Carême : 2010

LA MÉMOIRE VIVE

Quand l’absence se fait présence

Il y a des mémoires qui nous fixent dans la mort.
Et il y a des mémoires qui font vivre. Comment le même
refus de l’oubli peut-il nous enterrer avec les morts ou, au
contraire, nous faire vivre d’un élan libéré ?

La réponse n’est peut-être pas donnée au départ,
peut-être s’éclaire-t-elle au fur et à mesure du chemin,
peut-être n’apparaît-elle qu’en se retournant, depuis l’horizon
centré sur le passé jusqu’à l’aube nouvelle qui point
à l’autre extrémité de la terre ?

La mémoire fossile tue

Un jour que je recevais une classe de cinquième
venue visiter le temple protestant de Rennes, un des élèves
m’a demandé : est-ce que vous vivez toujours dans le
passé ? Il faut dire qu’à la demande du professeur d’histoire
j’avais tenté d’expliquer quelques éléments de la Réforme
protestante du seizième siècle, mais quand même !

J’avais l’impression d’être bien de notre temps. La question
était néanmoins significative : pour bon nombre de
nos contemporains, la religion, comme ils disent, a une
image passéiste.

Il est vrai que nous célébrons un absent. On
l’oublie, parce que pour nous la foi en fait un vivant. Mais
on ne devrait pas l’oublier, on ne devrait jamais oublier
cette absence : elle est. A l’oublier on risque fort de n’avoir
plus pour Christ qu’une momie. Au matin de Pâques, les
femmes, selon l’usage, s’apprêtaient à embaumer le corps
de Jésus, comme une ultime tentative pour enrayer la
marche de la mort. Comme pour signifier qu’elles entendaient
mettre le lien qui les unissait à leur Seigneur hors
de portée de la mort en mettant son corps hors de portée
du temps. Comme pour demeurer liés à lui par quelque
chose. Par un objet.

Le récit de Pâques nous apprend qu’elles n’ont pas
pu procéder à cet embaumement : le corps était absent.
La foi chrétienne ne va pas se développer autour d’un objet
de substitution. La relation pour vivante qu’elle soit
va devoir s’organiser autour d’une absence. Une absence
que rien ne pourra combler. La première manifestation de
Pâques, la résurrection de Jésus-Christ, c’est un tombeau
vide. « Laisse les morts enterrer leurs morts. »

L’absence est fichée à jamais au coeur de la foi qui,
alors, ne peut plus être vénération du passé. Qui ne peut
plus être fixation en arrière, en amont de l’histoire. Le
tombeau vide de Pâques, l’impossibilité à combler l’absence,
le refus qu’un objet puisse venir colmater la brèche
du temps laissée béante tourne la foi vers l’avenir. Celui
qui la fonde est toujours à venir. Toujours à attendre. La
tentation qui tuerait la foi, ce serait de cultiver un Christ
de tombeau, un Christ qui n’aurait pas échappé à l’embaumement.
C’est-à -dire de confondre la foi avec le dépôt
d’une tradition, avec une culture funéraire. Laisse les
morts enterrer leurs morts ! Pour parler de la conversion,
l’hébreu biblique utilise un verbe qui signifie se retourner.
Or, la grammaire hébraïque est ainsi faite que c’est le
passé qu’on a toujours gravé devant les yeux, comme dit
le Psaume : « mon péché est toujours devant moi » (51.5).
Se convertir signifie se retourner pour s’ouvrir à l’avenir.
Cesser de cultiver le passé, comme si l’érosion du temps
nous éloignait de l’événement fondateur, nous en séparait
chaque jour davantage. Notre aujourd’hui est marqué
par l’absence. Absence de ceux qui sont morts, absence
du passé, absence de Jésus-Christ. Il ne nous reste que la
mémoire.

Il y a une mémoire qui ne voudrait garder de la vie
que des objets. C’est une mémoire qu’on peut qualifier
d’anatomique : elle ne voit le passé que comme un cadavre.
C’est une mémoire morte, fossile, qui nie l’histoire.
Car l’histoire vise une mémoire vive : non pas seulement
des faits mais ce qui leur donne chair. Il y a une façon
de vivre nos deuils, il y a une façon de lire la Bible, il y a
une façon de pratiquer la foi, qui est mémoire morte. Elle
tue.

Il y en a une autre, porteuse de vie, qui se fait mémoire
vive. Qui vit du récit, de l’histoire, de ce qui dans le
temps ménage la place de l’absence, jusqu’à ce s’y dessine
une présence.

L’absence qui fait lien

Jour de pluie. Ou plutôt, le temps d’un grain entre
deux éclaircies. Mais, derrière les nuages, comme au travers
d’un voile, en cet après-midi de novembre, le soleil
bas inonde toute la baie d’une lumière irréelle. Le petit cimetière
s’étend vers le rivage, jusqu’à ce que les tombes les
plus basses semblent se confondre avec le granit des rocs
sur lesquels la mer vient se briser à marée haute. Un bel
endroit, pour mourir. La plupart de ces sépultures d’Irlande
ne sont marquées que d’une stèle discrète, émergeant à 
peine du gazon ras. Et sur l’une d’elle, gravée, cette petite
inscription : « ce qui désormais nous lie : l’absence ».
Était-elle là comme un alibi ? Comme tant de ces petites
plaques qui proclament au contraire « le souvenir reste » ;
en fait, il n’y a qu’elles, objets de béton à faire souvenir.
Souvenir englouti dans une chose pour tuer la mémoire.
Mémoire morte.

« Ce qui désormais nous lie : l’absence » Petite
inscription pour résister à l’érosion de la pluie, du vent et
de l’oubli. Quelques mots pour tenter d’enrayer l’inéluctable
mais qui à la différence de tant d’autres inscriptions
funéraires, ne l’enraye qu’en y consentant. Oh, c’est sà »rement
un consentement à reculons, mais qui cependant
essaie, tant bien que mal, de se tenir là , dans l’absence laissée
béante. Qui permet au vide de travailler la mémoire,
de l’aviver. Comme pour refuser toute cicatrisation par
comblement.

Nous ne consentons sans doute jamais tout à fait à 
ce que la douleur reste vive. Il nous faut donc, au moins
certains jours, trouver des antalgiques, permettre au souvenir
de se cristalliser autour d’objets, de photos, de gestes
répétés, pour apaiser la peine de l’absence. Mais, pour ne
pas devenir mémoire morte figeant le passé et interdisant
présent et avenir, ces objets de substitution doivent n’agir
que pour évoquer, désigner l’absent.

« Ce qui désormais nous lie : l’absence » Le piège
serait de vouloir la combler, cette absence, c’est-à -dire de
vouloir trouver un substitut à l’autre dans notre relation
avec lui. De le réduire à quelque chose : un objet, une
image, une loi qu’on s’imposerait en son nom.

La mémoire vive cherche à demeurer fidèle à la relation
de désir qui nous a unis : un lien qui ne repose pas
sur quelque chose, mais sur la quête de ce qui n’est pas
quelque chose en l’humain. Cette part insondable de soi
qui n’advient que dans la rencontre de l’autre. Qui fait
dire : parce que c’était lui, parce que c’était elle. Non pas
son image. Mais lui, elle. La mémoire vive écrit l’histoire
d’une rencontre que la mort a peut-être fauchée, mais
qu’elle n’a pas tuée. Que cachent nos cimetières : une fixation
mortifère vers l’amont de nos vies, ou bien un laissez-
passer vers l’aval ?

Laisse les morts enterrer leurs morts creuse au
coeur de l’absence la place de la présence !

« Je viens : je me fais présent ! »

Je viens, dit le Christ de l’Apocalypse [1]. Non pas
je reviens, mais je viens. Il ne s’agit pas d’un retour, de
la restitution de ce qui avait été, mais d’une nouvelle venue,
d’une toujours nouvelle venue. Mais rien ne vient !
Ce fut la grande déconvenue de la première génération
de chrétiens : pas de signes, pas de retour. Au coeur de
la foi, une absence. Et quand on cherche à combler cette
absence, on tue la foi. Car la foi n’est pas lien matériel,
certitude factuelle, observation objective. La plupart de
ceux qui ont côtoyé Jésus n’a pas cru en lui. Ce n’est donc
pas une question de choses, d’objet, de preuves tangibles.
C’est une question de rencontre et de confiance. Certains
ont reconnu en cet homme en chemin, combattant pour
la vérité de l’humain jusqu’à en mourir, certains ont reconnu
dans ce Jésus le visage de leur Dieu. Comment
l’ont-ils reconnu ? Nul ne le sait. D’autant qu’à l’instant
où ils croyaient l’avoir reconnu, ils le trahissaient, et lui
leur échappait. La foi n’est pas un lien de propriété, elle a
la liberté du vent.

Qu’attendons-nous ? Quelque chose, une vérité
qui vienne combler l’absence ? Ou bien attendons-nous
quelqu’un ? La question demeure. Nous lisons la Bible,
mais c’est bien souvent pour y découvrir l’interprétation
ultime, celle qui totaliserait le sens, qui permettrait de
posséder la vérité. Comme si nous voulions clore notre
vie : savoir sur quoi avancer, sans avoir à se risquer dans
l’inconnu de l’avenir. La religion fonctionne souvent de
cette manière. C’est la plus grande ennemie de la foi. Elle
la chosifie. Elle en fait une mémoire morte.

Rien ne vient parce que j’attends quelque chose,
quelque chose qui définitivement mette fin aux questions
et aux hésitations. Comme si je ne voulais vivre que de
certitude. Rien ne vient, parce que l’Evangile n’a pas cette
ambition de combler notre vie d’une exactitude irréfutable.
Heureusement ! Il en serait mortel. L’Evangile n’est
pas une loi intemporelle qui dirait comment il faut vivre
pour être vivant, ni une vérité figée, estampillée, homologuée
et déposée dans un bocal de formol sur les étagères.
C’est un appel, c’est une aventure, c’est un risque. C’est un
chemin qui n’a de sens qu’en l’arpentant.

Comment reconnaître Celui qui dit : « je viens ! » ?
En s’aventurant dans sa propre vie avec pour seul repère
l’histoire de celui qui a parcouru lui-même son propre
chemin, ce Christ qui ne s’est donné à connaître que dans
la vie de ce Jésus. Le chercher dans sa propre vie, ce n’est
pas chercher à reproduire le passé, mais laisser son histoire
parler dans mon histoire. Comme s’entrelaçant l’une
l’autre.

La présence dans l’absence

« Vous prendrez bien quelque chose, en attendant ? »
Cette invitation vous a sà »rement été faite, plus d’une fois,
pour vous faire patienter, alors que vous étiez en avance,
ou que la personne avec qui vous aviez rendez-vous était
en retard. Cette civilité permet d’adoucir l’attente. Non
seulement elle la rend plus confortable, mais surtout, elle
marque la confiance de l’entourage : la personne que vous
attendez va venir. Ce petit en-cas, cette tasse de thé, en
sont les gages.

« Chaque fois que vous mangez ce pain, chaque fois
que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du
Seigneur, jusqu’ à ce qu’ il vienne ! » C’est ainsi que Paul
parle aux Corinthiens de la communion. Annoncer la
mort du Seigneur, c’est bien sà »r, faire référence à la croix,
ce moment qui a ouvert des tombeaux, qui a dévoilé Dieu
d’une façon tellement autre que celle qu’on attendait.
Mais c’est aussi prendre acte, sans réserve, de l’absence.
Il n’y a de communion que parce qu’il y a absence. « Ce
qui désormais nous lie : l’absence. ». La communion ne
comble pas l’absence, elle la consacre en l’habitant. L’absence
devient un lien, un lien de désir auquel il faut laisser
de l’espace.

La nuit où il fut livré, le Seigneur a pris du pain, il a
rendu grâce, et il a dit : ceci est mon corps, pour vous : faîtes
cela, en mémoire de moi. [2] Le verbe « faire » utilisé ici ne
désigne pas seulement une pratique, une action, un rite.
Il a la même racine que le mot poésie. Il désigne une dynamique
de parole, une poétique. Il ne s’agit pas de reproduire
un geste, mais au travers de ce geste d’entrer dans
une action de mémoire, de « mémoire vive », pas dans le
sens « mémoire alerte », mais mémoire qui fait place à la
vie. Quand vous faîtes cela, vous ne contemplez pas seulement
un dépôt du passé, vous faites de la mémoire un lien
de parole. Pour être fidèle au sens, on pourrait entendre :
« Soyez des poètes de mon corps, c’est un chemin vers ce
qui fait vie pour vous, dans le souvenir que vous avez de
moi ».

Soyez poètes de mon corps : faites de toute mon histoire
une métaphore porteuse de vie. Ne réduisez pas mon
histoire à des faits, à des exactitudes géographiques ou
temporelles. Ne réduisez pas ma parole à un contenu. Ne
réduisez pas ma chair à un objet de savoir ou de croyance.
Ne réduisez pas votre vie à ce qu’il est possible d’en savoir.
Entendez-la comme creusée par une absence qui ne cesse
de venir à vous, qui vous creuse de désir, qui vous rend
insatiables de la vérité de l’autre. Soyez des architectes de
la parole. Soyez des chercheurs de vie.

Ce n’est pas le pain ni le vin qui font présence, mais
c’est l’acte qui va exhumer dans la mémoire ce qui y est
enfoui de parole, de promesse, de désir, de confiance pour
que la présence affleure. Paul poursuit : Vous annoncez
l’absence du Seigneur jusqu’ à ce qu’ il vienne. C’est sans
doute une des meilleures façons de parler de la résurrection.
Elle n’annule pas la mort, elle n’annule pas l’absence,
mais elle y ouvre une fenêtre pour la présence. La résurrection
n’est pas la reproduction du Jésus-objet-manquant,
mais la soustraction définitive à tout autre lien que celui
de la confiance incarnée. Le repas de la Cène manifeste la
présence par le lien d’une mémoire vive. C’est la foi qui
donne de recevoir le pain et le vin comme la signature de
la présence. Ce n’est pas le pain ni le vin qui sont changés
par l’Esprit Saint, c’est l’intimité de chaque croyant qui
devient capable d’entendre : ce qui nous lie, désormais
c’est l’absence.

De l’absence de quelque chose à la présence de quelqu’un

« Laisse les morts enterrer leurs morts, et toi en chemin
va annoncer le Royaume de Dieu. »

N’enterre pas ta foi dans les répétitions qui tuent,
laisse advenir celui qui vient. N’enterre pas ta vie sous l’accumulation
des choses qui semblent te faire vivre, mais
qui te tiennent prisonnier. N’enterre pas ta vie sous les
certitudes, attends

Si le Royaume, c’était justement cet espace, ce temps
dans notre vie, dans notre histoire où il nous serait donné
d’accueillir Celui qui vient. Là où survient de l’inattendu
dans l’attente. Là où ne vient pas ce que j’attends, quelque
chose de déjà connu, quelque chose de déjà demandé,
mais où survient un événement qui fait présence.

Beaucoup de nos prières demandent quelque chose,
et n’obtiennent pas la réponse, l’exaucement escomptés.
Mais il arrive que la prière nous mette en chemin, nous
fasse passer de la demande de quelque chose à l’attente
de quelqu’un. De la chose à la confiance. De la mort à la
vie. Un événement survient alors : je suis différent. De la
crispation sur une chose à obtenir, qui me semblait vitale,
je suis passé à l’accueil de la vie comme elle vient.

En laissant les morts enterrer leurs morts, je suis
moi-même passé de la mort à la vie. De la chose à la
confiance. Je découvre que je croyais être le seul à attendre,
mais que j’étais moi-même attendu. Le Dieu que j’attends
m’attendait.

Et il n’attendait pas que je fasse sa volonté. Il m’attendait
moi. Ou, pour le dire autrement, sa volonté était
que j’ose m’aventurer dans mon existence. Libre et responsable.
Avec pour seule certitude, celle d’être aimé sans
condition. Je pourrais bien aller gaspiller ma vie dans « de
mauvaises vies », comme on dit, je n’en serais pas moins
attendu ! Sans avoir à craindre de reproche, ni même de
pitié. Il m’attendait comme un père attend de voir son
enfant sourire, comme des parents attendent de voir leur
enfant se déployer, avancer dans son avenir, partir

Le Dieu qui m’attendait, ne m’attendait pas pour
me confisquer ma vie, pour m’annexer, mais pour avoir
le bonheur de me laisser aller. Liés l’un à l’autre par la
confiance, par l’appel de la vie à la vie, par l’absence
confiante.

Bien sà »r, ces mots peuvent être compris comme des
formules toutes faites, vous pouvez croire qu’il s’agit de
mots de luxe pour des nantis de l’existence, de spéculations
qui ne vous apportent pas de solution à la réalité de
vos problèmes.

Et pourtant, il arrive que ces mots soient entendus
par des gens au fond du gouffre, de la misère et du désespoir
et qu’ils viennent leur redonner le courage d’un
jour, d’un pas en plus. Il arrive aussi qu’en acceptant de
se dessaisir d’un projet qui nous semblait vital, une issue
apparaisse à laquelle nous n’avions jamais pensé. Comme
une opportunité inimaginable, ou comme la capacité à 
faire front là où on se croyait à bout de forces.

Une présence qui fait toute chose nouvelle

Le Christ qui dit : « Je viens », ajoute : « je fais toutes
choses nouvelles » [3].

Alors pourquoi l’attendre tourné vers l’amont de
nos vies, quand il se déploie vers l’aval ?

Pourquoi le chercher au ciel, quand c’est dans la
création du présent [4] qu’il vient ?

Daniel Mendelsohn [5] s’était mis en route pour apprendre
comment les siens étaient morts, dans l’espoir
que cela l’aiderait à vivre sa propre vie. Chemin faisant,
il découvre que c’est de savoir comment ils avaient vécu
qui l’aidera.

Laisse les morts enterrer leurs morts Ne te laisse
pas enterrer avec eux, ne t’enterre pas avec eux. Vis grâce
à eux ! Ouvre-toi à la nouveauté qui vient ! Je viens, je
fais toutes choses nouvelles. « Je fais », toujours le même
verbe qui conjugue acte et parole : j’articule chaque chose
avec une parole qui la rend nouvelle. Je confectionne des
constellations de sens inédites. J’ouvre le temps, je fais
passer de la chose à la confiance [6].

Je viens vers toi, mais ce n’est ni pour ratifier, ni
pour collecter, ni pour jauger, ni pour juger. Je viens vers
toi avec des mots pour créer, imaginer, libérer, relever. Je
viens chaque fois qu’un souffle rend une parole neuve, renouvelle
un amour, embrase un feu nouveau.

Je dessine sur les murs des cités une fenêtre vide,
une brèche pour l’absent, une place pour l’inconnu. J’écris
sur les cahiers de tes détresses des mots que toi seul peux
entendre.

Je viens vers toi comme ce souffle qui d’un verset
oublié fait un trésor pour la journée.

Je viens vers toi dans la main tendue, dans le désir
retrouvé, le regard qui retrouve les couleurs de la vie, le
coupable et la victime qui, d’un même pardon, redressent
le dos.

Je viens vers toi dans le souffle qui te fait sentinelle,
guetteur de l’absent qui revient.

Je viens parce que je suis absent. Ainsi, tu demeures
creusé par l’attente, prêt pour la vie.

Laisse les morts enterrer leurs morts Toi, va vers
l’espérance qui vient !

Notes

[1Apocalypse 3.11 ; 22.7, 20.

[21 Co 11.23ss.

[3Apocalypse 21.5.

[4La création, au sens biblique du terme ne désigne pas le « commencement » du monde, mais le principe fondateur. Ce qui fait sens, ordonne,
oriente, sépare, rend singulier et appelle à la vie. La création est un acte au
présent, auquel la foi nous rend participants. La nature (l’ordre naturel)
n’est pas la création de Dieu : elle est appelée à être changée, à devenir son
Royaume !

[5D. Mendelsohn, ibid..

[6Je crée ! au présent ! Voir, en particulier, Esaïe 63.17-25.