Carême 1989 : La Passion

LA PASSION DE JÉRÉMIE


"Seigneur... tu t’es saisi de moi, tu as été le plus fort... Je me suis dit : Je
ne proclamerai plus la parole de son nom. Alors elle devenait en mon cœur un feu
dévorant"
 ([1]).


C’est ainsi que Jérémie a vécu sa mission prophétique telle qu’elle lui fut
imposée le jour où, non loin de Jérusalem, dans le village d’Anatot, le Seigneur
mit sa parole dans sa bouche. Ce message, qu’il va être obligé de porter contre
son gré, ne sera pas reçu. Lui-même sera rejeté de tous et ira d’humiliation en
humiliation. Mais, obéissant jusqu’à la fin , une fin obscure et pitoyable , il
restera inébranlable dans sa foi, confiant dans le Seigneur qui lui a dit, une
fois pour toutes au début de sa vocation : Je suis avec toi, pour te
délivrer...
 ([2]).
Je ferai de toi une muraille de bronze ! ([3]).
Pourquoi faut-il que cet être d’une si grande délicatesse, d’une sensibilité si
frémissante, ait été contraint, par la parole qui venait à lui, d’énoncer tant
de terribles oracles ? Pourtant, s’écriera-t-il dans un moment de révolte, je
n’ai pas souhaité le jour fatal, tu le sais
 ([4]).
Mais, à l’époque tourmentée où il vit (seconde moitié du septième et début du
sixième siècle), il connaîtra les pires épreuves, à la fois personnelles ,
menaces et persécutions incessantes , et nationales : le petit royaume de Juda,
pris dans l’affrontement des grandes puissances (Egypte, Assyrie puis Chaldée),
disparaîtra à jamais et Jérusalem, sous ses yeux, sera détruite de fond en
comble , comme il l’avait prédit ! , sous les coups du roi de Babylone.

On
a souvent parlé du pessimisme de Jérémie. Assurément, les dispositions du peuple
ne peuvent qu’indigner le fidèle du Seigneur. Le Dieu d’Israël est abandonné, on
ne le "connaît" plus, on sert des dieux étrangers, les Baals et les Astartés :
on adore les astres, on se livre à toutes les abominations cananéennes sur ces
collines, ces "hauts-lieux" si souvent dénoncés par les prophètes. Bien plus,
les cœurs eux-mêmes sont dévoyés, fourbes plus que tout, incorrigibles ([5]),
pleins de rapine, ne respectant plus le droit ([6]).


C’est que, dit Jérémie dans une image saisissante, ils ont abandonné la
source d’eau vive, le Seigneur
 ([7]).
Terrible est le verdict : Le péché de Juda est écrit avec un burin de fer,
avec une pointe de diamant, il est gravé sur la table de leur cœur !
Jérémie
souffre profondément d’assister à ce désastre moral. Aussi ne cesse-t-il
d’appeler à la conversion : Revenez, fils apostats, dit le Seigneur. Je suis
fidèle... Je ne tiens pas rigueur pour toujours
 ([8]).

Il
y eut pourtant une période d’espoir dans la vie du prophète : sous le règne de
Josias (640-609), roi à peu près contemporain de Jérémie. La date de 622 marqua
un évènement capital : la découverte fortuite, dans le temple de Jérusalem, d’un
rouleau qui n’était autre que le Deutéronome, égaré on ne sait comment. Vivement
impressionné par le contenu de ce livre, par son message de fidélité au Dieu
unique, son appel à la responsabilité individuelle, le roi Josias mit en œuvre
une ample réforme religieuse visant à détruire les cultes idolâtres, à restaurer
le culte du Temple dans sa pureté. Il n’est pas douteux que Jérémie ait soutenu
les réformateurs dont certains par la suite restèrent ses amis et ses
protecteurs.

Ce
grand espoir fut, hélas, vite déçu. Josias périt prématurément dans une
entreprise malencontreuse contre l’Egypte, et le peuple retourna bientôt à son
apostasie.


Avec le nouveau roi Yoyagim, installé par le pharaon, va débuter ce que tous les
commentateurs du livre de Jérémie, depuis les Pères de l’Eglise jusqu’aux
exégètes contemporains, appellent le calvaire, ou le chemin de croix, ou la
passion du prophète, une longue passion.


Jérémie commence à parler au nom du Seigneur dans les villes de Juda et les
ruelles de Jérusalem. Il rappelle les termes de l’alliance rompue : le Seigneur
est offensé par les autels érigés un peu partout à Baal et aux faux dieux. Or,
tout de suite, il reçoit des menaces de mort et, pour comble, elles émanent de
sa propre parenté, des gens de son village d’Anatot. Aucun prophète n’est
bien reçu dans sa patrie
, dira Jésus. Jérémie, tout à sa prédication, ne
connaissait pas le complot tramé contre lui : Moi, comme un agneau docile
mené à la boucherie, j’ignorais que leurs sinistres propos me concernaient...
Supprimons-le du pays des vivants
 ([9]) !

En
une autre occasion, il entend des propos menaçants qui viennent de soi-disant
amis. A cause de la parole du Seigneur, je suis en butte à longueur de
journée aux outrages et aux sarcasmes... Dénoncez-le, oui, nous le dénoncerons
 ([10]) !


Toujours poussé par la nécessité impérieuse de la Parole, Jérémie va franchir un
pas de plus. Il entraîne quelques anciens du peuple et des prêtres à l’entrée
d’une porte de Jérusalem, du côté d’un vallon maudit où, avant Josias, on
sacrifiait à Moloch, et là , devant ces témoins, il annonce l’oracle du
Seigneur : En ces mêmes lieux, je mettrai à néant les projets de Juda et de
Jérusalem, je les abattrai par le glaive de leurs ennemis... Je ferai de cette
ville une ruine et un objet de dérision... Ils s’entre-dévoreront par suite de
l’angoisse et de la détresse que feront passer sur eux leurs ennemis
. Et
pour attester sa parole par un acte symbolique, Jérémie brisera devant eux un
vase de potier : Ainsi parle le Seigneur, le tout-puissant : c’est de la
sorte que je briserai ce peuple et cette ville
 ([11]).

Ces
paroles, si violentes et outrageuses pour la cité sainte, sont entendues par le
surveillant en chef du temple. Celui-ci fait arrêter Jérémie : on le met au
carcan devant une des portes du Temple. Imaginez le prophète dans cette
situation infamante, exposé aux insultes et aux moqueries des passants. Le voici
donc, l’homme qui prophétise le malheur ! Cet ecce homo dérisoire ne dure
qu’un jour : le lendemain, Jérémie est détaché ([12]).


Plus grave est l’épisode suivant qui survient sur le parvis même du Temple : il
se situe au début du règne de Yoyaqim. Oracle du Seigneur !


Aux gens de toutes les villes de Juda venus se prosterner dans le Temple du
Seigneur, adresse toutes les paroles que je t’ordonne sans en retrancher un
mot : ...si vous n’écoutez pas les paroles de mes serviteurs les prophètes que
je vous envoie inlassablement, alors je traiterai ce Temple comme j’ai traité
Silo
(un sanctuaire au culte dévoyé qu’avait saccagé Josias) et je ferai
de cette ville un objet de malédiction pour toutes les nations de la terre
.
S’en prendre au Temple saint, siège de la présence invisible, n’est-ce pas un
affreux blasphème ? Les prêtres, les prophètes et tout le peuple se saisissent
de lui, on s’attroupe, des cris de mort retentissent. Les autorités de Juda
prévenues arrivent et prennent place à la porte Neuve du Temple. Un tribunal est
improvisé : le procès de Jérémie va se dérouler. Cet homme mérite la mort !
Le même cri retentira un jour au procès de Jésus. Jérémie se défend :


C’est le Seigneur qui m’a envoyé prophétiser contre ce Temple et contre cette
ville... Maintenant, améliorez votre conduite et vos œuvres, écoutez la voix du
Seigneur votre Dieu pour qu’il révoque le malheur qu’il a décrété contre vous.
Quant à moi... faites de moi ce qui vous plaît
.

Il
se produisit alors un revirement inattendu. Les grands et tout le peuple
dirent aux prêtres et aux prophètes : cet homme ne mérite pas la mort, c’est au
nom du Seigneur notre Dieu qu’il nous a parlé
 ([13]).
Jérémie, le faible, le fragile Jérémie, devenu muraille de bronze, l’a emporté
par la parole et par la main du Seigneur.

Il
faut bien saisir l’importance de cette affaire du Temple. Jérémie n’attaque
nullement la sainteté du Temple, mais le culte dénaturé que l’on y célèbre. De
la part du Seigneur, s’écrie Jérémie : Cette maison sur laquelle mon nom a
été invoqué, la prenez-vous donc pour une caverne de voleurs
 ([14]) ?
Il est bien remarquable que Jésus reprendra cette même expression quand il
chassera les vendeurs du Temple ([15]).
De plus, Jérémie, lui l’adepte de la réforme de Josias qui justement avait
restauré le culte au Dieu unique dans le temple de Jérusalem, Jérémie sent fort
bien que l’institution est une chose, et la foi vivante en est une autre. Ne
vous fiez pas aux fausses paroles : Temple du Seigneur, Temple du Seigneur,
Temple du Seigneur, il est ici !... Mais plutôt corrigez vos voies et vos
actions en exerçant le droit entre un homme et son prochain, n’exploitez pas
l’immigré, l’orphelin et la veuve, ne versez pas le sang innocent et ne suivez
pas d’autres dieux
 ([16]) !
Cette intériorisation de la piété, cette primauté du culte en esprit et en
vérité ne sont certes pas des annonces nouvelles dans la prophétie, mais Jérémie
leur donne un relief saisissant. C’est pour ces valeurs-là que Jérémie souffre
le début de sa passion.

Le
début ! Bientôt il se trouve confronté avec les problèmes les plus graves, les
plus actuels de la vie politique de son pays menacé par les deux
super-puissances qui se disputent l’hégémonie : l’Egypte et la Chaldée. Choix
décisif auquel nul ne peut échapper et qui va lui attirer toujours plus de haine
et de mépris.

En
effet, à la cour de Yoyaqim et dans le peuple, deux partis s’affrontent : les
partisans de l’Egypte sont l’immense majorité ; ils ont oublié qu’Esaïe, un
siècle auparavant, avait déjà dénoncé la folie de ceux qui croient se mettre
en sà »reté... à l’ombre de l’Egypte
 ([17]),
alors que Dieu seul, le Saint d’Israël, peut procurer le salut ([18]).
Quant aux Chaldéens dont l’impérialisme est si menaçant, comment oserait-on
embrasser leur cause ? Or, la parole de Dieu qui vient à Jérémie est justement
une parole de soumission au roi de Babylone ([19]) !


Quelle contradiction pour le prophète, et quelle suspicion va dès lors planer
sur lui !


Désormais Jérémie sera considéré comme un opportuniste, un défaitiste, un
traître ! Aussi connaîtra-t-il parfois des moments de vrai désespoir. On est
bouleversé de l’entendre gémir : Maudit soit le jour où je suis né !...
Pourquoi suis-je sorti du sein maternel... pour consumer mes jours dans
l’opprobre 
([20]) ?


C’est le même cri que poussera Job, accablé par ses maux.


Mais bientôt, Jérémie va subir une nouvelle et terrible épreuve. Il s’est mis à 
rédiger par écrit les oracles qu’il a déjà proclamés, oracles qui dénonçaient
l’idolâtrie et appelaient à la conversion. Il dicte ses paroles à son
secrétaire, Baruch, qui est et restera jusqu’à la fin un ami fidèle. Celui-ci
les écrit selon l’usage du temps, en colonnes sur un rouleau , papyrus ou
parchemin , pour pouvoir les diffuser officiellement par la suite. L’occasion se
présente en un jour de jeà »ne : Jérémie envoie Baruch dans le temple, face à 
toute la foule, pour lire le livre à haute voix. Les fonctionnaires du roi,
réunis en séance dans le palais royal, sont prévenus et convoquent Baruch qui
recommence pour eux sa lecture. Lisez la scène telle qu’elle est décrite,
étonnante de vie et de réalisme ([21]).
En entendant toutes ces paroles, ils se regardèrent les uns les autres avec
effroi
. On imagine la panique ! Tout de suite, il faut mettre le roi au
courant. Quant à Baruch et à Jérémie, qu’ils se sauvent et se cachent au plus
vite ! Puis les notables se rendirent à la cour auprès du roi et lui racontèrent
tout. Nouvelle lecture en présence du roi et de tous les grands qui se
tenaient debout devant le roi
. On est en hiver, un brasero est allumé dans
la salle. Chaque fois que le lecteur avait lu trois ou quatre colonnes, le
roi les découpait avec un canif de scribe et les jetait au feu du brasero
jusqu’à ce que tout le rouleau eà »t été consumé
 ([22]).


Scène extraordinaire ! Jérémie ne l’a pas vue de ses yeux, mais il sait
maintenant que son œuvre inspirée a été la proie des flammes. Rien n’est dit des
sentiments de Jérémie quand il apprit l’autodafé. On sait seulement qu’il
échappa avec Baruch à l’ordre d’arrestation lancé contre lui. Il prit un
autre rouleau... et Baruch écrivit sous la dictée de Jérémie toutes les paroles
du livre brà »lé par Yoyaqim... Et beaucoup d’autres semblables y furent ajoutées
 ([23]).

Le
roi impie mourut deux mois avant que le maître de Babylone, Nabuchodonosor,
vienne assiéger Jérusalem. Son éphémère successeur eut la sagesse de se rendre
et de sauver ainsi la ville. Il fut emmené en captivité tandis qu’avait lieu la
première déportation de Jérusalem en Babylonie (597). Sédécias, le nouveau roi
installé par le vainqueur, n’était plus que vassal et tributaire de celui-ci.


Avec Sédécias commence une nouvelle phase tragique de l’histoire de Jérémie, en
même temps que la dernière période du royaume de Juda qui va disparaître dix ans
plus tard. Dix ans d’affrontement violent entre le roi et le prophète. Le roi ne
cesse de conspirer avec l’Egypte dont il attend toujours un secours illusoire.
Le prophète, résolument pro-babylonien, ne fait qu’obéir à la parole du
Seigneur. De nouveau il accomplit un geste symbolique : il se met un joug sur le
cou. Ainsi parle le Seigneur Dieu d’Israël : n’écoutez pas vos prophètes ni
vos devins... qui disent : ne soyez pas asservis au roi de Babylone : ce sont
des mensonges
. Si vous les écoutez, vous serez éloignés de votre pays, je
vous bannirai et consommerai votre ruine, tandis que le peuple qui acceptera de
placer son cou sous le joug du roi de Babylone et de le servir, je le
maintiendrai sur sa terre... Il la cultivera et y habitera
 ([24]).


Difficile et dur oracle et, peut-on dire, rôle peu reluisant pour le prophète,
mais telle est la mission imposée.


Pendant ces dix années, Jérémie ne cessa d’avertir le roi, de dire au peuple :
Reviens au Seigneur, mais il alla d’échec en échec. Pour finir, Sédécias se
révolta contre son suzerain, aussitôt l’armée babylonienne mit le siège devant
Jérusalem. Jérémie fut alors de nouveau le jouet de ses ennemis. Pendant une
courte période où le blocus se desserra en raison de l’approche fallacieuse
d’une armée égyptienne, il voulut se rendre dans son village natal pour une
affaire de famille. Arrêté par un chef de poste, il fut accusé de vouloir passer
aux Chaldéens et incarcéré on le mit dans une fosse souterraine où, dit le
texte, il resta de long jours ([25]).


Fait étonnant, le roi Sédécias, à la fois irrité et fasciné par le rayonnement
de Jérémie, le tira de son cachot pour le consulter en secret.


, Y a-t-il un message du Seigneur ?
, Oui, répondit sans hésiter Jérémie, tu seras livré au roi de Babylone.

On
était à ce moment de nouveau en plein siège et les vivres commençaient à 
manquer.


Sédécias ordonna de détenir Jérémie dans la cour de garde et de lui accorder
chaque jour une miche de pain
 ([26]).


Voici donc Jérémie gardé à vue. Il n’en continua pas moins à proclamer de plus
belle qu’il fallait se rendre aux Chaldéens pour avoir la vie sauve. Alors
les hauts fonctionnaires dirent au roi : Que cet homme soit mis à mort puisqu’il
démoralise les derniers défenseurs de la ville et toute la population...
Sédécias répondit : Il est entre vos mains
 ([27]).

On
descendit alors Jérémie dans une citerne où il n’y avait pas d’eau mais de la
boue et Jérémie y enfonça ([28]).

Tel
est le dernier outrage que subit Jérémie à Jérusalem, la ville qui tue les
prophètes. David a dit dans un psaume ([29]) :
Je m’enlise dans un bourbier sans fond et rien pour me retenir, mais
c’était au sens figuré et dans un cri de repentir. Ici, c’est à cause de son
obéissance à Dieu et dans la réalité la plus ignominieuse que Jérémie fut plongé
dans la boue. Sans doute se résigna-t-il à une mort qu’il avait déjà attendue et
souhaitée. Mais non ! Un étranger, un éthiopien serviteur du roi alla supplier
Sédécias de l’épargner. Toujours versatile, le roi donna l’ordre de hisser
Jérémie hors de la citerne. Puis celui-ci resta dans la cour du palais en
liberté surveillée ([30]).
Il y demeura jusqu’à la prise de Jérusalem (587).

On
connaît l’épilogue sanglant : le supplice du roi, le massacre de sa famille, le
pillage et l’incendie du Temple, la destruction de la ville, la déportation
d’une partie du peuple. Jérémie, enchaîné au milieu des prisonniers, se trouva
libéré par l’intervention du chef de la garde du roi de Babylone et autorisé à 
rester dans le pays. Il a donc la vie sauve. Mais quelle ne doit pas être sa
douleur : il voit arriver le désastre prévu ; sa parole qui venait de Dieu n’a
pas été écoutée ; son échec personnel est complet.


Désormais, dans le chemin de croix du prophète, c’est peut-être la pire des
étapes qui lui reste à parcourir. Il se croyait en sécurité au milieu de ce qui
restait de Juda, sous la protection d’un ami, Godolias, fonctionnaire judéen
préposé à la surveillance du pays par le roi de Babylone. Mais Godolias fut
assassiné et, dans la confusion qui suivit, Jérémie et son fidèle Baruch furent
entraînés de force par des partisans qui avaient regroupé un certain nombre de
Judéens, décidés à fuir. La caravane fit étape non loin d’un village qui
s’appelait... Bethléhem. Les responsables demandèrent à Jérémie l’oracle de
Dieu. La réponse fut claire : Si vous acceptez de rester dans ce pays... je
réparerai tout le mal que je vous ai fait. N’ayez plus peur du roi de
Babylone... Reste de Juda, n’allez pas en Egypte... Vous pouvez être sà »rs que
vous y mourrez par l’épée, la famine et la peste
 ([31]).

Une
fois de plus, l’avertissement est repoussé, l’ordre est donné de partir. On peut
imaginer le désarroi de Jérémie. Descendre en Egypte ! C’est l’exode à rebours,
au mépris de l’ordre du Seigneur, Dieu d’Israël, lui qui avait fait monter son
peuple de la maison de servitude. Malheur à ceux qui descendent en Egypte,
avait proclamé naguère Esaïe ([32]).
Ils arrivent à Daphné, à l’est du delta et s’y installent. Jérémie boit jusqu’au
fond la coupe d’amertume. Sa trace se perd maintenant pour nous dans les sables,
au pays de Pharaon.


Mais son dernier message nous reste, qui relègue au loin tous les oracles de
malheur, par son éclatante espérance, par son extraordinaire nouveauté. Au-delà 
de la communauté d’Israël et de Juda, il s’adresse au peuple de Dieu tout
entier.


Voici des jours viendront où je conclurai... une nouvelle alliance... Eux ils
l’ont rompue, mais moi je reste le maître chez eux... Je déposerai ma loi au
fond d’eux-mêmes et je l’écrirai sur leur cœur, je serai leur Dieu et ils seront
mon peuple, je pardonnerai leur faute, et de leur péché je ne me souviendrai
plus
 ([33]). 


Ainsi, Jérémie, prophète bafoué, méconnu, rejeté, Serviteur exposé aux outrages
comme ceux qui , selon le mot de Paul , sont mis à mort tout le long du jour ([34]),
Jérémie, figure du Christ en sa Passion, devient le messager lointain de cette
Alliance Nouvelle qui sera scellée par le sang de la Croix et trouvera son
accomplissement dans le Royaume de Dieu, le Royaume qui vient. 


([1])
Jérémie 20/7-9.
([2])
Jérémie 1/8.
([3])
Jérémie 1/18.
([4])
Jérémie 17/16.
([5])
Jérémie 17/9.
([6])
Jérémie 5/28.
([7])
Jérémie 17/13.
([8])
Jérémie 3/12-14.
([9])
Jérémie 11/18-20.
([10])
Jérémie 20/8-10.
([11])
Jérémie 19/7-11.
([12])
Jérémie 20/1-3.
([13])
Jérémie 26/2-16.
([14])
Jérémie 7/11.
([15])
Matthieu 21/13.
([16])
Jérémie 7/4.
([17])
Esaïe 30/2.
([18])
Esaïe 30/15.
([19])
Jérémie 25/9.
([20])
Jérémie 20/14-18.
([21])
Jérémie 36/1-32.
([22])
Jérémie 36/33.
([23])
Jérémie 36/32.
([24])
Jérémie 27/10-11.
([25])
Jérémie 37/15-16.
([26])
Jérémie 37/21.
([27])
Jérémie 38/4-5.
([28])
Jérémie 38/6.
([29])
Psaume 69/3.
([30])
Jérémie 38/7-13.
([31])
Jérémie 42/10-22.
([32])
Esaïe 31/1.
([33])
Jérémie 31/33-34.
([34])
Romains 8/36.