Carême 1996 :

Le passage de Dieu

LE LANGAGE DE LA CROIX

Pasteur Flemming FLEINERT-JENSEN
24 février 1996

, I ,
Le passage de Dieu

"Puis j’écarterai ma main
et tu me verras de dos,
mais ma face on ne peut la voir"
(Exode 33/23)

Dans le calendrier liturgique de l’Eglise, le temps de Carême commence le mercredi des Cendres et se termine le dimanche de Pâques, ce qui fait au total 46 jours. Or, dans le mot carême, se cache le mot latin quadragesima qui signifie quarantième, ce qui veut donc dire que le Carême ne dure que 40 jours. Cet écart de six jours s’explique aisément : contrairement aux autres jours de cette période de Carême, on ne jeà »ne pas les six dimanches qui précèdent Pâques, car chaque dimanche est un jour de résurrection et non de mortification.

On sait que la durée du Carême a été déterminée par les 40 jours pendant lesquels Jésus jeà »nait au désert avant sa tentation. Mais on sait aussi que, dans la Bible, le nombre 40 revient assez souvent. Entre les 40 jours et nuits du déluge et les 40 jours entre Pâques et l’Ascension, il y a eu Moïse qui resta sur le mont Sinaï pendant 40 jours et nuits, Elie qui marcha 40 jours et nuits jusqu’au mont Horeb et nous pourrions citer bien d’autres exemples.

Pourquoi ce nombre 40 ? Il est probablement lié à cette tradition israélite qui voulait que le temps d’une grossesse dure 40 semaines. C’est donc une période d’attente, de patience, mais aussi d’épreuve, car pendant que se prépare dans le secret ce qui va naître, les renoncements s’imposent et il arrive que les sentiments d’isolement, de découragement, viennent se substituer à l’espoir de délivrance qu’apporte l’idée d’une nouvelle vie.

Pour celui qui est amené à quitter ses repères habituels pour traverser un paysage inconnu et plutôt âpre, la logique est implacable : quelque chose doit mourir en lui afin que naisse autre chose. Mais s’il tient bon, s’il accepte d’abandonner ses nostalgies et ses appréhensions, il ne sera plus le même après l’épreuve. La perspective dans laquelle il place ses convictions, ses paroles et ses actes aura changé.

Dans l’univers biblique, le désert symbolise le lieu de ce changement. Avec ses étendues infinies et ses ravins tumultueux, avec sa chaleur écrasante le jour et son froid insupportable la nuit, le désert a, en effet, deux visages. D’une part, il se présente comme un espace vide où l’homme perd le sens de l’orientation. Sans être guidé, l’homme s’égare, tourne en rond, et devient la victime de ses propres mirages. Epuisé, il devient la proie des agressions de démons invisibles. D’autre part, le désert est le lieu de toutes les promesses, la matrice secrète d’une vie nouvelle. Cela peut paraître contradictoire, puisque les conditions de vie du désert ressemblent davantage à des conditions de mort. C’est pourquoi il faut, dès le départ, croire à cette pureté féconde du désert, non pas aveuglément, mais parce que, au milieu de ce silence que seul le désert peut offrir, surgissent des paroles capables de nourrir l’espoir du passant solitaire et de l’accompagner sur la route.

Cette ambivalence fait du désert un lieu de combat entre des forces mortifères et des forces vivifiantes. Pour survivre ou pour sortir victorieux de ce combat, il faudra pouvoir quitter sa vieille peau et se détacher du passé, vite jugé glorieux. Il faut accepter le creuset du temps pour, à la fin, pouvoir modifier en profondeur ses attitudes et ses habitudes. L’homme crispé au milieu de ses souvenirs, l’homme révolté par son destin, finit, dans ces conditions, par périr. En somme, quelle que soit la solitude de nos propres déserts, quelle que soit la soif qui nous pousse vers d’autres horizons, il faut accepter de marcher dans ce silence qui s’apprête à abriter une parole libératrice. Personne ne nous promet que cette marche sera facile. Pourtant, tôt ou tard, ne se montrera-t-elle pas indispensable pour cette quête de sens qui caractérise l’homme et qui, qu’on le veuille ou non, s’attache à la question de Dieu ?

Cette soif du sens ne se traduit pas forcément dans un langage religieux. En revanche, le langage religieux est toujours associé à la recherche du sens de notre destin. D’où l’universalité qui habite secrètement les Ecritures des grandes religions. C’est ainsi que la Bible, dès le début jusqu’à la fin, témoigne de la lutte de l’homme pour trouver le fil conducteur de son histoire. Cette lutte à multiples facettes prend un caractère exemplaire dans la longue narration de l’errance du peuple élu dans le désert. Comment croire à son élection lorsque la solitude de l’épreuve devient insupportable ? Comment s’approprier la promesse lorsque le sentiment d’être abandonné envahit le cœur ? Comment percevoir la présence de Dieu lorsque la menace de la mort se fait pressante ?

Dans le livre de l’Exode (au chapitre 33), Moïse se fait le porte-parole de cette perplexité. Tourmenté par l’incertitude, il s’adresse à Dieu en disant : "Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître ton chemin et je te connaîtrai". Dans le désert, les chemins des caravanes sont rares et les chemins invisibles de Dieu le sont encore davantage. C’est pourquoi Moïse a besoin d’être rassuré sur le sens de sa mission et sur sa responsabilité face à l’avenir du peuple. Il a beau avoir entendu la promesse, si Dieu ne vient pas en personne, comment éviter de se tromper de chemin ? Et Dieu lui répond : "Je marcherai moi-même avec toi et je te donnerai du repos". Moïse saisit tout de suite ces paroles en affirmant que, si Dieu n’accompagne pas le peuple, il sera inutile de continuer. Car sans la présence de Dieu, comment reconnaître avoir obtenu la grâce de Dieu ?

Puis, Moïse avance encore d’un pas : "Fais-moi voir ta gloire". Dieu écoute cette supplication et dit : "Je ferai passer sur toi tous mes bienfaits et je proclamerai devant toi le nom de l’Eternel". Seulement, personne ne peut voir Dieu et vivre. Pour que Moïse ne soit pas consumé par l’éclat de la gloire divine, Dieu le mettra alors dans le creux d’un rocher et, de sa main, Dieu l’abritera au moment de son passage. Au lieu d’être entouré de la lumière de la face de Dieu, Moïse sera donc, comme un signe paradoxal de la présence de Dieu, entouré de ténèbres. Tant que Dieu sera proche, Moïse ne verra rien. Il n’entendra qu’une voix proclamant le nom de l’Eternel. Sans cette voix, il ne se douterait pas de la présence de Dieu. Car Dieu se cache derrière sa main. Ce n’est qu’après, lorsque Dieu sera passé et aura retiré sa main, lorsque la voix qui annonçait le passage de Dieu se sera tue, que Moïse verra de nouveau. A ce moment-là , il verra Dieu , mais de dos.

Ce récit rappelle que le passage de Dieu n’est jamais immédiatement reconnaissable. Il est, par contre, audible, car il se manifeste par la proclamation du nom de l’Eternel au milieu de la nuit obscure. C’est dire que l’attestation de la présence de Dieu est inséparable de l’annonce d’une parole. La parole devient ainsi le lieu privilégié de Dieu. Certes, Dieu est présent en dehors de sa parole, mais cette présence restera anonyme tant que Dieu ne révèle pas son nom, et invisible tant que Dieu se cache derrière sa main.

Autrement dit, les bienfaits de Dieu ont lieu dans les ténèbres. Cela ne nous empêche pas de pouvoir parler de ces bienfaits, mais au moment même où ils se réalisent, ils restent imperceptibles. Ce n’est qu’après coup, lorsque Dieu sera passé, lorsque Dieu aura retiré sa main, que les effets de ses bienfaits seront discernables. Non pas comme une démonstration objective du lien qui relie certains phénomènes avec Dieu, mais comme une interprétation qui, s’appuyant sur la voix issue des ténèbres, ose voir certains actes, certaines paroles, certains événements comme des rappels ou des traces du passage de Dieu.

Ce côté secret de la présence de Dieu est évoqué dans un autre texte biblique. Il s’agit du récit de la fuite d’Elie (1 Rois 19), non sans ressemblance avec l’histoire précédente de Moïse. Poursuivi par la reine Jézabel, Elie s’enfonce dans le désert et arrive au bout de 40 jours au Mont Horeb (ou Sinaï). Là , il passe la nuit dans "la grotte", peut-être une allusion à celle où Moïse s’était tenu autrefois. Et dans l’obscurité, Elie entend la parole de l’Eternel qui l’invite à expliquer la raison de sa présence dans ces lieux, seul, loin de tous : "Pourquoi es-tu ici, Elie ?". Et le prophète raconte comment son zèle pour Dieu l’a obligé à fuir les fils d’Israël qui ont abandonné l’alliance avec Dieu, qui ont tué les prophètes et qui, maintenant, cherchent à lui enlever la vie. Plus que jamais, Elie a besoin de l’aide divine pour pouvoir sortir de sa solitude et trouver le sens de son action. Et l’Eternel lui dit : "Sors et tiens-toi sur la montagne face à l’Eternel ; voici, l’Eternel va passer".

Or, tout à coup monte un grand vent violent qui déchire les montagnes et brise les rochers. Puis vient un tremblement de terre et ensuite un feu, mais l’Eternel n’est ni dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Enfin Elie entend le son d’un doux bruissement, ce qui le fait sortir de la grotte en s’enveloppant le visage de son manteau afin d’être face à Dieu sans voir la face de Dieu. Et c’est à ce moment-là qu’il entend de nouveau la voix de l’Eternel qui lui indique comment il doit reprendre son chemin pour accomplir sa mission auprès de son peuple.

Cette histoire montre que l’interpellation de Dieu ne peut être entendue au travers du bruit et des agissements de ce monde qui ne font qu’étouffer la voix de Dieu. Celle-ci, en effet, se fait entendre dans ce que André Chouraqui, au lieu d’"un doux bruissement", appelle "un silence subtil". Ce silence est nécessaire pour que le souffle ténu de Dieu puisse être perçu, souffle qui porte une parole et qui pousse l’homme à sortir de son isolement pour retrouver sa raison d’être.

De nouveau, tout se joue dans l’interstice entre une parole et sa réception. Cette parole n’est pas un discours continu. Dans sa singularité, elle inter-pelle, elle inter-rompt notre propre discours et celui des autres pour nous confronter avec nous-mêmes : "Pourquoi es-tu ici, Elie ?". Elle se glisse entre l’homme et Dieu en envoyant l’homme là où Dieu a besoin de lui et en le poussant à donner une réponse concernant le sens invisible de son existence.

Et si ce sens a un lien quelconque avec le mot Dieu tel qu’il est transmis par la tradition biblique, son invisibilité correspond parfaitement à l’invisibilité de Dieu. Quand un autre des prophètes, Esaïe, s’écrie : "Certes, tu es un Dieu qui se cache" (Esaïe 45/15), je pourrai dire la même chose au sujet du sens de mon destin : il se cache, il se voile derrière cet ensemble confus de paroles et d’événements, d’actions et de passions, de désirs et de frustrations, de facteurs héréditaires et de sursauts individuels qui font le tissu de mon être. Or, devant cette situation, il faut trouver une parole capable de creuser un chemin à travers toutes ces couches opaques. Car seule la parole est capable de les visiter et de me libérer de leur pesanteur. Mais puisque je ne suis pas plus fort que moi-même, j’aurai besoin de quelqu’un d’autre pour retrouver une parole qui me fait comprendre et ensuite accepter le mystère de ma propre vérité.

Mais, précisément, parce que cette vérité est un mystère, elle ne se révèle ni dans sa totalité ni une fois pour toutes. En ce sens, elle demeure cachée. Or, cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas en parler. Contrairement à ce que peut suggérer le verbe grec, myein, qui est à l’origine du mot mystère, il ne s’agit pas de se tenir la bouche et les yeux fermés devant l’ineffable. Le mystère de ma propre vérité se dévoile dans la parole, mais il ne cesse pour autant d’être un mystère dont l’ampleur m’échappera toujours et qui ne deviendra jamais une donnée objective dont je peux disposer.

Alors, s’il est vrai que le sens du mot Dieu s’inscrit dans la perspective du mystère de ma propre vérité, on pourra appliquer le même raisonnement au Dieu de la Bible. En effet, les livres bibliques parlent du Dieu unique qui, au sein d’un peuple, s’est révélé par sa parole, mais la plénitude de cette parole surpasse toute connaissance. Non seulement à cause de l’altérité radicale de Dieu, mais aussi parce que l’homme a du mal à se conformer à cette parole. Comment comprendre quelque chose qu’on n’arrive pas à s’approprier ? Néanmoins, la Bible ne cesse d’affirmer que l’homme est capable de recevoir la parole de Dieu et de la mettre en pratique. Mais parce qu’il s’oppose si souvent à la réalisation de cette possibilité, il faudra continuellement lui rappeler que la parole en question n’est pas hors d’atteinte : elle n’est ni au ciel, ni au-delà des mers, mais toute proche de lui. Elle est dans sa bouche pour qu’il la prononce, et dans son cœur pour qu’il la vive (cf. Deutéronome 30/11-14).

Or cette parole n’est pas la mienne. Elle reste un don destiné à me guider à travers le mystère de ma vie et à me faire vivre. Elle est un don qui demande à être intériorisé sans devenir ma propriété. Elle demeure libre, même au moment où elle se livre et s’expose au risque du malentendu ou du rejet.

Toute la Bible est l’histoire de ce risque que Dieu prend en donnant sa parole. Ce risque atteint son sommet au moment où la parole de la promesse n’est pas seulement communiquée par des hommes, mais où elle s’identifie pleinement avec un homme, dans la personne de Jésus. Cette identification représente le cœur même de la foi chrétienne. Elle est l’attestation définitive du passage de Dieu parmi nous, et c’est essentiellement à partir de l’histoire de Jésus que la manière dont Dieu se rend présent peut être perçue. Les exemples cités de Moïse et d’Elie ont déjà montré le caractère à la fois réel et caché de la présence de Dieu. L’exemple de Jésus confirmera ce caractère. Mais il l’accentuera encore davantage en évoquant comment la proclamation du nom de Dieu s’est associée, dès le début, au destin de Jésus. La plénitude des bienfaits de Dieu a pris corps dans cet homme : celui dont les actes et les paroles paraissaient tellement en contradiction avec ce qu’on attendait de Dieu que tout a été fait pour le réduire au silence. Depuis Hérode jusqu’à Pilate, en passant par les milieux religieux de l’époque, les tentatives pour l’éliminer n’ont pas cessé. A la fin, ses adversaires ont réussi à le faire disparaître en le crucifiant, comme blasphémateur et perturbateur public, entre deux criminels de droit commun. Mais, à en croire la tradition biblique, il tomba, à ce moment-là , des ténèbres sur toute la terre et, à travers ces ténèbres, on entendit le cri de Jésus : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?". Ce fut comme si une main avait de nouveau couvert toutes les issues. Personne ne pouvait alors se douter du passage de Dieu, et il fallut attendre trois jours pour pouvoir parler des traces de ce passage.

Cela rappelle les deux dernières plaies qui frappèrent l’Egypte. Au moment de la neuvième plaie, il y eut pendant trois jours des ténèbres sur tout le pays, des ténèbres si épaisses qu’on put les palper. Pendant ces trois jours, "personne ne vit son frère ni ne bougea de sa place". Mais, ajoute le livre de l’Exode, "les fils d’Israël avaient de la lumière là où ils habitaient" (Exode 10/23).

En reprenant cette description, on pourra dire que les ténèbres du Vendredi saint se sont prolongées jusque dans le tombeau de Jésus. Pendant trois jours, personne n’a vu Jésus ni n’a bougé de sa place, car tous respectèrent le repos du sabbat. La lumière n’est venue qu’après, d’abord presque imperceptible lorsque les femmes, à l’aube du premier jour de la semaine, se sont rendues au tombeau et ont découvert que celui qu’elles cherchaient n’y était plus. Puis la lumière s’est répandue au fur et à mesure que les disciples ont compris que Dieu avait arraché le crucifié à l’étreinte de la mort.

Ce passage pascal de Dieu rappelle ensuite la dixième plaie, la mort des premiers-nés, annoncée par Moïse : "Ainsi parle le Seigneur : vers minuit je sortirai au milieu de l’Egypte. Tout premier-né mourra dans le pays d’Egypte... mais chez tous les fils d’Israël, pas un chien ne grognera contre homme ou bête" (Exode 11/4-5 & 7). On connaît la suite. Après avoir égorgé une bête choisie parmi les agneaux ou les chevreaux, les fils d’Israël en ont pris du sang et l’ont mis sur le linteau et les deux montants de leurs maisons. Grâce à ce signe, Dieu est passé par-dessus leurs portes et aucun des premiers-nés d’Israël n’a péri.

Par un jeu de mots, le verbe qui signifie passer ou sauter par-dessus se retrouve dans le mot hébreu pessah qui est le même que notre mot pâque. Pâque évoque donc le moment où la mort est passée à côté de l’homme. Or, en rattachant ce sens de la Pâque à Jésus, la tradition chrétienne s’est placée dans une perspective encore plus vaste. Tout en l’intégrant en elle, la mémoire de l’Eglise a dépassé celle du salut de tout premier-né chez les Hébreux et de la sortie du peuple d’Egypte. Pour la mémoire de l’Eglise, le salut ne concerne pas seulement le fait d’être épargné de l’anéantissement dans une situation historique bien déterminée. Elle concerne aussi la libération finale de la mort au-delà de la mort. Cette conviction est liée au souvenir de celui que le Nouveau Testament appelle "le premier-né d’entre les morts" (Colossiens 1/18, Apocalypse 1/5), allusion discrète aux premiers-nés épargnés en Egypte, et elle traduit une espérance qui, depuis, porte la communauté chrétienne à travers son histoire mouvementée.

Mais le langage qui exprime cette espérance est aussi fragile que l’espérance elle-même. Car ses racines se trouvent sous la croix de Golgotha, ce lieu d’échec où l’homme semblait, enfin, avoir réussi à immobiliser ce qui venait de Dieu. Comment construire un discours sensé avec un tel langage ? Comment parler de la vie à partir de la mort ? En fait, ce n’est pas possible. Nous n’y arrivons pas, à moins d’être saisis par un souffle inexplicable qui porte nos paroles et ouvre nos cœurs. Mais, comme le rappelle saint Jean, le souffle ne se laisse pas programmer à l’avance et personne ne sait d’où il vient ni où il va (Jean 3/8). Sa voix se laisse entendre, mais ses voies sont insondables. Ainsi en est-il du souffle de Dieu qui proclame la présence de Dieu. Moïse et Elie en furent témoins lorsqu’ils découvrirent, dans l’obscurité et dans la solitude de la montagne, que la présence de Dieu se révélait d’une façon bien différente de ce qu’ils attendaient. Et il est possible que nous, qui ne sommes ni Moïse ni Elie, un jour soyons poussés au désert pour découvrir comment le souffle de Dieu traverse le silence de nos cœurs tourmentés et rafraîchit nos âmes. Si cela arrive, nous comprendrons mieux cette prière de saint Augustin :

"Fais-nous passer, Seigneur, par le désert
dont la sécheresse et la puissance,
l’immensité et l’oppression
clament ton nom à nos oreilles.
Conduis-nous vers ton désert ;
que nous puissions découvrir
tout au bout de nous-mêmes,
dans la vérité du vide et la pureté de l’absence,
que tu es là , Seigneur !".

 

Références musicales :
- J.M. KRAUS : Mortuary Music (2°, 3°, 4° mouvements)