Carême 2006 : Les lamentations de Jérémie

Nous reviendrons, nous serons consolés !

Nous arrivons au bout de
la plainte, à ce moment où les pleurs se tarissent et
où la vie, repoussant la douleur, fait à nouveau sentir
ses exigences. Il va falloir espérer. Les prophètes
bibliques, apparus au temps des grandes crises politiques d’Israël
et de Juda, nous ont transmis une vision tragique de l’histoire.
Mais elle reste néanmoins habitée d’une
incroyable certitude : Dieu veut un avenir pour son peuple. Il le
renouvelle dans son Alliance. Il le fera revenir à Jérusalem.
Cette espérance, la lecture chrétienne des Lamentations
la reprendra à son compte dans l’annonce de la
résurrection du Christ. Mais que signifient ces paroles et ces
actes de consolation ? Comment les recevoir, les vivre, les mettre en
œuvre ?

Cinquième chant (Lamentations 5,1-22)

Seigneur, souviens-toi
de ce qui nous est arrivé. Regarde et vois comme on nous
insulte.

Le pays que tu nous as
donn
é est passé à des étrangers, Nos
maisons sont entre les mains d’inconnus.

Nos pères ne sont
plus là. Nous voici orphelins. Nos mères sont comme des
veuves. Notre eau, nous ne pouvons la boire qu’en l’achetant.
Notre bois, nous ne pouvons l’avoir qu’en le payant. Ceux
qui nous font souffrir ne nous lâchent pas. Nous sommes
épuisés, il n’y a pas de repos pour nous. Nous
tendons la main vers l’Égypte et l’Assyrie pour
avoir assez à manger. Nos parents ont péché. Ils
ne sont plus là, et c’est nous qui portons le poids de
leurs fautes.

Des esclaves sont nos
maîtres, et il n’y a personne pour nous arracher à
leur pouvoir. À cause des bandits du désert nous
risquons notre vie pour avoir de la nourriture. À cause de la
faim, notre peau est brûlante de fièvre, comme si nous
étions dans un four. Nos ennemis ont fait violence aux femmes
dans Sion, et aux jeunes filles dans les villes de Juda. Ils ont
eux-mêmes pendu des ministres, ils n’ont montré
aucun respect pour les anciens. Des jeunes gens portent la pierre qui
sert à écraser le grain,

des garçons
perdent l’équilibre en transportant du bois. Les
vieillards ne vont plus à la porte de la ville, et les jeunes
gens ont cessé de chanter. La joie a disparu de notre cœur,
nos danses joyeuses se sont changées en deuil. Nous avons
perdu notre honneur. Nous avons péché, quel malheur
pour nous !

Notre cœur est
malade, et nous ne voyons plus clair. En effet, la montagne de Sion
est devenue un désert où les renards se promènent.

Mais toi Seigneur, tu es
roi pour toujours, ton pouvoir royal dure de génération
en génération. Est-ce possible que tu nous oublies pour
toujours, que tu nous abandonnes pour toute la vie ? Fais-nous
revenir vers toi, Seigneur, et nous reviendrons vraiment. Renouvelle
notre vie, rends-la semblable à celle d’autrefois.
Est-ce que tu nous as vraiment rejetés pour toujours ? Est-ce
que ta colère dépasse tout ?

L’avenir existe

« Fais-nous revenir
vers toi, Seigneur, et nous reviendrons vraiment. Renouvelle notre
vie, rends-la semblable à celle d’autrefois. »
Cette prière du prophète n’est pas le dernier mot
des Lamentations, mais la version juive du texte la fait répéter
en finale, si bien que la plainte de Jérémie s’achève
par une ouverture sur l’avenir. La prière dit
l’espérance : un retour à Jérusalem !

Ce retour se fera. Il y aura
de nouveaux exils de Jérusalem, et encore des retours ! Il y
aura à travers les siècles, la force de ces mots dans
la prière juive : « L’an prochain à
Jérusalem ! » Il y aura enfin, nourrie par la parole des
prophètes bibliques, cette vision grandiose : « Lui qui
rassemble les exilés d’Israël déclare : ma
maison sera appelée une maison de prière pour tous les
peuples. Je réunirai d’autres peuples à mon
peuple, aux siens déjà rassemblés. »
(Ésaïe 56,7-8)

Mais comment comprendre et
recevoir cette promesse, cette vision ? Comment les intérioriser,
les expliquer, les partager ? Pour saisir vraiment la nature de la
consolation, le sens du retour, il faut repartir de l’expérience
de l’homme et de sa condition historique. Est-il possible de se
consoler ? Après les malheurs, les épreuves, après
tout ce que les Lamentations nous ont fait voir, et les horreurs qui
se répètent à travers les siècles, est-il
possible de recevoir consolation ? D’être un jour
vraiment consolé ?

Heureusement, l’histoire
donne des réponses positives : l’histoire biblique
d’abord, puisqu’elle se fonde sur le récit de
l’Exode. Le peuple hébreu, asservi en Égypte, est
conduit vers la liberté. Et après la captivité à
Babylone il y aura le retour à Jérusalem. Le Temple
sera reconstruit, après avoir été détruit.
À un autre niveau Job, terriblement éprouvé par
la maladie, connaîtra la guérison, il engendrera de
nouveaux enfants, il possèdera d’autres biens.
L’histoire, presque toujours, offre des périodes
d’accalmie, où l’on panse les plaies, où
l’on reconstruit. Des temps où ce qui semblait inespéré
s’accomplit sous nos yeux. Sur les ruines s’élèvent
de nouvelles demeures. Des champs dévastés voient
fleurir de jeunes pousses. D’anciens ennemis se réconcilient
et signent des traités de paix. Les enfants retrouvent santé
et insouciance… Alors du cœur humain monte un sentiment
de reconnaissance. La foule vit des moments de liesse. La tempête
est écartée. Tout semble à nouveau possible !

Pourtant celui qui se
souvient médite l’Ecclésiaste : « Il y a un
temps pour tout sous le soleil, un temps pour la guerre et un temps
pour la paix, un temps pour pleurer et un temps pour rire… »
Et s’il se réjouit de ce qui est réjouissant, il
sait que la paix est fragile. Il sait qu’il faut rester
vigilant, attentif. Recevoir consolation. Participer à
l’allégresse commune. Mais ne pas oublier ! Garder du
passé une mémoire vive, afin de protéger
l’avenir. Car l’histoire menace toujours de se répéter
 : celle de Jérusalem et du peuple juif le montrera si souvent
à travers les âges. Et cette histoire peut être
comprise comme emblématique de la condition universelle de
l’homme, marquée par la précarité et la
fragilité.

Une autre consolation ?

Au-delà de ces répits
entre les tempêtes, notre besoin de consolation trouve-t-il une
autre réponse ? Cette vision de paix que nous portons en nous
n’est-elle qu’un songe ? Une évasion hors de la
réalité ? Ou existe-t-il une consolation venue
d’ailleurs, qui témoignerait d’un temps différent
de ce temps cyclique, ce temps qui alterne les malheurs et les
bonheurs, les joies et les peines, les tempêtes et les
accalmies ? Une consolation telle que la lumière qu’elle
diffuse ne laisserait plus jamais l’homme et le monde orphelins
 ? Car cette lumière traverserait les ténèbres
les plus épaisses, ne serait-ce que sous forme d’étincelle
 !

Cette espérance inouïe
existe. Elle a une voix : celle de la prophétie biblique, qui
du fond du malheur a su lui donner forme, puissance, beauté :

« Pour être
éclairée Jérusalem, tu n’auras plus besoin
du soleil pendant le jour, ni de la lune pendant la nuit. Moi le
Seigneur ton Dieu, je serai pour toi une lumière sans fin et
je t’éclairerai de toute ma clarté… Ton
temps de deuil sera terminé ».
(Ésaïe
60,19)

Pour fonder cette espérance,
les prophètes nous ont légué ce monothéisme
dont le Dieu est comparé à un roc, et dont la qualité
fondamentale est la fidélité. « Faites confiance
au Seigneur pour toujours, oui au Seigneur, solide rocher qui dure
éternellement », dit le prophète Ésaïe
(26,4). Il exprime ainsi la fidélité de Dieu en terme
de solidité, de fiabilité. Contrairement aux idoles
Dieu ne s’effondre pas. Il ne peut manquer ni à sa
parole, ni à son peuple. Mais l’espérance des
prophètes nous donne encore ce christianisme dont la naissance
s’enracine dans une résurrection : la résurrection
du Christ.

Et chaque matin de Pâques,
à l’aube, après une longue veillée de
méditation et d’attente, les cloches sonnent, les chants
s’élèvent, portant d’année en année
cette bonne nouvelle de vie : « C’est vrai : le Christ
est ressuscité ! Le troisième jour après sa
mort, il est ressuscité ».

Quel est le sens de cette
espérance ? Que signifie l’annonce de la résurrection
 ? Ne s’agit-il pas d’une simple consolation religieuse,
qui concerne seulement ceux qui veulent bien se laisser persuader ?

Si tel est le cas, cette
consolation religieuse ne change rien à la nature cyclique et
répétitive du temps. Les croyants y ajoutent simplement
cet au-delà où les morts ressuscitent, et cette vie
éternelle où on obtient compensation de toutes les
misères endurées en ce monde. Mais si elle ne concerne
pas toute l’humanité, toute la création, cette
consolation reste une espérance creuse, une espérance
vide. Quel poids peut-elle avoir face aux malheurs de l’histoire,
face aux graves questions que l’homme se pose sur sa condition
et son avenir ? Quel sens peut-elle représenter, pour nos
esprits du XXIe siècle, saturés de discours,
d’images et d’univers virtuels ? Un mirage parmi d’autres
 ? Une assurance supplémentaire ?

Tel n’est pas le sens
de la parole des prophètes ! Tel n’est pas non plus le
sens de la résurrection. Il ne s’agit pas d’une
consolation à bon marché, ni d’une consolation
sélective, ni d’une consolation superstitieuse, qui à
base d’illusions et de doux rêves, aiderait chacun à
supporter sa vie et ses maux en attendant de copieuses compensations
 ! Et même, pourquoi pas, une sorte d’immortalité !

L’amour fort comme la mort !

Cette aspiration à
l’immortalité existe, indéniablement. Mais en son
âme, en son corps, en son intelligence l’être
humain est marqué d’un manque bien plus fondamental,
d’une soif plus intense. Pour être vraiment consolé,
il exige autre chose que l’oubli, l’illusion ou le repos
éternel. Sans quoi, à l’instar de Rachel pleurant
sur ses enfants, il refuserait d’être consolé. Le
sens de la parole des prophètes, le sens de la résurrection
du Christ, a trait à cette exigence fondamentale, qui est
l’amour. Mais un amour tel que, selon la parole du Cantique des
Cantiques « il est fort comme la mort. » La seule
consolation véritable, c’est cet « amour fort
comme la mort. » Car s’il est fort comme la mort, il met
la mort en échec. En lui enlevant justement ce qui fait sa
toute-puissance : c’est-à-dire son caractère
absolu. Si l’amour est fort comme la mort, il est victorieux.
La mort n’a pas le dernier mot. Son énigme tragique est
relativisée par une énigme bien plus éclatante :
celle d’une vie éclairée par l’amour.
Indestructible. Seul cet amour étanche la soif de l’être
humain, apaise son besoin d’être consolé.

Mais pour être reçue,
pour être comprise, cette consolation ne peut rester passive.
Sinon elle ne parle pas. Elle demeure lettre morte : un discours
pieux. Pour connaître que l’amour est fort comme la mort,
il n’y a pas d’autre moyen que d’en faire
l’expérience : aimer, apprendre à aimer.

Pour entendre la parole de
résurrection il n’y a pas d’autre moyen que de
vivre la résurrection : celle du Christ telle qu’elle
est célébrée le jour de Pâques, et
rappelée chaque dimanche. Mais aussi la résurrection
personnelle, telle que chaque expérience de grâce
l’inscrit dans la suite des jours. Et enfin celle des autres,
reçue par témoignage dans la communion des cœurs.
Faire l’expérience de la résurrection ! Apprendre
à ressusciter, chaque jour. À sortir de ce linceul
qu’est une vie en absence d’amour !

Pour comprendre la parole des
prophètes il n’y a pas d’autre moyen que de se
laisser traverser par ce souffle de l’Esprit, cette joie
parfois douloureuse et parfois heureuse de porter passionnément
le « dire » de Dieu ! Le « dire Dieu » dans
ce monde et ce temps. Ni pour juger ni pour condamner, mais pour
aimer ce monde, pour éclairer son histoire et son avenir.

Afin d’être
reçue, d’être comprise, la consolation doit être
active. Elle doit même être actée. Comme doit être
acté l’amour fort comme la mort !

Alors le temps humain est
véritablement bouleversé : ce temps humain marqué
par les cycles du bonheur et du malheur, de la vie et de la mort. Et
ce bouleversement, avant de changer l’avenir, concerne le
présent, l’actualité.

C’est aujourd’hui
que l’amour est plus fort que la mort. Car au moment où
il se manifeste, et si humble que soit le geste de sa manifestation,
il exprime la plénitude de l’être. Aujourd’hui
même. En cela il est plus fort que la mort. Là est la
seule et sublime consolation. Mais elle fonde toute la liberté
de l’homme. Car cet amour fort comme la mort ouvre les portes
du temps. Si cet amour est vrai aujourd’hui, s’il est
vivant en cet instant, même sous forme d’infime
étincelle, même dans la plus petite attention de l’un
vers l’autre, alors il conduit l’humain vers son
accomplissement et sa réalisation ultime. Et aussi bien cet
instant présent de l’amour fort comme la mort que cette
réalisation à venir ne concernent pas seulement les
croyants, mais le monde dans son ensemble, la création toute
entière. Celui qui sauve un homme sauve l’humanité.
Celui qui met en acte l’amour plus fort que la mort promet au
monde, dès aujourd’hui, sa résurrection. Il lui
promet la vie.

« L’amour ne
peut faire autrement que d’avoir des effets. Il n’existe
pas d’acte d’amour envers le prochain qui tombe dans le
vide
14  », écrit Franz Rosenzweig. Et
encore : « L’acte de l’amour même est
encore aveugle, il ne sait pas ce qu’il fait, et il ne doit pas
le savoir ; il est plus rapide que le savoir ; il fait la chose la
plus proche, et ce qu’il fait, il pense que c’est la
chose la plus proche
15. » Avec ces mots le sens
de la consolation s’affine et s’éclaire, ainsi que
les paroles : « espérance des prophètes »,
« résurrection du Christ ». La consolation
apparaît désormais comme un acte dans la vie humaine. Un
acte d’amour fort comme la mort, un acte de résurrection.
Un acte d’amour aveugle avant même d’être
conscient. « Il est plus rapide que le savoir »,
dit Rosenzweig. Et cet acte d’amour – comme instinctif –
déchire l’ordre du temps, et du malheur et du bonheur. A
l’instant où il s’accomplit, plus rapide que le
savoir, il brise le pouvoir de la mort.

Le retour vers Dieu

Mais pour que la consolation
soit de plénitude, l’acte d’amour ne peut rester
aveugle et instinctif ; il lui faut la résonance de la
conscience. Ce sont la pensée, les mots qui donnent cette
résonance. C’est la prière qui éveille et
illumine cette conscience. « La Prière, écrit
encore Rosenzweig, n’est pas aveugle, elle place l’instant
et l’acte qui vient d’être réalisé en
cet instant, ainsi que la volonté qui vient de se décider,
dans la lumière de l’amour divin
16. »
C’est ainsi, par la prière, que l’acte

1. 
Franz Rosenzweig,L’étoile de la rédemption,
Seuil, Paris, 2002, p. 376.

2. 
Ibidem, p. 374.

3. 
Ibidem, p. 374.

d’amour devient
un acte d’amour conscient. Cet acte qui un instant porte le
monde au-dessus de l’abîme. Merveilleusement sauvé.
Merveilleusement vivant.

Car la prière est
pensée, parole, intelligence du cœur et de la création.

Mais que demande la prière
 ? « Fais-nous revenir vers toi Seigneur et nous reviendrons
vraiment ! Renouvelle notre vie ! Rends-la semblable à celle
d’autrefois ! » Voilà ce que fondamentalement
exprime la prière, avant toute autre supplique. Elle demande
la consolation des consolations : le retour vers Dieu ! Ce geste de
retournement vers Dieu, qu’on appelle techouva en
hébreu, va signifier aussi un retournement sur soi-même.
Au cœur de soi-même. La prière demande que Dieu
ait vers l’homme le geste qui lui permette à son tour
d’avoir ce geste vers Dieu et vers lui-même. Ce geste de
revenir !

Mais si étrange que
cela puisse paraître, si ce geste est demandé dans la
prière, c’est qu’il a déjà eu lieu.
Ce geste de retour – geste de l’amour fort comme la mort
– est déjà accompli : mouvement aveugle et entier
du cœur qui veut aimer, qui veut n’être qu’amour
 ! La prière qui le demande est en réalité la
prière qui l’atteste. Mais il faut qu’elle
l’atteste pour que ce retour vers Dieu soit bien cet acte
d’amour conscient véritablement fort comme la mort,
c’est-à-dire une résurrection de l’être.
Ce qu’obtient la prière, c’est la conscience de ce
retour vers Dieu, déjà accordé… cet
être-là avec l’invisible, disant « tu »
dans le chuchotement du cœur et le murmure des lèvres.
Et sur fond de cet événement, tous les autres pourront
s’exprimer, les événements qui marquent
l’histoire humaine de dates et de lieux, les événements
qui font la trame de chaque existence, les malheurs, les joies, les
peines les espoirs… et le deuil de Jérusalem ! Et le
retour à Jérusalem ! Et la peine de Job. Et la
consolation de Job. Et le déchirement de la passion du Christ.
Et l’éblouissement de sa résurrection. Puisque la
prière atteste que Dieu a déjà fait le geste, a
déjà écouté, déjà entendu,
il n’est rien qui ne puisse se dire devant Dieu, rien qui ne
soit interdit. Puisque déjà l’acte d’amour
a eu lieu, avant tout jugement ! Puisque la résurrection est
effective !

La vie toute la vie…

C’est cela la prière,
et il faudrait pouvoir trouver des mots assez justes pour qu’il
n’y ait pas d’erreur, pour que, ni par le croyant ni par
l’athée, Dieu ne soit transformé en idole.
Défiguré par l’un. Ignoré par l’autre
 ! Afin que la prière soit bien cet acte de parole libre,
offert à toute conscience, et qui atteste la merveilleuse
humanité de l’homme, sa peine infinie, mais aussi sa
confiance toujours possible, sa joie prête à jaillir, sa
reconnaissance éblouie devant la splendeur du monde ! Cet acte
de parole si vrai, si juste, qui donne aux Lamentations des accents
bouleversants, et aux psaumes cette faculté d’exprimer
les tréfonds de l’âme humaine. En ce lieu la
plainte n’est plus l’envers de la louange, ni l’espérance
celui de la désolation. Elles se nourrissent de la même
puissance, du même souffle, qui poussent l’homme à
sortir de lui-même, à se lever du tombeau de sa
désespérance, à secouer la stupeur qui le
pétrifie.

Le cri de sa douleur et le
cri de sa joie s’entremêlent comme le rire et les larmes.

« Tu nous a fait
revenir vers toi Seigneur, et nous sommes revenus ! »

« Merveilleusement
gardés par des forces bienveillantes, nous attendons confiants
ce qui peut advenir. Tu es avec nous, le matin, à midi et le
soir et tu le seras certainement jusqu’au dernier jour. »

Notre consolation, c’est
la vie, la répétition infatigable de ce qui en fait la
valeur, les mots précieux qui portent cette répétition
de génération en génération, et de cœur
à cœur. Ce temps, ce lieu, cette terre, Dieu nous les a
donnés. La liberté et la responsabilité de les
habiter, Il nous les confie. Notre consolation, c’est la tâche
infinie qui nous attend, pour Sa joie et pour la nôtre :

« Voici je mets
devant vous la vie et la bénédiction, la mort et la
malédiction. Choisissez donc la vie pour que vous viviez, vous
et vos enfants.

Aimez le Seigneur votre
Dieu en écoutant ce qu’il dit, en vous attachant à
lui. Ainsi vous pourrez vivre et passer de nombreuses années
sur la terre que le Seigneur a promis de donner à vos ancêtres
Abraham et Sara, Isaac et Rébecca, Jacob, Rachel, Léa…
et tant d’autres
. » (Dt 30,19-20).