions d’intérêt, les malentendus et les conflits s’inscrivent à l’intérieur d’une vérité qui ne se laisse pas entamer, qui concerne tous les hommes, les tient ensemble et les porte, comme les passagers d’un navire. Cette vérité est souvent cachée à nos yeux, mais l’Eglise devrait pouvoir en donner connaissance, elle doit tout au moins l’annoncer, car c’est l’œuvre de réconciliation accomplie par Jésus-Christ.

Telle est l’idée commune à ces prédications de Carême. Il ne s’agit pas d’une thèse systématiquement développée et démontrée, ce qui du reste ne conviendrait pas au genre de la prédication, mais de quelques jalons posés.

La forme et le style de ces prédications trahissent les tâtonnements de celui qui cherche encore comment dire ce qu’il veut dire. Il aurait fallu tout reprendre et écrire à nouveau, mais c’eut été, alors, un autre ouvrage. Nous nous sommes bornés à alléger et à préciser ici ou là ce qui avait été dit.

A.R.

 

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HOMMAGE AU PASTEUR MARC BOEGNER

Vous me saurez gré, je le sais, et c’est aussi ma propre satisfaction, avant toute chose, de rendre hommage au Pasteur Marc Boegner.

Voici exactement 35 ans, puisque c’était en 1928, que Monsieur Boegner a inauguré dans cette même église dont il était le pasteur, les premières conférences protestantes de Carême. Son intention était, dès ce moment, de confronter le christianisme avec le monde moderne. Mais sa pensée était aussi de faire connaître, au-delà du cercle de ses paroissiens, la pensée et la vie religieuse protestantes. Très vite il est apparu que ces conférences étaient en fait des prédications, et que l’intention de l’orateur n’était pas tellement de faire l’apologie d’une Eglise particulière, mais plutôt d’établir des relations, d’engager un dialogue, et surtout de faire entendre l’Evangile dans des milieux où peut-être il ne pénétrait pas.

Depuis cette inauguration, le Pasteur Boegner, sauf durant trois années où les prédications ont été confiées au Pasteur A. N. Bertrand et au Pasteur Pierre Maury, a assumé seul la charge de ce service de 1’Eglise. Il a donc donné 31 séries de prédications de Carême. Vous vous souvenez sans doute de plusieurs d’entre elles. J’en cite quelques-unes : Dieu, l’éternel tourment des hommes. Jésus-Christ. Qu’est-ce que l’Eglise ? L’Eglise et les questions du temps présent. La vie chrétienne. Le Christ devant la souffrance et devant la Joie. Le problème de l’unité chrétienne. La prière de l’Eglise universelle. La vie triomphante. Le chrétien et la souffrance. Les sept paroles de la croix. Notre vocation à la sainteté... Il n’y a guère d’aspect de la vie chrétienne, en rapport avec la vie de tous les jours, qui n’ait été ainsi exploré, mis en lumière et placé à la portée de tous.

Le retentissement de ces prédications a été considérable. Bien des choses qui nous paraissent maintenant comme toutes naturelles et allant de soi sont, j’en suis persuadé, le fruit de cet effort de présentation du protestantisme. Mais surtout un véritable ministère pastoral a été exercé de cette manière et je voudrais savoir en être ici, devant vous, le témoin.

Les auditeurs de cette émission, qui sont justement vos auditeurs, mon cher Président, me poussent, je le sens, à m’adresser directement à vous maintenant, et à vous dire ce qu’eux-mêmes seraient tellement heureux de pouvoir vous dire de vive voix. Dans ce silence que fait en eux l’interruption de vos messages de Carême auxquels ils étaient accoutumés, je devine une parole qu’ils voudraient vous transmettre, et que je suis justement en mesure de vous faire entendre de la place que j’occupe, comme si la radiodiffusion française, fonctionnant pour une fois en sens inverse de son service habituel, permettait à l’auditeur de dire un mot ou de faire un geste à l’adresse de celui qui lui parle. Ce que ces amis, connus ou inconnus, vous disent maintenant par ma bouche, cher et vénéré Pasteur, c’est que vous les avez aidés, d’une manière qui ne ressemble à aucune autre, que vous les avez instruits, que vous les avez éclairés, que vous les avez encouragés. Vous avez été pour eux une parole vivante et proche, et de cela ils vous gardent et vous garderont une immense reconnaissance. Ils souhaitent que vous entendiez très distinctement cette parole et je sais que vous l’entendez.

En ce qui me concerne, j’aurais certes bien des choses à dire dans le même sens et j’aurais bien des souvenirs à évoquer depuis le temps de mes études de théologie où, à cette place même, je venais de quinzaine en quinzaine recevoir attentivement l’enseignement de Monsieur Boegner. Mais je comprends que je ne puisse pas maintenant m’engager dans cette voie. Il me faut me tourner vers la charge que l’on m’a confiée. Comblé par tous les enseignements de mes maîtres, enrichi par le souvenir que je garde d’eux, fortifié par la confiance affectueuse qu’ils me témoignent, je vois bien que maintenant il faut que j’aille de l’avant.

Je dirai cependant encore un mot en forme de souhait. Si ma manière de parler n’est pas celle du pasteur Boegner, si des regrets sont sur ce point pratiquement inévitables, si vous ne retrouvez pas dans mes expressions ce que vous aimez dans la langue de l’académicien, je veux dire l’ordonnance, la précision, la clarté ; si ma pensée reste souvent obscure et comme hésitante, si je semble chercher encore comment dire les choses que je suis en train de dire, parce qu’en effet je ne peux jamais me préparer parfaitement, si je suis comme un homme qui attend, de l’événement même de la rencontre, des précisions qu’il ne peut fournir de lui-même, oui si j’attends moi-même quelque chose de l’événement comme s’il m’était impossible de parvenir tout seul à la vérité, bref, si je me présente devant vous, d’ailleurs assez inexpérimenté, mais aussi avec un mode d’expression, pour dire le moins, très différent de celui du pasteur Boegner, j’espère que vous reconnaîtrez cependant, en passant de l’une à l’autre de ces séries de prédications, qu’il s’agit bien toujours du même Evangile, et que vous serez de cet avis que, pour finir, c’est cela qui est important.