Carême 1951 :

PRÉFACE

Je viens de relire les prédications que j’ai consacrées, pendant le Carême de cette année, à l’étude de l’Oraison dominicale. Pourquoi ne pas avouer que j’ai été tenté de renoncer à leur publication ? Plus j’avance dans le ministère de la Parole, plus je suis convaincu qu’une prédication doit être un acte accompli dans l’obéissance à Dieu, certes, et dans une décision de fidélité à sa Parole, mais auquel des circonstances de temps et de lieu donnent sa véritable signification. Quelle efficacité peut avoir la lecture de méditations comme celles qui constituent le présent volume ? Je me le demande, non pas avec scepticisme, mais dans le sentiment qu’avant d’être imprimées elles eussent dà » être profondément repensées et entièrement récrites. Que le lecteur veuille bien excuser des insuffisances que je connais mieux que personne, mais que, faute de temps, il m’était impossible de réparer !

Le texte que j’ai choisi pour les prédications de ce vingt et unième carême prêché dans l’Eglise réformée de Passy pourrait ne rien devoir aux circonstances que je viens d’évoquer. Il s’est imposé à mon esprit, cependant, alors que se développaient, à l’occasion de l’Année sainte, des événements dont le retentissement sur le mouvement œcuménique a été considérable. Nous avons souffert d’un malaise, et il nous a semblé qu’une ombre s’étendait sur le chemin qu’ont tant de joie à suivre ensemble ceux qui, à quelque confession qu’ils appartiennent, portent en eux la vision de l’Eglise universelle.

Au milieu de ces préoccupations et de ces anxiétés, le Notre Père s’est révélé à moi comme un don merveilleux que le Christ ne cesse de faire à son Eglise. Il est un lieu de rencontre où, dans l’assurance bienheureuse d’être écoutés par le même Père, tous les disciples du Christ prononcent ensemble le notre et le nous qui scellent leur communion fraternelle en affirmant l’unité essentielle de l’Eglise.

C’est dans la reconnaissance de cette grâce que je me suis décidé à consacrer le carême de 1951 à la Prière de l’Eglise universelle.

Rameaux 1951
M.B.