Carême 1985 : Passion du Christ et souffrance des hommes

LE SCANDALE DE LA SOUFFRANCE

Daniel Atger,
Pasteur de l’Eglise Réformée
de l’Annonciation

I
LE SCANDALE DE LA SOUFFRANCE
— Jean 5 —

 

Sur le fronton du Palais de Chaillot qui abrite deux Musées parisiens, le passant peut lire, en levant la tête, cette mise en alerte de Paul Valéry, inscrite en lettre d’or :

AMI, N’ENTRE PAS ICI SANS DESIR.

Permettez-moi de reprendre pour le compte de ces émissions protestantes de Carême qui commencent ce soir sur France-Culture, ce même appel de l’auteur de la Jeune Parque : AMI, N’ENTRE PAS ICI SANS DESIR.

Avant d’écouter ce que nous voudrions vous dire, auditeurs inconnus, passants d’un soir en promenade sur les ondes, sachez que, derrière la grille des mots, derrière le mur des phrases qui seront prononcées, se cache une question lancinante, vitale, inéluctable. Pourquoi la souffrance ? Pourquoi le mal ?

Cette question nous ne voulons ni l’éluder ni la fuir. Encore moins en faire un thème de conférences. On a trop souvent reproché aux chrétiens d’apprivoiser ou de cultiver la souffrance, de répondre un peu vite à l’angoisse des hommes pour que nous tombions dans le piège des affirmations péremptoires. La souffrance n’est pas un problème à résoudre. Elle est d’abord cet aspect insupportable, intolérable de la condition humaine qui donne à la relation de l’homme à son Dieu un caractère tragique et cependant nécessaire.

Lorsque nous sommes dans l’œil du cyclone, aux prises avec la souffrance et avec les puissances de la nuit, alors nous mesurons nos limites. Il se passe en nous une sorte de bouleversement, un grand chambardement. Ou bien Dieu est accusé et récusé. Avec toutes les conséquences que cela comporte pour le croyant de bonne foi et pour l’incroyant qui cherche passionnément un sens à l’aventure humaine. Ou bien Dieu devient le partenaire indispensable qui partage nos interrogations et nos déchirements. La croix de Jésus-Christ se dresse alors, non plus comme un signe de contradiction, mais comme le passage ultime au-delà duquel commence une Vie libérée du mal et de la mort.

Mais sur ce terrain-là, labouré par la souffrance des hommes et par la passion de Dieu en Jésus-Christ, on n’entre pas sans désir, sans une aspiration profonde, sans une faim et une soif de la Parole qui jaillit du silence.

C’est ce que nous vous proposons, amis auditeurs, au long de ce chemin de Carême que nous allons parcourir avec vous en compagnie successive des pasteurs Marc Rezelman, aumônier des prisons, Jacques Chopineau, professeur d’hébreu à la Faculté de Théologie de Bruxelles, et Philippe Soullier.

Bible en mains, nous ferons halte, chaque samedi soir à la même heure, pour nous mettre à l’école de Job, à l’école des Psalmistes, à l’école de Jésus lui-même, et tenter de vivre leur combat contre la souffrance. Car c’est bien d’un combat qu’il s’agit et non d’un simple discours théologique ou philosophique. Nous verrons, en cours de route, de quelle manière la Bible, ce livre de chair et de sang, a nourri l’espérance et la foi de tant de générations. Elle ne donne pas de réponses théoriques, abstraites, à toutes les questions, vraies ou fausses, que se posent les hommes affrontés à la souffrance. Par contre, elle éclaire leur combat, elle les délivre de la résignation et de cette terrible accoutumance au pire qui abîme les consciences et fait taire les plus légitimes révoltes.
Le Dieu de la Bible, dans son silence même, vient au devant de celui et de celle qui souffre. Telle est notre conviction initiale. Il se tait, à certains moments, pour que nous puissions parler. Pour que nous puissions lui parler. Même si notre prière est d’abord un cri et si elle prend l’apparence du blasphème.

Ecoutons, voulez-vous, la plainte angoissée de l’auteur du Psaume 88. Malgré les siècles qui nous séparent de lui et de son environnement spirituel et culturel, n’exprime-t-il pas d’une manière étonnamment proche, étonnamment moderne, l’angoisse de tout homme aux prises avec le malheur et l’imminence de la mort ?

"Seigneur Dieu, mon Sauveur, le jour je crie au secours
La nuit je me tiens devant toi.
Accueille ma prière avec bienveillance.
Tend une oreille attentive à ma plainte.
Oui, j’en ai plus qu’assez des malheurs
Et je suis à deux doigts de la mort.
Tous me considèrent comme un homme fini
Un homme... pour qui on ne peut plus rien.
J’ai ma place parmi les morts
Comme les cadavres couchés dans la tombe ;
Tu ne tiens plus aucun compte d’eux
Et tu ne fais plus rien pour eux.
Tu m’as laissé... au fond du gouffre,
Dans l’obscurité profonde de la mort.
Ta fureur s’est abattue sur moi
En vagues successives dont tu m’accables.
Tu as éloigné de moi... tous mes proches
Je suis pour eux un objet de dégoût.
Me voilà enfermé dans mon malheur,
Incapable d’en sortir.
Mes yeux sont usés de chagrin.

Chaque jour, Seigneur, je t’appelle au secours,
Je tends les mains vers toi.
Feras-tu un miracle pour les morts ?
Vont-ils se lever pour te louer ?
Parlera-t-on de ta bonté ou de ta fidélité dans le monde des morts ?
Dans la nuit totale sait-on quelque chose de tes miracles ?
Au pays de l’oubli a-t-on une idée de ta fidélité ?

Moi, je t’appelle au secours, Seigneur.
Dès le matin je t’expose ma plainte.
Pourquoi, Seigneur, m’as-tu rejeté ?
Pourquoi refuses-tu de me voir ?
Depuis mon enfance je suis misérable,
Toujours à deux doigts de la mort.
J’endure la terreur qui m’est imposée.
J’en suis… bouleversé.
Le feu de ta colère passe sur moi
Tes attaques terribles m’anéantissent.
Comme les eaux qui me submergent,
Tous les jours elles m’assaillent de tous côtés
Et tu éloignes de moi tous mes amis.
L’obscurité seule me tient compagnie".

En écoutant avec vous le cri du Psalmiste, deux choses m’ont frappé. D’abord, le sentiment qu’il éprouve, en s’adressant à Dieu, d’être en face d’un adversaire, ou tout au moins, d’une puissance qui le rejette et qui, en refusant de lui répondre, est à l’origine de la pire souffrance qui l’accable. La seconde chose qui me frappe, c’est la solitude de cet homme. Tel est bien là le tragique de sa situation. Et quelle femme, quel homme n’a jamais ressenti, sans savoir toujours l’exprimer, ce terrible carcan du rejet et de la solitude ?

N’est-ce pas là que se révèle, brutalement, sans fard, le vrai scandale de la souffrance ?

Le scandale, étymologiquement, c’est une pierre contre laquelle on se heurte. On a beau faire toute sorte d’efforts pour écarter la pierre, on ne peut que constater l’ampleur des dégâts. Beaucoup de gens sont blessés pour la vie quand ils ont buté sur cette petite pierre maudite. Ils en gardent une sorte de traumatisme. Et malgré les efforts des théologiens pour ouvrir de nouvelles pistes, pour tenter de les réconcilier avec Dieu et avec la vie, le scandale de la souffrance revient sans cesse, non pas comme un mauvais souvenir, mais comme une réalité dont on ne se débarrasse pas.

Je crois qu’il faut le reconnaître honnêtement. Nous avons trop souvent cherché à innocenter ou à justifier Dieu sans tenir suffisamment compte de la faiblesse de nos plaidoiries, et parfois même de leur caractère scandaleux, comme s’il fallait ajouter au lourd contentieux du silence de Dieu celui des défaillances de ses avocats, à court d’arguments.

Je voudrais simplement mentionner ici les trois tentatives si souvent répétées qui, toutes trois, malgré le poids de vérité qu’elles peuvent laisser paraître, aggravent ce contentieux alors qu’elles prétendent le liquider.

La plus ancienne de ces tentatives consiste à considérer le mal et la souffrance comme un châtiment. Qui de nous n’a jamais entendu cette remarque blessante : "Tu es puni par où tu as péché" ?

Allez donc dire cela à la mère qui pleure son enfant, aux victimes des attentats ou des cataclysmes, aux jeunes qui voient se fermer devant eux les portes d’un emploi, à ceux que l’on torture pour délits d’opinion ou qu’on envoie en maison psychiatrique parce qu’ils sont réfractaires aux idéologies dominantes.

En vérité, il n’y a rien de plus scandaleux que cette prétention à lire dans les malheurs individuels ou collectifs qui s’abattent de tout temps sur le monde, un jugement de Dieu. Faut-il s’étonner si les hommes ne veulent plus entendre parler d’un dieu-tyran dont la justice serait la caricature abominable et ravageuse d’un amour déçu ?

Souvenez-vous. Lorsque Jésus s’est trouvé en face d’un aveugle de naissance, il a tout de suite et sans autre commentaire écarté la question empoisonnée que lui posèrent des gens bien intentionnés et qui croyaient tout savoir en matière théologique : "Est-ce lui ou ses parents qui ont péché ? La faute à qui ?".

Jésus répond d’une manière nette, irrécusable : "Ce n’est ni lui ni ses parents. Mais il faut que la Gloire de Dieu éclate !".

Ensuite, c’est le passage à l’acte. La lumière entre dans la vie de cet aveugle. Telle est la seule réponse de Jésus aux inepties de ceux qui parlent toujours au nom de Dieu.

Mais il y a une seconde tentative, plus subtile, intellectuellement satisfaisante mais qui s’avère, en fin de compte, aussi contestable que la première. De grands penseurs chrétiens pourtant lui ont donné ses lettres de crédit. Le mal et la souffrance seraient une condition nécessaire pour parvenir au bien et à l’apaisement. Cela ferait partie d’une pédagogie divine. Le mal est un moment nécessaire sur la voie du progrès. Staline ne disait pas autre chose, Hitler non plus. Et que de crimes n’a-t-on pas commis en prétendant justifier la souffrance d’un moment en vue d’un bien final ?

Oh, bien sûr, ce n’est pas cela que voulaient et que veulent ceux qui considèrent la souffrance, et surtout celle des autres, comme utile et nécessaire. Ils en savent des choses sur la pédagogie d’un Dieu raisonnable et qui leur ressemble. Mais ces choses-là laissent un goût amer. On ne tient pas impunément un tel discours. Jésus lui-même a gardé le silence et il a fait taire ses disciples quand ceux-ci étaient tentés de mettre sur le compte de Dieu leur propre incapacité à lutter contre le mal et à guérir ceux qui souffrent de mille manières possibles.

Enfin, nous écarterons aussi la troisième tentative, certes plus légitime, qui consiste à ne voir dans le mal et dans la souffrance que la conséquence directe ou indirecte de la liberté de l’homme. Certes, notre responsabilité est souvent engagée, il serait stupide et grave de le nier, dans bien des malheurs qui surviennent, dans bien des souffrances qui se prolongent et se multiplient et que nous n’avons ni le courage ni la lucidité d’assumer. En ce sens, la Bible est plus réaliste que beaucoup de ses lecteurs qui censurent, consciemment ou non, les pages qui les mettent en question.

Le mal entre souvent dans nos vies parce que nous lui ouvrons la porte. C’est vrai. Mais avant de chercher à élucider ce mystère ne faut-il pas faire l’expérience d’une liberté nouvelle à partir de laquelle, peut-être, nous parviendrons à comprendre ce qui reste obscur ?

Quand nous aurons découvert, avec Berdiaeff, que "Dieu se manifeste à nous dans la larme versée par l’enfant qui souffre et non dans l’ordre du monde qui justifierait cette larme", alors nous parlerons autrement du mal et de la souffrance.

C’est seulement lorsque nous aurons échappé aux pièges des mauvaises réponses ou des réponses incomplètes, à la manière des amis de Job — dont il sera question samedi prochain — que nous pourrons, en solidarité avec ceux qui souffrent, partager leur combat et découvrir l’étonnante manière dont Dieu se fait homme pour partager notre condition et combattre avec nous, de ce côté-ci du mur de la honte et de la détresse qui nous habite.

Pour cette première étape du Carême 1985, je voudrais ouvrir enfin avec vous une page d’Evangile qui éclaire notre propos. Elle nous révèle de quelle manière Jésus vient au devant de la souffrance des hommes, cette souffrance qui les paralyse, non pour leur en parler, ni même pour les aider à la supporter, mais pour les en délivrer, pour les en guérir.

Dans l’évangile selon Saint Jean, au chapitre 5, nous trouvons cette histoire étonnante, surprenante où Jésus apparaît, non seulement comme un briseur de tabous, mais comme un guérisseur aux mains nues qui n’accepte pas le fait accompli de la souffrance.

Oui, c’est d’autant plus surprenant qu’à la différence des trois autres évangiles, le quatrième est plus discret sur l’activité thérapeutique de Jésus. Nous n’y trouvons que trois récits de guérison, si l’on excepte l’histoire de la réanimation de Lazare qui est comme la préface de la Résurrection de Jésus lui-même.

Ecoutons le récit de la rencontre de Jésus avec un homme qui, depuis 38 ans, vit, si cela s’appelle vivre, un long Carême de souffrance et de paralysie.

"Après cela, et à l’occasion d’une fête juive, Jésus monta à Jérusalem. Or, dans cette ville il y a, près de la Porte des Brebis, une piscine qui s’appelle, en hébreu, Bethzatha. Elle possède cinq portiques sous lesquels était couchée une foule de malades : aveugles, boiteux, impotents. Ils attendaient.... l’agitation de l’eau. Il y avait là un homme infirme depuis 38 ans.
Jésus le vit couché et lui dit, apprenant qu’il était dans cet état depuis si longtemps :
— "Veux-tu guérir ?"
Le malade lui répondit : "Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau commence à s’agiter ; et le temps d’y aller, un autre descend avant moi".
Jésus lui dit : "Lève-toi, prends ta natte et marche !"
Et aussitôt l’homme fut guéri ; il prit sa natte et se mit à marcher. Or, ce jour-là était un jour de sabbat. Aussi les chefs juifs dirent à cet homme qui venait d’être guéri : "C’est le jour du sabbat. Il ne t’est pas permis d’emporter ta natte". Mais il leur répondit : "Celui qui m’a guéri m’a dit : prends ta natte et marche !"
Ils l’interrogèrent : "Qui est cet homme qui t’a dit : prends ta natte et marche ?"
Mais l’homme qui avait été guéri ne savait pas qui c’était, car Jésus s’était éloigné de la foule qui se trouvait en ce lieu".

 

En précisant que Jésus monte à Jérusalem à l’occasion d’une fête religieuse, l’auteur de ce récit nous ménage un effet de surprise. On s’attendrait, en effet, â le trouver au Temple de Jérusalem ou parmi la foule des pèlerins qui s’y acheminent. Eh bien, non ! Il est ailleurs. Il est au milieu de la foule des malades. En compagnie des exclus. Et dans un lieu que les gens pieux se gardaient bien de fréquenter. Les archéologues nous ont sans doute permis de mieux comprendre ce récit scandaleux en découvrant, près de la Porte des Brebis, au Nord du Temple, derrière les grands réservoirs qui assuraient son alimentation en eau, tout un ensemble de petits bassins. C’était le domaine d’Esculape, Asclepios. Les cultes guérisseurs y attiraient sans doute ceux qui, malgré les interdits, préféraient les thérapeutiques païennes aux exclusions rituelles qui frappaient certaines catégories de malades en ce temps-là.

Jésus n’hésite pas à transgresser cet interdit. Il prend le risque de quitter la fête, de sortir de l’espace religieux où on voudrait le cantonner. Et le voici, guérisseur parmi les guérisseurs, regard de miséricorde porté sur ceux dont on détourne les yeux, sur ceux dont personne ne veut s’approcher.

Dans cette foule anonyme, Jésus distingue quelqu’un. Cet homme qui a passé presque toute sa vie à manquer les occasions qui lui sont offertes. Depuis près de 40 ans, une traversée du désert, il est là tout près de cette eau qui pourrait atténuer sa souffrance. Et chaque fois qu’il s’en approche, au prix d’immenses efforts, quelqu’un passe devant lui et c’est trop tard. C’est l’enfer des chances perdues, l’enfer du chacun pour soi. Beaucoup de gens, cependant, se reconnaissent plus ou moins dans cet homme-là.

Mais Jésus ne se contente pas de le voir. Il le regarde et il lui parle. Cette parole, mieux que l’eau clapotante, mirage à portée d’un rêve qui devient cauchemar, rend soudain la vie et l’espérance à ce grabataire résigné au pire.

Une parole qui n’impose pas, mais qui propose. Elle interroge. Etrange question : "Veux-tu guérir ?".

Il faut être bêtement bien portant pour sourire d’une telle question. Car le vouloir guérir n’est pas si évident que cela. Cet homme prisonnier du destin, victime de tant d’à quoi bon, doit d’abord découvrir, à travers la banalité même de cette question, une chance nouvelle de liberté. Vouloir, c’est pouvoir. La parole de Jésus est aujourd’hui pour cet homme créatrice de liberté. Elle le rend à lui-même pour qu’il y découvre un pouvoir de prendre en mains cette vie qui jusque-là lui échappait. Même sa souffrance est mise en question ce jour-là.

Sa réponse, cependant, prépare la délivrance. Seigneur, dit-il, il n’y a personne près de moi. J’ai besoin d’un autre.

Et tout à coup il découvre quelqu’un. Quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Qu’il ne connaît pas encore. Mais cette présence efficace, cette parole, qui lui est adressée personnellement, devient la lumineuse préface d’une réinsertion dans la vie.

A côté des gestes impossibles, des thérapeutiques compliquées auxquelles il n’a pas accès, la simplicité d’une parole qui le concerne, et surtout la façon dont quelqu’un la lui donne, comme le plus beau cadeau qu’il n’ait jamais reçu, lui ouvre enfin la perspective d’une impossible guérison !

"Lève-toi, prends ta natte et marche !"

Non plus peut-être, non plus demain. Mais ici et maintenant, sur le lieu même que la souffrance et la résignation ont pourri pour lui. Sa vie commence. Et il passe, par Jésus présent à côté de lui, de la mort lente à la vie reçue, à la joie retrouvée.

L’histoire finirait là. Ou plutôt elle commencerait là pour cet homme et pour d’autres après lui, si n’intervenait aussitôt la bêtise humaine, et — pire encore — la bêtise religieuse et la bêtise administrative. Dans son élan vers la vie, l’homme est arrêté par des gens qui ne trouvent rien d’autre à lui dire que cette parole scandaleuse : "Mais tu transgresses le sabbat ! Tu ne peux ni guérir ni porter ta natte. Ce n’est pas le bon jour. C’est le jour où tout doit s’arrêter".

Nos frères juifs, s’il en est ce soir qui nous écoutent, savent bien que le sabbat, c’est tout autre chose : c’est la joie d’un repos créateur et libérateur, c’est l’épanouissement possible d’une vie qui trouve son sens en Dieu lui-même. Et en ce sens, l’Evangile proclamé par Jésus ne fait qu’accomplir la Loi de Moïse. Mais nous savons bien aussi, que partout, chez les Juifs comme chez les chrétiens, il y a ces terribles perversions, ces terribles contrefaçons religieuses qui font plus de tort à la foi authentique que les offensives concertées ou non des fossoyeurs de la religion.

Le héros de notre histoire a failli en faire les frais. Mais bien qu’échappant à la foule, Jésus sera retrouvé par l’homme qui, sur sa parole, s’est mis en marche. Il peut maintenant affronter les défis de la souffrance. Elle a cessé pour lui d’être un scandale. Quelqu’un l’a rejoint qui ne le quittera plus.