Carême 2001 : La Pudeur de Dieu

La pudeur de l’amour trinitaire

Nous avons contemplé la pudeur du Christ dans son amour pour nous et la pudeur de Dieu dans son amour pour nous. Ce double amour a convergé sur nous, nous faisant occuper la place du centre. Effaçons-nous un peu maintenant, pour nous tenir à l’écart, afin de pouvoir considérer ce qu’il en est de l’amour de Jésus pour Dieu et de Dieu pour Jésus.

Jésus et Dieu ! Nous faisons bien de nous tenir à l’écart ! Nous devrions même enlever nos sandales et nous prosterner, car le face-à -face entre le Christ et Dieu n’est autre que le face-à -face entre le Père et le Fils. Leur amour réciproque n’est autre que l’amour de Dieu en lui-même, l’amour trinitaire, l’amour dans son incandescence absolue, dans sa pureté infinie.

Qu’en est-il de cet amour-là  ? Si l’être même de Dieu est amour (1 Jn 4.8), cet amour-là est-il pudique jusqu’au plus profond de lui-même ?

La pudeur de Dieu ! La pudeur de l’amour trois fois saint ! La pudeur de la Très Sainte Trinité ! Avant de parler du Père et du Fils, tournons-nous vers l’Esprit Saint :

O Saint Esprit, Esprit de feu !

Toi qui rends incandescent l’amour du Père et du Fils,

Esprit de tendresse et ami des hommes,

Prends pitié de nous !

Viens dans ta clarté illuminer pour nous les Ecritures ;

Viens embraser nos coeurs au feu de ton amour

Et conduis-nous dans ta grâce,

Afin que nous contemplions l’amour dans son mystère,

L’amour trois fois saint, l’amour dans sa beauté parfaite ;

Nous t’en prions, toi qui vis et règnes avec le Père et le Fils

Maintenant et pour les siècles des siècles.

Amen.

Vers qui tourner nos regards en premier ? Vers le Père ou vers le Fils ? Je vous propose de commencer par le Fils, lui qui est si proche de nous dans son humanité. Approchons-nous de lui pour découvrir ce qu’il en est de son amour pour le Père. Cet amour-là est-il aussi un amour pudique ?

Dans les trois premiers Evangiles, il est frappant de constater que Jésus ne dit pas un seul mot de son amour pour Dieu ! C’est tout de même étonnant ! Nous devinons cet amour, bien sà »r, mais à proprement parler il n’en dit rien ! Nous commençons à être habitués à ce type de silence, et ma première réaction est de penser que ce silence pourrait bien être celui de la pudeur.

Tout s’éclaire à la lecture de l’Evangile de Jean. Dans cet Evangile, en effet, Jésus s’exprime sur son amour pour Dieu, et tout ce que nous découvrons alors est d’une extrême pudeur. Approchons-nous un peu !

Tout d’abord, Jésus est si discret qu’il ne parle qu’une seule fois de son amour pour Dieu. En outre, lorsqu’il en parle, c’est dans le cercle restreint de ses plus proches amis que sont les disciples ; et il choisit pour en parler le tout dernier soir de sa vie, au moment où Judas est déjà sorti (Jn 13.30). Tout est en place pour permettre à la pudeur de se laisser entrevoir. Au dehors, il fait nuit, mais le discours d’adieux de Jésus est porteur d’une lumière d’une grande douceur, d’une grande pudeur.

Quand Jésus se met à parler de son amour pour le Père, ce n’est pas pour l’afficher ; au contraire, il en parle comme en passant, au détour d’une phrase, avec tellement de discrétion que cela pourrait passer inaperçu.

" Désormais, je ne m’entretiendrai plus guère avec vous, car le prince de ce monde vient. Certes, il n’a en moi aucune prise ; mais il vient afin que le monde sache que j’aime mon Père et que j’agis conformément à ce que le Père m’a prescrit. " (14.30-31)

Voilà  ! " J’aime mon Père " : Jésus n’avait encore jamais dit cela et ne le redira plus. Il n’a pas attendu le dernier jour pour dire qu’il est aimé de son Père (5.20, 10.17), mais il attend le dernier soir pour dire ce qu’un pudique a du mal à dire devant d’autres : " J’aime mon Père ". S’il le dit maintenant, ce n’est pas pour se mettre en avant, mais c’est à cause des disciples, par amour pour eux, pour les préparer et les fortifier, car les ténèbres du dehors couvriront la terre le lendemain et envahiront bien des coeurs, au moment de la croix. A l’approche de cette heure redoutable, Jésus dépose dans le coeur de ses disciples cette parole de lumière qui éclaire la croix : " J’aime mon Père ".

Mais au moment où Jésus prononce cette parole, il se passe quelque chose d’étonnant, non pas chez les disciples, mais en Jésus lui-même. L’aveu qu’il vient de faire le bouleverse tellement qu’il ne parvient pas à poursuivre son discours. L’émotion l’empêche de continuer. Alors, Jésus coupe court par ces quelques mots : " Levez-vous, partons d’ici ! " (14.31).

C’est inattendu ! Alors que Jésus a beaucoup de choses à dire encore à ses disciples, comme on le découvre par la suite, cette soudaine coupure révèle clairement que l’émotion contraint Jésus à interrompre ses propos, émotion que connaît le pudique lorsqu’il a parlé de son amour profond.

Et les disciples ont bien compris ! Jusque là , dans ce discours d’adieux, ils se sont permis d’interrompre le Maître, à plusieurs reprises, pour lui poser des questions. Pierre a pris la parole (13.36), puis Thomas (14.5), Philippe (14.8), Jude (14.22), mais cette fois aucun d’eux ne se permet d’intervenir. L’émotion de Jésus a besoin d’un écrin de silence. Jésus fait silence et les disciples entrent dans ce silence, pour respecter la pudeur de leur Maître.

Même le Père fait silence.

Un peu plus tard, une fois l’émotion contrôlée, Jésus reprend le fil de son entretien avec les disciples (Jn 15 et 16). Puis il conclut son discours d’adieux par une prière (Jn 17). Il ne pouvait pas conclure autrement.

Cette prière est la plus longue qui nous reste de lui, admirable prière qui nous révèle un peu le face-à -face entre le Père et le Fils, mais un peu seulement, car elle est dite devant témoins, devant les disciples, et non dans la stricte intimité du Père et du Fils. La présence des disciples empêche Jésus de parler comme s’il était seul avec son Père. Sa pudeur intervient et elle se reconnaît dans le fait que Jésus dit à son Père : " Père, tu m’as aimé ". Il le lui dit même à trois reprises (17.23, 24, 26). Par contre, il ne dit jamais : " Père, je t’ai aimé ". Pourtant, les disciples savent bien que Jésus aime son Père, puisqu’il l’a dit devant eux tout à l’heure, et au prix de quelle émotion ! Mais cette fois, dans sa prière, la pudeur reste intacte.

" Père, tu m’as aimé " : cette prière du Fils est accueillie dans le silence du Père ; c’est le silence d’un amour pudique, qui sert d’écrin à la prière de Jésus.

Le silence du Père ! Impressionnant silence, qui marque profondément tous les Evangiles. Que savons-nous du Père dans son face-à -face avec le Fils ?

Dans les Evangiles, quelques paroles du Père nous sont rapportées, mais une seule d’entre elles s’adresse directement au Fils, et c’est une parole d’amour, d’un amour infini : " Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection " (Mc 1.11).

" Mon fils ", " mon bien-aimé ", " mon affection " : tout est amour dans cette parole... L’amour du Père pour le Fils ! Quand je mesure que nous sommes soudain plongés dans l’intimité du Père et du Fils, au plus profond de leur amour, je découvre à quel point je devrais me taire, me prosterner et adorer ! Que dire, dans mon indignité, de cet amour infini qui me dépasse infiniment ? Je voudrais seulement essayer d’entrevoir ce qu’il en est de la pudeur de cet amour. Que Dieu me soit en aide !

Dans tout l’Ancien Testament, nous avons constaté qu’il ne nous est jamais donné d’être témoins d’un moment d’intimité entre Dieu et l’un de ses proches, un de ces moments de grande intimité, où Dieu dit son amour à ce proche13. Avec Jésus, c’est la première fois, et la seule, que nous entrons à ce point dans l’intimité de Dieu.

Le moment d’intimité où Dieu parle à Jésus se situe lors du baptême de celui-ci. Plus tard, il y a la scène de la transfiguration, où nous entendons une parole assez proche : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le ". Mais la grosse différence avec le baptême, c’est qu’il ne s’agit plus d’une parole directement adressée à Jésus. La parole dite à la transfiguration s’écarte du face-à -face intime et devient une déclaration officielle adressée aux témoins de la scène : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le " (Mc 9.7).

Restons-en donc au récit du baptême, comme unique moment où nous entendons Dieu parler à Jésus. Les trois premiers Evangiles nous font un récit du baptême, mais celui des trois qui nous rend le plus attentifs à la pudeur de Dieu est celui de Marc, me semble-t-il14.

Ce récit de Marc est tout à fait particulier. Toute une foule de baptisés est là , présente, mais le récit est agencé de telle manière que cette foule n’est en rien témoin de ce qui se passe entre Dieu et Jésus, au point que leur intimité demeure réellement préservée.

Pour arriver à écarter ainsi la foule, Marc introduit tout simplement un verbe " voir ", qui a pour seul sujet Jésus. De ce fait, Jésus est seul témoin de ce qui lui arrive. Ecoutons ce récit :

" En ces jours-là , Jésus vint de Nazareth en Galilée et fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Et aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux déchirés et l’Esprit descendant vers lui comme une colombe ; et une voix depuis les cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection " (1.9-11).

C’est clair : seul Jésus a vu les cieux déchirés et l’Esprit qui descend ; pour la foule il n’y a rien de plus banal qu’un baptisé qui remonte de l’eau. Tout le reste se passe dans le secret du Père et du Fils, ce qui explique pourquoi la parole dite par le Père s’adresse au Fils seul et non à la foule : " Tu es mon Fils bien-aimé ". L’absence de tout témoin préserve l’intimité du face-à -face.

Le seul témoin, à vrai dire, c’est le Saint Esprit, qui descend en silence du Père vers le Fils. Dans l’amour trinitaire, l’intimité du Père et du Fils n’existe pas sans le Saint Esprit. L’amour trinitaire est un ; l’intimité trinitaire est une ; y a-t-il aussi une pudeur trinitaire ?

La pudeur est chez le Fils, dans le fait qu’il accueille en silence une parole d’amour qui lui est adressée. Ce silence-là est celui de la pudeur.

De son côté, l’Esprit se fait aussi discret qu’une colombe silencieuse. Il entre discrètement en harmonie avec la parole du Père, en descendant du Père vers le Fils. Et il entre aussi discrètement en harmonie avec le silence du Fils, en rejoignant le Fils dans son silence. Il ne fait que descendre, sans se poser vraiment. Pudique Esprit, qui reste ainsi suspendu en silence entre le Père et le Fils, en harmonie avec le Père et le Fils.

Et puis enfin le Père, qui protège l’intimité de la scène, en se tenant discrètement en retrait, totalement invisible.

Pudeur du Père, pudeur du Fils, pudeur du Saint Esprit : pudique Trinité qui s’enveloppe de discrétion.

Le ciel est ouvert (Ez 1.1, Ap 4.1), mais aucun ange ne se manifeste ; aucun ange, aucun archange : l’armée céleste fait silence, discrète, comme on fait silence devant la pudeur de l’amour infini.

Personne sur la terre n’a été témoin ; personne au dire de Marc15, et nous comprenons bien pourquoi : qui pourrait, en effet, voir ce qui échappe infiniment à tout regard humain : le Père, le Fils et le Saint Esprit ! Insondable mystère de la Trinité toute voilée dans la pudeur de son amour !

Marc n’arrive pas à terminer son récit. Quand le Père se tait, plus rien ne se passe ; le Père, le Fils et le Saint Esprit ne font plus qu’un silence. Qui pourrait alors prendre la parole ? Marc suspend son récit et se tait. Sa main se pose et il se met à contempler le mystère qu’il lui a été donné de décrire en quelques mots d’une extrême sobriété : admirable sobriété qui honore la pudeur de l’amour trinitaire.

Marc prend le temps de contempler. Puis il reprend sa plume. Ce récit du baptême n’est que le " commencement de l’Evangile de Jésus-Christ " (1.1), la première page de son ministère. Marc laisse le récit ouvert, comme est ouvert le coeur de Dieu. L’amour trinitaire a soif d’être partagé avec les hommes.

Alors, le Fils ira sur les routes humaines pour révéler l’amour du Père. Il baptisera du Saint Esprit (1.8), pour que l’Esprit fasse entendre à tous ce que le Père leur dit en Christ : " Tu es mon fils, ma fille, mon enfant bien-aimé ".

C’est ainsi que Jésus va s’engager sans plus tarder sur les routes humaines, le coeur brà »lant d’un amour infini. Le premier mot écrit par Marc, après le baptême, c’est " aussitôt " (1.12) ; l’amour divin est un feu que Jésus est pressé d’aller jeter sur la terre (Lc 12.49).

" Tu es mon fils bien-aimé " : ce sont des mots qu’un père dit rarement à son fils. Ainsi en est-il chez les hommes ; ainsi en est-il aussi en Dieu. Et le Père ne le dit qu’une fois.

Dire une telle phrase d’amour ne peut pas non plus être dite sans une certaine émotion. Ainsi en est-il chez les hommes ; ainsi en est-il aussi en Dieu. Ce qui me permet de parler de l’émotion du Père dans ce récit, dont la sobriété donne de l’importance à chaque mot, c’est un détail propre à l’Evangile de Marc : " le ciel déchiré " ;

Dans Matthieu comme dans Luc, le ciel est seulement " ouvert "16 et non " déchiré ". Cette différence de mots est très importante. En parlant, en effet, de déchirure, Marc compare le ciel à un vêtement déchiré, ce qui nous renvoie alors à une pratique bien connue de la Bible : lorsqu’un homme est profondément ému, il déchire son vêtement (Gn 37.29, 2 R 2.12 ).

Pour parler de cette déchirure, Marc utilise une tournure au passif : " le ciel est déchiré ". Le passif de ce verbe apparaît comme un passif divin. Qui donc, en effet, a déchiré le ciel ? Marc ne le nomme pas, par respect pour celui dont l’émotion est si grande qu’il est difficile d’en parler. Et dans tout ce récit, d’ailleurs, Marc fait totalement silence sur ce nom, pour préserver la pudeur de celui qui demeure invisible, celui dont l’intense émotion n’est perceptible qu’au Fils et à l’Esprit. Jamais, par la suite, Jésus ne reparlera de son baptême au Jourdain : pudeur du Fils sur l’émotion de son Père. La déchirure du ciel demeure enfouie au plus profond du mystère de la Trinité.

" Tu es mon Fils bien-aimé " : cette parole est unique, parce qu’elle est éternelle. Marc dit l’éternité de cette parole, en choisissant le mode du participe pour les verbes importants de son récit. Ni le présent, ni le passé, ni le futur : il ne peut pas trouver mieux que le participe pour dire l’éternité. " Remontant de l’eau ", dit-il à propos du Fils ; et cette remontée, décrite au participe, appartient à l’éternité. " Descendant vers lui ", dit-il à propos de l’Esprit ; et cette descente, encore au participe, appartient aussi à l’éternité. " Le ciel étant déchiré ", dit-il à propos du Père, et cette déchirure, encore décrite au participe, dit l’émotion éternelle du Père.

Nous dirions aujourd’hui qu’il y a un arrêt sur image ; le Fils en train de remonter, le Saint Esprit en train de descendre, et puis le ciel, à jamais déchiré, qui laisse entendre cette parole d’éternité : " tu es mon Fils bien-aimé ". Et le Fils, d’ailleurs, a bien entendu, lui qui, au dernier soir, répondra à son Père : " Tu m’as aimé dès avant la fondation du monde " (Jn 17.24) ; non pas " depuis le jour de mon baptême ", mais " dès avant la fondation du monde ".

" Tu es mon Fils bien aimé " : amour éternel, parole éternelle du Père, dite avec une éternelle pudeur et dans une éternelle émotion.

Il nous reste à examiner une question que pose ce récit, et qui se trouve directement en lien avec la pudeur de Dieu. Je vais me contenter de formuler maintenant cette question, qui rebondira dans les prochains chapitres.

La déchirure du ciel traduit, avons-nous dit, une intense émotion du Père. Mais de quelle émotion s’agit-il exactement ? Le Fils remonte de l’eau et se rapproche ainsi du Père, qui devrait donc être tout à la joie devant cette approche. Or, il ne s’agit pas ici de cela ! Dans la Bible, en effet, celui qui déchire son vêtement n’exprime jamais par là une joie profonde, mais au contraire, une douleur profonde ; non pas une douleur physique, mais une douleur intérieure17. En cela le récit de Marc nous pose question : de quelle douleur s’agit-il ici ? Quelle peut être la douleur du Père à la vue de son Fils ? Serait-ce à cause de cette douleur que le Père se tient caché, invisible ?

Le Père ne donne aucune précision sur sa douleur ; il se contente de dire son amour : " tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection ". Cette parole dit son amour, mais la déchirure du ciel laisse percevoir sa douleur. L’amour du Père serait-il blessé ? Dans ce moment d’éternité, y aurait-il place pour une douleur éternelle ?

Le récit de Marc, avons-nous vu, est totalement ouvert sur le ministère de Jésus, dont le baptême fait office de prélude. La réponse à notre question devra être cherchée dans la suite de l’Evangile ; et nous l’y trouverons, en effet.

Pour le moment, contentons-nous de noter que le Père dit avec pudeur son amour et que cet amour est accompagné d’une intense douleur, dont il garde le secret. Et sans doute est-ce là encore un trait d’une authentique pudeur. Si un pudique, en effet, ne dit pas tout de son amour, il parle encore moins de sa douleur, surtout si cette douleur est celle de son amour. Le silence que fait ici le Père sur sa douleur pourrait bien être le silence de sa pudeur.

Le Fils et le Saint Esprit sont témoins de la déchirure du ciel ; ils en sont même les seuls témoins. Or, devant cette déchirure, tous deux observent le plus grand silence. La pudeur commande aussi parfois de garder le silence devant la souffrance d’un autre.

Pudeur du Fils qui s’approche en silence du Père, dont il perçoit la douleur. Et pudeur aussi de l’Esprit, qui va du Père au Fils sans rompre le silence.

Pudique Trinité, profondément unie dans un silence, où se trouve enfoui le secret d’une douleur !

Le récit que Marc fait du baptême est totalement ouvert : le Fils va pouvoir s’engager sur les routes humaines, le coeur brà »lant d’un amour infini, pressé de jeter sur la terre le feu de cet amour. Mais le Fils va s’engager aussi sur les routes humaines, le coeur brà »lant de cet amour, qui voile de pudeur le secret d’une douleur. Les premiers pas du Christ seront dans le désert (1.12), où commence déjà pour lui un long chemin de croix.