Carême 1930 : Jésus-Christ

La loi nouvelle

En
revendiquant une autorité supérieure à celle de
la loi de son peuple Jésus-Christ a, du même coup, mis
en pleine lumière la loi nouvelle qu’il est venu révéler
aux hommes de la part de Dieu. Nous sommes ici, nul ne peut s’y
méprendre, au nœud vital de son enseignement. Sans nous
arrêter au détail des textes, allons droit à
l’essentiel d’une pensée, parfaitement sûre
d’elle-même, dont aucune défaillance de la
tradition n’a pu voiler les clartés révélatrices.

I

Et tout
d’abord Jésus rejette, comme ayant usurpé une
autorité qui ne leur appartenait pas, les traditions que la
casuistique des théologiens du judaïsme postérieur
à l’exil avait fait croître autour de la loi de
Moïse et qui menaçaient de l’étouffer. A
grands coups de hache, il fait de larges éclaircies dans
l’épaisse forêt des préceptes, observances
et prescriptions. « Vous anéantissez le commandement de
Dieu par votre tradition », dit-il (1),
et c’est sur ce commandement même qu’il entend
ramener l’attention.

En
vérité, un retour à la considération de
la loi de Dieu, dans sa majesté et dans sa simplicité,
s’imposait.

A
l’obéissance de la volonté s’était
substitué un souci exclusif de pureté rituelle qui
donnait à la piété juive un caractère
légaliste chez les uns, formaliste chez les autres, et
déterminait, à l’égard de ceux qui ne
pouvaient se plier à de semblables exigences, un étrange
rétrécissement du cœur.

Au
surplus, tous ces préceptes, qui n’atteignaient que
l’extérieur de la vie, apparaissaient à Jésus
comme des occasions d’incessantes chicanes sur l’obéissance
due à Dieu (2).
Dieu, par Moïse, a donné à son peuple une loi.
C’est à cette loi, et non à ses interprétations
successives, que les Juifs auraient dû se soucier d’obéir.

Jésus,
nous l’avons déjà noté, entend non pas
abolir la loi donnée aux anciens, mais l’accomplir. Il
la respecte, il l’aime, il déclare que pas un trait de
lettre de la loi n’est sans valeur. A l’encontre de ses
contemporains, il repousse la distinction, toujours agréable à
nos faiblesses humaines, entre les grands et les petits commandements
(3).
Et pourtant, par la manière dont il accomplit la loi, il en
vient à lui substituer une loi nouvelle. Comment en est-il
arrivé là ?

La piété
filiale que Jésus témoigne toujours à l’ancienne
alliance et le respect qu’il porte à la loi ne
l’empêchent jamais de soumettre à une critique
radicale ses prescriptions les plus authentiques.

En
faisant de la loi la règle des sentiments les plus secrets
aussi bien que des actes extérieurs, il lui donne toute son
ampleur. La pensée impure, le désir trouble caressé
à l’abri de tout regard tombent, tout autant que
l’adultère, sous le coup de sa condamnation.

Sur
certains points essentiels les transformations que, de sa propre
autorité, Jésus apporte à la loi entraînent
des conséquences dont la gravité ne pouvait échapper
à la perspicacité de ses adversaires. « Vous avez
entendu qu’il a été dit aux anciens : tu aimeras
ton prochain et tu haïras ton ennemi ; mais moi je vous dis :
aimez vos ennemis » (4).
Quel contraste plus violent pourrait apparaître entre un
commandement de l’ancienne alliance et la traduction qu’en
donne Jésus ?

Avec
quelle tranquille assurance il abroge, sans juger même
nécessaire de le faire remarquer les prescriptions du
Lévitique concernant la pureté rituelle ! « Ne
comprenez-vous pas que rien de ce qui est extérieur ne peut en
entrant dans l’homme, le rendre impur ? » (5).
Parole que dépasse encore, en puissance révolutionnaire,
celle que Jésus prononce sur le sabbat : « Le sabbat a
été fait pour l’homme et non l’homme pour
le sabbat » (6).

Accomplir
la loi, pour Jésus, c’est donc, après avoir saisi
le principe qui l’inspire, développer ce principe, le
mettre en pratique, lui faire produire toutes ses conséquences
« au delà de la lettre du commandement, comme
l’indiquait récemment un historien, et même, si
cela est nécessaire, en contradiction avec les formules mêmes
de la Loi » (7).

Accomplir
la loi, c’est dégager, à travers les textes
codifiés qui prescrivent ceci ou interdisent cela, l’intention
éternelle de Dieu, c’est y conformer sa volonté,
c’est y rattacher sa vie, c’est en devenir le témoin
et le révélateur.

Remarquez,
Messieurs, que la loi d’Israël, par ses commandements et
ses défenses, visait, dans sa lettre même, à
régler certains actes de l’existence. Ce qui ne tombait
pas sous l’autorité des textes échappait à
son emprise. La piété des meilleurs ne pouvait que
revêtir un aspect statique, s’il m’est permis
d’employer ici ce mot. Enfin, par le fait même qu’elle
était la loi d’un peuple déterminé, la vie
religieuse et morale qu’elle était censée régler
avait un caractère particulariste de plus en plus accusé
à l’époque de Jésus-Christ.

Dans cet
ensemble de commandements divins, Jésus saisit le principe
éternel dont ils ont eu pour mission de préparer la
révélation, la reconnaissance par les hommes et
l’acceptation. Et ce principe est que l’homme, comme tout
ce qui vit, est appelé par Dieu à se soumettre à
une loi, à la loi de sa vie ; ce n’est qu’en
l’acceptant, qu’en s’y conformant, que l’homme
accomplira sa destinée.

Mais
quelle est cette loi de l’homme, cette loi de la vie humaine ?
Elle est de vouloir ce que Dieu veut. L’homme ne devient ce
qu’il doit être, il ne réalise sa destinée
que dans l’obéissance à la volonté du Dieu
qui l’a suscité à l’être. Dieu veut
que l’homme veuille ce que lui-même veut pour l’homme.

Qu’on
ne s’imagine donc pas qu’en mettant fin au règne
des observances rituelles, Jésus laisse l’homme maître
de se donner à lui-même sa loi. « S’il
refuse, par exemple, de mettre le vin nouveau dans les vieilles
outres, s’il délie, pour de justes raisons, le joug des
servitudes légales appesanti par les traditions trop humaines
des scribes… qu’on se garde d’en conclure à
un affranchissement du joug divin ou à je ne sais quelle
liberté charnelle ! L’Evangile n’est pas une
doctrine de moindre effort et une religion à bon marché
 » (8).
Plus encore que le judaïsme il implique l’obéissance,
parce qu’il réclame avant tout de l’homme la
reconnaissance et l’acceptation, jusque dans les recoins les
plus obscurs de l’être, de la souveraineté de
Dieu.

Ainsi,
dégageant de la loi d’Israël qui, trop souvent,
cachait Dieu aux hommes la vérité éternelle
qu’elle a exprimée pour un temps et pour un peuple, le
Christ rattache l’homme à son origine divine, il lui
découvre le fondement naturel et divin de toute vie morale
humaine, il lui rappelle qu’il est solidaire de Dieu.

De quel
Dieu ? L’enseignement de Jésus — qu’on
m’excuse de ne pas y insister de nouveau (9)
— se relie indissolublement, par le contenu de la révélation
qu’il apporte, à l’enseignement des prophètes.
Son Dieu est le Dieu saint et juste ; toutefois, sa sainteté
et sa justice sont des aspects de son caractère essentiel : il
est le Père. Le Dieu qui veut que l’homme veuille sa
volonté est donc un Dieu d’amour et de bonté.
C’est parce qu’il est le Père qu’il ne veut
pas contraindre, violenter la volonté humaine et qu’il
ne se lasse pas de faire appel, après l’avoir éveillé
dans l’homme, au sentiment de la responsabilité
personnelle, au devoir de s’engager, et de s’engager
librement, sur le chemin de l’obéissance à la
volonté de Dieu. Vouloir librement ce que veut le Père,
telle est, pour l’homme, la loi de sa vie, le secret de sa
destinée.

C’est
ainsi, Messieurs, qu’en voulant accomplir la loi que Dieu avait
donnée à son peuple Jésus-Christ révèle
la loi nouvelle qui, seule, peut faire porter tous ses fruits
au principe éternel incarné dans la loi d’Israël.
Elle est la libre obéissance de l’amour filial. La fin
de l’homme est donc d’unir, dans l’amour, sa
volonté à celle du Père. N’est-ce pas là
ce que disait déjà le commandement que l’ancienne
alliance n’avait jamais pu réellement pratiquer, et du
haut duquel Jésus l’a jugée : « Tu aimeras
l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme,
de toute ta pensée » (10) ?

Et Jésus
ajoute : « Voici le second commandement qui est semblable au
premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (11).

C’est
ici qu’apparaît la grande originalité de
l’Evangile. La loi nouvelle, proclamée par Jésus-Christ,
est une loi à deux faces, dont l’une est tournée
vers le Père, et dont l’autre est tournée vers
les frères (12).

L’homme
n’est pas un Robinson Crusoë solitaire dans une île
déserte, auquel Dieu n’adresserait d’autre
vocation et ne proposerait d’autre destinée que de vivre
dans un tête-à-tête, si doux soit-il, avec son
Créateur.

L’homme
n’est et ne peut être que dans la communion
de l’humanité dont il est étroitement solidaire
dans le temps et dans l’espace. C’est en pleine humanité
que l’homme, en qui vit l’humanité d’hier et
qui porte en lui celle de demain, doit pratiquer la loi nouvelle. Se
sachant et se voulant solidaire d’un Dieu en qui il a découvert
le Père, il doit, non pas simplement subir la solidarité
des hommes, mais se vouloir solidaire de ceux qui sont désormais
ses frères.

L’homme,
tel que le veut Jésus-Christ, ne peut aimer vraiment le Père,
s’il s’écarte égoïstement des hommes,
s’il ne veut pas pour eux ce qu’il sait être, à
leur égard, la volonté du Père, s’il ne
cherche pas à les aider à devenir ce qu’aussi
bien que lui ils sont appelés à être.

Mais
aussi il ne peut aimer vraiment les hommes d’un amour
désintéressé, persévérant, qui ne
se laisse pas rebuter par l’intérêt très
minime qu’offrent, en vérité, un si grand nombre
de créatures humaines, s’il ne les aime pas en Dieu,
s’il n’aime pas en eux le Dieu qui les cherche et qui les
veut à Lui pour qu’ils puissent être vraiment
eux-mêmes.

« 
En réalité, a noté Fallot, l’homme ne peut
s’unir à l’homme avant de s’être uni à
Dieu. Dieu est le point de rencontre des âmes et il n’y
en a point d’autre. Dieu est le seul ciment social qui tienne.
Il faut avoir trouvé Dieu pour avoir la force d’aimer
d’un amour persévérant et efficace. Il faut avoir
rivé son existence au rocher des siècles pour pouvoir
supporter impunément le choc désordonné des
existences qui enveloppent la nôtre » (13).

Discernez-vous
de ce point de vue, Messieurs, la réalité magnifique
que traduit dans une forme imprécise, je le reconnais,
l’expression de Royaume de Dieu ?

Transcendant
les préceptes particuliers, visant, par delà les actes,
les mobiles profonds qui les déterminent, appelant l’homme
à prendre, à l’égard de Dieu, une attitude
d’obéissance filiale, par quoi son attitude à
l’égard des hommes deviendra fraternelle, la loi
nouvelle embrasse la vie humaine dans sa totalité et la
pénètre dans sa profondeur.

« 
Tu ne tueras pas », dit la loi. Cela veut dire, en termes de la
loi nouvelle, que ces mouvements de colère, d’inhumanité
qui ont leur dernier aboutissement dans la violence brutale, doivent
être décelés, prévenus ou éliminés,
dès l’apparition des sentiments méchants qui les
préparent, des expansions malignes qui les annoncent. Et
qu’aussi l’amour fraternel doit primer, dans l’ordre
du temps et des manifestations extérieures, jusqu’au
culte divin. Car Dieu est patient, et notre dureté de cœur,
elle, n’attend pas, si on n’y porte un prompt remède,
pour fructifier en fruits de morts » (14).

« 
Tu aimeras ton prochain », ajoute le Christ. Mais de quel amour
 ? « Non pas seulement, a écrit Foerster, l’élan
passager qui produit un joyeux sacrifice d’un instant et une
œuvre d’amour occasionnelle, mais la purification lente,
persévérante, inexorable, de tous les souvenirs, la
révision des jugements intimes que nous portons sur tous les
hommes qui ont été mêlés à notre
vie, l’apaisement de tous les sentiments pénibles qui
reparaissent sans cesse, provenant d’un orgueil inavoué
et d’un parti pris aveugle en faveur de nos intérêts
 » (15).

Et,
d’autre part, parce qu’elle transcende les limites d’un
peuple à l’existence nationale duquel elle était
étroitement liée dans sa forme ancienne, parce qu’elle
s’achève et se résume dans le seul commandement
de l’amour qui, selon saint Paul, accomplit la loi (16),
la loi nouvelle s’adresse à tout homme et à tous
les hommes. Elle n’est pas la loi d’un peuple et d’une
race ; elle est la loi de l’humanité fille de Dieu.
Rattachant nos origines à la volonté éternelle
d’un Dieu qui crée par amour, elle oriente nos destinées
vers la restauration glorieuse des solidarités divines et
humaines, par notre obéissance filiale à Dieu et par
l’amour fraternel.

II

Si le
Christ s’était borné à révéler
aux hommes la loi que nous venons de considérer, son œuvre,
Messieurs, eût été grande, certes, mais peut-être
serait-elle demeurée vaine. Il a fait plus que la proposer à
notre obéissance, il l’a vécue, il l’a
révélée en la vivant. En Jésus-Christ, la
loi nouvelle est devenue la loi vivante. Il n’est pas celui qui
dit ce que les autres doivent essayer d’être. Il est
ce qu’il dit
.

Pourrai-je,
ne fût-ce que quelques instants, m’élever jusqu’à
cet ordre de la charité dont parlait Pascal, jusqu’à
cet ordre de l’amour auquel nous sommes introduits lorsque nous
cherchons humblement à regarder vivre, agir, aimer
Jésus-Christ ? Pourrai-je vous en faire contempler la beauté
souveraine ? Nous sommes ici au seuil d’un sanctuaire où
nul, à moins d’être un blasphémateur, ne
peut entrer qu’en tremblant.

Des
profondeurs invisibles de ce sanctuaire des rayons de lumière
viennent à nous qui attestent la présence d’une
lampe qui demeure cachée à nos regards. Que
pourrions-nous dire, en effet, de l’amour que Jésus
avait pour son Père qui ne trahît la réalité
ineffable ! Parler de l’amour filial de Jésus, de sa
confiance totale, de la consécration à Dieu de toutes
les énergies de son être, de tous les mouvements de sa
sensibilité, de tous les battements de son cœur, c’est
revêtir de pauvres mots humains un mystère de communion
et d’adoration.

L’amour
de Jésus pour les hommes est plus accessible à notre
observation. Assurément, celle-ci ne peut se passer des
documents de l’histoire, et, une fois encore, nous retrouvons
historiens et critiques qui nous rendent attentifs, comme c’est
leur droit et leur devoir, à la fragilité des
témoignages.

Rappelons-nous,
toutefois, la distinction que nous avons été invités
à faire dans les récits que nous a transmis l’histoire,
entre ce qui est accidentel, secondaire, et ce qui est essentiel (17).
La critique des historiens n’atteint et ne peut atteindre que
l’accidentel ; la critique de la foi, dont le Christ lui-même
communique aux croyants le secret, va droit à l’essentiel
dont aucune insuffisance des témoignages ne peut nous empêcher
de saisir la réalité. Car l’essentiel, ici, c’est
un amour par lequel ceux qui en ont éprouvé la
puissance et la douceur ont eu leurs vies pénétrées,
purifiées, transformées, bouleversées, au point
que tous les souvenirs, toutes les impressions qu’a recueillis
d’eux l’âge apostolique gardent le parfum de cette
tendresse unique à laquelle, depuis lors, comme à une
source inépuisable, sont venus étancher leur soif tant
de pauvres cœurs humains.

Jésus
aime les hommes, non pas d’un amour théorique qui
embrasserait son peuple ou l’humanité en général,
mais d’un amour concret qui, sans effort, saisit l’individuel.
Il aime sans le dire, sans faire de phrases sur l’amour qu’il
éprouve. Autour de lui les cœurs se sentent réchauffés,
éclairés par la flamme de sa tendresse sainte. Un mot,
un regard suffit à en donner la certitude. Que n’avons-nous
le temps d’ouvrir simplement les Evangiles et, les feuilletant
au hasard, de noter l’impression profonde, décisive,
faite par l’amour de Jésus sur les hommes qui s’en
sont sentis pénétrés ou qui, autour d’eux,
en ont constaté les effets.

Ah, ces
regards de Jésus ! Essayons d’en saisir quelques-uns.
Regard de Jésus accompagnant le jeune homme riche lorsque,
après avoir réclamé de celui-ci le renoncement
qui était, pour lui, la condition nécessaire de son
entrée dans la vie nouvelle, il le vit s’en aller tout
triste, alors qu’autour de lui les disciples surprenaient, dans
le regard du Maître, l’élan d’une tendresse
qui s’accroît de sa déception même (18).

Regard
par lequel Jésus accueillit un jour, dans la chambre où
il enseignait, le paralytique qu’on descendait à ses
pieds par le toit (19)
 ; regard chargé d’amour viril et confiant, d’un
amour capable de réparer bien des brèches faites par la
vie et de réveiller, dans l’homme le plus fermé à
l’action de Dieu, l’attente d’une délivrance
possible et regardée dès lors comme nécessaire.

Regard
par lequel Jésus accueillit aussi, dans la maison de Simon le
pharisien, la femme pécheresse qui, qu’elle l’eût
ou non entendu parler, avait lu dans son regard, avec la sainteté
qui condamne le péché, l’amour capable de
conduire une âme qui se repent jusqu’au recommencement
décisif qui oriente une vie vers sa destinée véritable
(20).

Et enfin,
Messieurs, dans la cour du grand prêtre, tandis que les soldats
emmènent Jésus au prétoire, regard du Maître
rencontrant le regard du disciple qui vient de le renier par trois
fois, et faisant pénétrer dans l’âme
humiliée et repentante de Pierre la certitude que, malgré
son reniement, en dépit de sa chute, l’amour de Jésus
ne cesse pas de l’envelopper et de préparer en lui le
relèvement qui le qualifiera pour l’apostolat (21).

Amour
d’un saint qui ne veut pas que sa sainteté parfaite
puisse jamais le séparer de ceux qui, dans la hiérarchie
morale et spirituelle, nous apparaissent comme n’étant
point à sa hauteur.

Amour qui
attire, qui élève jusqu’à celui dont il
consume le cœur, parce qu’il s’incarne dans un don
total de soi-même. De ce don les disciples ont conservé
à jamais le souvenir, Malades, affligés, victimes de la
souffrance, esclaves du péché, il semble qu’à
tous et à chacun Jésus donne, non pas simplement une
parole, non pas simplement un geste de bonté, mais lui-même.
Comme un air très pur et vivifiant venu des plus hauts
sommets, cet amour passe sur les âmes et pénètre
dans des existences d’hommes comme une puissance de
restauration et de vie.

Nous
arrêterons-nous ici à discuter l’historicité
de tel ou tel miracle dont les disciples nous ont transmis le
souvenir ? Mais ne voit-on pas que l’amour du Christ les
faisait vivre dans une atmosphère de miracles incessants, et
que ceux qu’ils ont notés ne sont que le témoignage
infime et fragmentaire rendu à la toute-puissance libératrice
d’un amour auquel la sainteté de celui en qui il vit
confère la plénitude ?

Devant ce
mystère d’amour que l’amour seul éclaire
(22),
qui donc, ayant eu dans sa vie le pressentiment des approches de
Dieu, ne se sentirait pas contraint de reconnaître en l’homme
Jésus la révélation, l’incarnation de la
pensée éternelle de Dieu à l’égard
de l’homme ?

« 
Voici l’homme ! » devait s’écrier un jour
Ponce Pilate en présentant le Christ à la foule ameutée
contre lui aux abords du prétoire. Oui, vraiment, « 
voici l’homme, l’homme tel que Dieu l’a voulu,
l’homme capable de réaliser sa destinée en
accomplissant la loi sainte. Que dis-je ? L’homme qui, par
obéissance, a fait de cette loi sainte la loi vivante, la loi
qui formule le précepte et qui donne la force de l’accomplir
 » (23).

A sentir
Jésus aimer comme il aime, nous avons la certitude qu’il
n’aurait jamais pu aimer plus qu’il n’a aimé.

A chaque
instant de notre vie nous savons, nous, qu’à l’égard
de Dieu notre amour pourrait être plus filial, plus confiant,
plus humble. A l’égard de tel ou tel homme, il pourrait
être plus désintéressé, plus pur, plus
patient, plus persévérant, plus fidèle. Jamais
nous n’aurions semblable pensée devant l’amour de
Jésus-Christ. « Il a aimé les siens jusqu’à
l’achèvement », nous dit le quatrième
Evangile (24).
Qu’est-ce à dire sinon que dans le cœur de ses
disciples l’amour de Jésus-Christ s’est affirmé
comme l’amour parfait ?

Reconnaissons-le,
Messieurs, il est bien la loi nouvelle vivante. Solidaire de Dieu,
dont il dit : « Ma nourriture est de faire la volonté
de Celui qui m’a envoyé » (25),
il se veut solidaire des hommes, et ces deux solidarités sont
indissolublement liées l’une à l’autre.

Vous
voyez par là ce qu’il faut penser du moralisme de
l’Evangile. Oui, le Christ a été un incomparable
moraliste ; oui, il y a une morale de l’Evangile. Mais ce n’est
comprendre ni l’Evangile ni Jésus-Christ que de
prétendre pratiquer la loi nouvelle, dans sa vie personnelle
et à l’égard des hommes, sans s’y soumettre
tout d’abord à l’égard de Dieu. C’est
parce que le Christ révèle parfaitement Dieu qu’il
révèle parfaitement l’homme. Il nous donne ainsi
la vision de l’homme qui réalise enfin la volonté
éternelle du Père, qui sait d’où il vient
et où il va (26),
dont l’action morale tire sa sève de sa vie religieuse
la plus intime, dont la piété, enracinée en
Dieu, s’épanouit dans le service de l’humanité,
et dans la vie duquel la loi sainte de l’amour établit
et maintient l’harmonie splendide de l’obéissance
et de la liberté, de l’adoration et du service.

III

Mais ici,
Messieurs, il ne me paraît pas possible, avant d’aller
plus loin, de ne pas prêter attention à une objection
trop souvent formulée pour que je feigne de l’ignorer.
Aussi bien est-elle sans doute présente à l’esprit
de plusieurs d’entre vous.

Cette
objection, la voici : « Admettons que le Christ ait proposé
aux hommes la loi nouvelle dont vous venez de nous entretenir,
admettons même qu’il l’ait pratiquée sans
aucune défaillance. En quels temps, en quels lieux, voyez-vous
que ceux qui se réclament de lui l’aient pratiquée,
nous ne disons pas parfaitement, mais sans en trahir l’inspiration
fondamentale ? Ne parlons pas des peuples où l’Evangile
n’a pénétré que récemment. Tout de
même, il y a, depuis bien des siècles, des peuples
chrétiens, des Eglises chrétiennes, des hommes et des
femmes qui prétendent professer la foi et vivre la vie
chrétiennes. Ne sont-ce pas les Eglises qui sont le plus grand
obstacle à l’adhésion d’un grand nombre
d’hommes à l’Evangile, par leurs divisions, par
leur orgueil, par leurs étroitesses, par leur esprit de
domination ? Et les chrétiens, ou ceux qui font profession
d’être tels, ne sont-ils pas en scandale aux âmes
droites par leurs inconséquences, par leur égoïsme,
par leurs incessants manquements à la loi d’amour,
peut-être par leur hypocrisie ? Où trouvez-vous vivante,
en tout ceci, la loi nouvelle dont vous nous avez dit qu’elle
est la loi définitive de l’humanité ? ».

J’écoute
l’objection, j’en mesure la force et je prie les croyants
de l’accueillir, comme j’essaie de le faire, avec
humilité. Si sévères, si durs, si impitoyables
que soient les reproches qui nous sont adressés, reconnaissons
que, pour une bonne part, ils sont justes. Nous avons à nous
humilier pour nos Eglises et pour nous-mêmes. Et si nous avons
conscience d’être innocents d’erreurs ou de fautes
d’autres Eglises ou d’autres chrétiens, nous avons
assez souvent témoigné, nos Eglises ou nous-mêmes,
contre la loi d’amour, pour n’avoir nulle envie de jeter
à d’autres la pierre qui devrait nous frapper.

Oui,
humilions-nous de ce qu’au cours de l’histoire de
l’Eglise, dont nous sommes solidaires dans le bien et dans le
mal, ses ambitions de puissance, son incompréhension des
aspirations humaines, des exigences de la justice sociale, sa dureté
à l’égard des petits de la terre, son silence
devant de criantes iniquités, aient éloigné
d’elle et, par cela même, de Jésus-Christ, des
hommes qui ne peuvent admettre que la religion du Christ soit
simplement un anesthésique à l’usage de ceux qui
souffrent ou ne veulent pas attendre d’un ciel selon eux
hypothétique les réparations ou les délivrances
qu’ils exigent pour l’existence de la terre.

Reconnaissons
que, trop souvent, dans notre vie chrétienne, subsiste une
recherche de nous-mêmes et de notre intérêt
personnel que, peut-être, nous ne soupçonnons pas, mais
qui s’impose à l’esprit des témoins de
notre vie comme une infidélité flagrante aux principes
les plus évidents du christianisme que nous professons.

Reconnaissons
que, trop souvent, dans nos relations humaines, dans notre action
sociale, dans notre vie professionnelle, nous cherchons notre
inspiration, non pas dans l’Evangile, dont nous affirmons
cependant qu’il est la loi suprême, l’autorité
souveraine de notre conscience, mais dans la préoccupation
primordiale de notre orgueil et de nos ambitions personnelles.

Humilions-nous
donc, croyants mes frères, et, devant le reproche qui nous est
adressé par des hommes qui, nous regardant vivre, déclarent
que nous sommes un obstacle sur le chemin où ils pourraient,
si nous étions fidèles, rencontrer Jésus-Christ,
écoutons ce reproche et, rentrant en nous-mêmes,
essayons d’entendre la voix de Dieu qui, par les griefs
formulés contre l’Eglise et contre nous, nous appelle
une fois encore à cette décision intérieure qui
engagera notre vie sur la voie de l’obéissance sans
réserve et, nous arrachant aux inconséquences mortelles
dans lesquelles notre vie chrétienne risque de s’enliser
nous fera saisir dans la loi nouvelle, acceptée et mise en
pratique, la puissance unifiante de nos désirs, de nos
sentiments, de nos pensées et de nos actions.

Me
sera-t-il permis maintenant de m’adresser aux incroyants pour
qui les inconséquences des chrétiens ont été,
semble-t-il, la raison de ne pas accepter pour eux-mêmes la
souveraineté spirituelle de Jésus- Christ ?

Vous
prenez prétexte, leur dirai-je, des fautes, des erreurs, voire
même des crimes que vous fait connaître l’histoire
de l’Eglise, vous prenez prétexte des infidélités,
des contradictions, des défaillances et des reniements des
chrétiens, pour demeurer à l’écart de la
foi chrétienne, et vous vous contentez de noter, tantôt
avec indignation, tantôt avec un scepticisme railleur, les
faiblesses ou les chutes de ceux qui se réclament de
Jésus-Christ ?

Laissez-moi
vous dire tout d’abord que si, au lieu de vous arrêter
toujours à l’extérieur des choses, vous faisiez
effort pour les voir, elles aussi, par le dedans, à travers
les misères et les déficiences humaines que vous
constatez, vous entreriez en contact avec des hommes qui luttent,
avec des hommes qui souffrent, souvent plus que vous ne le croyez, de
ce qui subsiste en eux de misère et d’égoïsme
humains. Ces hommes, que vous jugez du dehors, ont entrevu ce que
peut être une vie chrétienne qui s’inspire
résolument de la loi nouvelle que Dieu les appelle à
incarner. Répondant de tout leur élan à l’appel
que Jésus-Christ leur apportait de la part de Dieu, ils ont
essayé, ils essaient dans leur infirmité de s’établir
dans la solidarité du Père et des frères, et de
pratiquer la loi d’amour. Dans leurs efforts quotidiens pour
vivre cette loi sainte, ils se heurtent sans cesse en eux-mêmes
aux tendances personnelles, à l’idolâtrie
d’eux-mêmes, à l’égoïsme qui ne
veut pas mourir. Et il leur semble que, de ces débris du vieil
homme
, jamais la grâce de Dieu ne sera assez puissante pour
les délivrer ici-bas.

Ce dont
ils souffrent, c’est ce que vous voyez, incroyants, c’est
ce qui vous les fait condamner. Mais, je vous le répète,
si vous vous efforciez de saisir dans ce qu’elles ont
d’intérieur ces vies chrétiennes dont le dehors
vous surprend, vous scandalise même et vous détourne,
dites-vous, de la vérité divine qui est en
Jésus-Christ, vous découvririez ce que, jusqu’à
présent, vous n’avez pas su voir dans le mélange
de divin et d’humain que présente ici-bas la vie de
quiconque se réclame de Jésus-Christ.

Certes,
je n’ignore pas qu’un grand nombre de ceux qui portent,
au regard des incroyants, le nom de chrétiens, ne retiennent
du christianisme que la doctrine à laquelle leur esprit donne
une adhésion plus ou moins réfléchie, le rite
qu’ils ne conservent peut-être que par piété
familiale, ou l’institution ecclésiastique à
l’abri de quoi ils s’efforcent de maintenir le peu de vie
morale et spirituelle qui subsiste en eux. Tels ne sont pas,
pourtant, tous les chrétiens. En ceux qui ont reconnu en
Jésus-Christ le Révélateur de la loi nouvelle,
l’incarnation vivante de la pensée de Dieu à
l’égard de l’homme, et qui se sont unis à
lui par une foi sincère, la vie chrétienne, malgré
ses déficiences et ses misères, apparaît comme un
dynamisme par lequel les forces bonnes, les énergies saintes
que Dieu fait pénétrer dans l’âme
accomplissent progressivement leur œuvre transformatrice et,
libérant l’homme de ce qui l’asservit encore,
l’amènent à vouloir se dépasser toujours
plus lui-même pour s’élever de ce qu’il est
à ce qu’il doit être, à cette stature
parfaite de Jésus- Christ dont parle l’apôtre (27),
et qu’il n’atteindra que par une obéissance
toujours plus persévérante au commandement même
de Jésus-Christ qui retentit en lui comme un appel à
des efforts toujours nouveaux : « Soyez parfaits comme votre
Père céleste est parfait » (28).

Mais ici
se présente à mon esprit une réflexion que je
désire soumettre encore à mes auditeurs incroyants.
Vous reprochez aux disciples du Christ de trahir l’idéal
qu’ils savent devoir être le leur depuis le jour où
ils l’ont découvert vivant en Jésus-Christ. Mais
par cela même vous apportez votre hommage au Christ, sans le
vouloir, je vous l’accorde, mais d’une manière
certaine ; vous proclamez la valeur normative et, j’ose le
dire, la vérité de la loi nouvelle qu’il a
révélée ; vous reconnaissez qu’elle
manifeste un sens de la destinée humaine, une idée de
l’homme qui n’ont jamais été dépassées
et qui vous donnent le droit, croyez-vous, de juger ceux qui, en
ayant accepté théoriquement l’autorité, ne
conforment pas leur vie à ses exigences. Assurément,
vous ne porteriez pas des jugements aussi sévères
contre des sectateurs de n’importe quelle autre religion ou des
tenants de n’importe quel autre idéal en qui vous
surprendriez semblables défaillances !

Ne
voyez-vous pas que vos jugements se retournent contre vous ? Si la
loi de l’Evangile a une beauté si parfaite et une
autorité si sainte qu’à la renier pratiquement
dans leur vie quotidienne les chrétiens sont en scandale à
des âmes droites, qu’attendez-vous pour vous y soumettre
vous-mêmes ? Ce n’est pas de la destinée des
autres que vous êtes responsables d’une responsabilité
primordiale, c’est de la vôtre. C’est vous qui avez
à donner un sens à votre vie et qui, sans y penser, lui
en donnez un par le seul fait que vous ne cédez pas à
l’attrait de Jésus-Christ. Et, trop souvent, ce que vous
masquez à vos propres yeux derrière le scandale que
vous donnent les chrétiens, ce sont les résistances
que, dans le fond de vous-mêmes, vous opposez à
Jésus-Christ et à sa loi.

Et c’est
bien là, Messieurs, qu’il nous faut en venir et les uns
et les autres. La loi nouvelle, la loi d’amour vécue par
Jésus-Christ et qu’il nous appelle à vivre,
éveille en nous je ne sais quelle nostalgie des sommets, où
l’air que nous respirerons sera purifié des miasmes
d’orgueil, d’égoïsme, de sensualité,
qui corrompent notre atmosphère quotidienne. Elle fait appel
en nous à ce sens du divin, à cette soif de l’infini
et d’une plénitude de vie que nous avons discernés
naguère au fond du trouble et de l’inquiétude
dont toute vie humaine porte le témoignage.

Mais
aussi, par cela seul que, loi d’amour, elle est loi de
sainteté, elle suscite des résistances, elle provoque
en nous la coalition de tous les instincts inférieurs, de
toutes les forces malfaisantes qui s’acharnent à nous
faire prendre nous-mêmes pour le centre de notre vie et sa
propre fin et tout cela par quoi, si nous sommes droits de cœur,
nous prenons conscience de notre misère humaine, tout cela,
c’est le fruit d’une racine maudite qui a nom le
péché
.

Messieurs,
ces résistances, secrètes chez les uns, brutalement
affirmées par les autres, Jésus-Christ les a
rencontrées, non pas en lui, mais en ceux que son amour
voulait persuader de la valeur divine de leur âme, perle de
grand prix aux yeux de Dieu. Il s’est heurté lui-même
à ces forces mauvaises qui, faisant croire à l’homme
qu’à lui seul il peut vivre sa vie, le séparent
de Dieu et du même coup le séparent de ses semblables.
Lui, dont l’amour aspirait de toutes ses forces à
restaurer la solidarité de Dieu et des hommes, il a dû
se mesurer avec le péché, ce grand adversaire des
solidarités voulues de Dieu. Haïssant le péché,
il n’en a aimé que davantage ceux qui, victimes ou
coupables, lui sont asservis. Et parce qu’il les aimait, parce
qu’il incarnait les intentions éternelles de Dieu à
l’égard des hommes, parce qu’il voulait ramener
les hommes à Dieu et, du même coup, les ramener les uns
vers les autres, il a eu la volonté de les affranchir de la
puissance maudite. L’amour, dans une humanité esclave du
péché, s’affirme comme un amour sauveur. « 
Le Fils de l’homme, a dit Jésus, est venu chercher et
sauver ce qui est perdu » (29).
Et, en donnant à sa mission cette signification rédemptrice,
il avait conscience de vouloir ce que son Père voulait.

Ainsi,
par les ambitions saintes de l’amour, nous sommes mis en
présence du problème le plus tragique qui se soit
jamais posé pour Dieu : le problème du salut de
l’homme. Problème dont la solution — notre étude
de la loi nouvelle nous permet de l’entrevoir dès à
présent — ne pourra être un salut imposé à
l’homme par la miséricorde de Dieu. Elle devra être,
elle sera un salut que Dieu persuade l’homme, tout d’abord,
de vouloir et d’accepter librement.

Cette
solution, Messieurs, nous la recueillerons bientôt là
où, depuis dix-neuf siècles, l’humanité
chrétienne affirme la trouver : au pied de la Croix.

1()
Marc 7/9.

2()
Cf. Goguel : Jésus et la Tradition religieuse de son
peuple
, dans la Revue d’Histoire et de Philosophie
religieuses
, 1927, n° 2 et 3, pp. 154-175 et 219-244.

3()
Matthieu 5/17-19.

4()
Matthieu 5/43.

5()
Marc 7/18.

6()
Marc 2/27. Cf. sur ces points T. Fallot, Simples remarques sur la
nécessité de renouveler la doctrine de l’inspiration
,
1924.

7()
Goguel, ibid., p. 162.

8()
P. de Grandmaison, ouvr. cit., II, p. 14.

9()
Voir Dieu, l’éternel tourment des hommes, pp.
184 suiv.

10()
Matthieu 22/37.

11()
Matthieu 22/39.

12()
Cf. Fallot, La Religion de la Solidarité, Paris,
Fischbacher, 1908, pp. 244 suiv.

13()
La Religion de la Solidarité, p. 252 s.

14()
P. de Grandmaison, ouvr. cit., t. II, p. 15.

15()
Le Christ et la vie humaine, p. 192.

16()
Romains 13/10.

17()
Voir la conférence précédente.

18()
Marc 10/21.

19()
Matthieu 9/2 suiv.

20()
Luc 7/36 suiv.

21()
Luc 22/61.

22()
Cf. Laberthonnière, ouvr. cit., p. 202.

23()
Fallot, ouvr, cit., p. 266.

24()
Jean 13 /1.

25()
Jean 4/34.

26()
Jean 13/3. Cf. Jean 8/14.

27()
Ephésiens 4/13.

28()
Matthieu 5/48.

29()
Matthieu 18/11.