Carême 1997 : Devant Dieu

Etrangers et serviteurs sur la terre

à€š« Si quelqu’un veut être le premier qu’il soit le dernier de tous à€š »

-
un instant avec Schubert [01] -


Se tenir devant Dieu,
c’est vivre en sa présence. C’est placer devant Lui toute son
existence.
C’est dire que cette relation personnelle, ce
face-à-face libérateur avec le Christ, loin de centrer
le croyant sur lui- même, le tourne vers les autres et vers le
monde que Dieu lui confie.
Cette dimension individuelle de la foi
n’a rien à voir, nous l’avons déjà souligné,
avec l’individualisme contemporain qui mine la société.

Ce narcissisme douillet où le moi intime et privé
occupe toute la place. Cet égoïsme sans état d’âme
où il s’agit avant tout de prendre soin de sa petite personne.
Cet oubli des autres et du monde qui permet à chacun de
composer son existence « à la carte », sans autre
souci que la satisfaction immédiate de ses désirs
personnels.
Nous en mesurons tous les jours les conséquences
dramatiques : la défense des intérêts
particuliers au détriment de la visée universelle,
l’affaissement des références communes et des
solidarités, la désertion du champ social, la
désaffection à l’égard de la chose publique, la
disqualification du politique et au bout du compte l’affaiblissement
de la démocratie.
Pour le chrétien, la solitude
devant Dieu implique au contraire la relation aux autres et lui
permet de s’ouvrir sans crainte à la vie commune. Le courage
d’être seul reçu dans la foi, donne au croyant la
passion du vivre ensemble.
Dans l’un de ses ouvrages récent,
Alain Peyrefitte parle fort à propos de « société
de confiance
 ». Et il en désigne l’inspiration
fondatrice dans la conviction centrale des protestants du salut par
grâce. Du coup dit-il « tout ce qui fait le propre de
l’homme est assumé en conscience, en confiance
 » Réf
[01]
.
Le chrétien trouve dans cette confiance
initiale, dans cet amour dont Dieu est la source, l’audace et la
force d’entreprendre, la liberté d’habiter toute son existence
quotidienne comme lieu de service. Service au milieu des autres et en
solidarité avec eux.
Et ce fut en effet l’une des
impulsions fondamentales de la Réforme au XVIème siècle
que de souligner cette dimension quotidienne, profane de la vie de la
foi.
C’est dans tout le tissu de ses relations familiales,
professionnelles, culturelles, sociales, politiques que chaque
croyant est porteur de la vie nouvelle reçue en Christ. C’est
dans la profanité d’un monde laïc que nous sommes appelés
à vivre la réalité de notre foi.
C’est dire
que le témoignage de l’Evangile ne passe pas forcément
ni d’abord par les manifestations officielles et publiques des
Eglises, mais par les paroles et les actes individuels des fidèles
dans leur vie de tous les jours. Témoins disséminés,
humbles, discrets, mais habités par la confiance qui est en
Christ.
C’est d’abord par eux que l’Eglise est dans le monde et
que le monde est dans l’Eglise.
L’histoire n’est donc pas une
douloureuse nécessité à éviter, comme les
disciples ont cru un moment pouvoir le faire en s’installant sur la
montagne. Elle est une réalité à évangéliser
et à transformer par le témoignage de chacun.

Conviction décisive et particulièrement actuelle au
moment où le religieux contemporain pousse plutôt à
s’évader du monde et où nos sociétés
semblent devenues incapables de comprendre et gérer la
dimension sociale de la religion.
Elles l’ont tellement bien
confinée dans la sphère du privé, reléguée
dans les replis de l’individualisme qu’elles ne consentent à
lui faire publiquement une place que dans la rubrique des faits
divers, par des informations sur les sectes ou les apparitions de
quelques religieux médiatisés.
Il ne s’agit pas que
les chrétiens, retournant à leurs erreurs passées,
prétendent régenter la société en voulant
imposer à tous leur morale.
Mais la foi ne saurait pour
autant se réduire à une affaire privée, exilant
les chrétiens et les Eglises hors de l’espace public, dans un
silence qui ne gêne personne et certainement pas les
puissances, les idoles et les pouvoirs de ce monde.
Double
tentation permanente à laquelle il nous faut échapper,
celle de gouverner le monde et celle de le fuir.
Et pour cela
chaque croyant est appelé à répondre aux défis
du monde séculier en étant à la fois citoyen à
part entière et témoin de Dieu sur la terre.

-
un instant avec Schubert [02] -


___


Cette
nécessaire inscription de la foi dans l’histoire n’est
pourtant pas évidente. Elle suscite des questions, soulève
des objections et fait naître chez certains la crainte de voir
les croyants se fourvoyer dans ce qu’ils appellent les « pièges »
de la politique.
Il faut prendre au sérieux ces
interrogations, ces réserves, ces inquiétudes. Elles
sont déjà présentes dans notre passage de
l’Evangile de Marc.
En effet, dans ces chapitres 8 et 9 nous
voyons constamment Jésus prendre ses distances à
l’égard de toute interprétation politique de son
message et de ses actes.
Il ne refuse pas le titre de Christ ou
Messie, mais il demande pour l’heure le silence et le secret tant que
le véritable sens de sa messianité ne s’est pas
pleinement manifesté sur la croix. Il redoute lui aussi le
piège politique et les malentendus sur sa véritable
mission.
A plusieurs reprises et de différentes manières,
il explique à ses disciples que lui et eux sont étrangers
sur cette terre et que son royaume n’est pas celui que beaucoup
attendent.
D’ailleurs il ne le manifeste pas dans l’évidence
et la puissance dont ceux-ci rêvaient, il le révèle
dans ses souffrances et sa mort sur la croix. Mais nous dit le texte,
« ils ne comprenaient pas cette parole et craignaient de
l’interroger
 » (9/31-32).
Alors sur la route qui les
conduit ce jour-là vers Capharnaüm, ils ne parlent entre
eux que de cela. Les mêmes incompréhensions toujours les
rongent, les mêmes questions continuent de leur mordre le
coeur.
Au point qu’à leur retour à la maison Jésus
les interroge sur l’objet de leurs débats. « De quoi
discutiez- vous en chemin ?
 » demande-t-il.
Et dans un
premier temps nous dit le texte, les disciples « se taisaient
 ». Sans doute ne sont-ils pas fiers ! En effet, après
que Jésus leur ait dit que le « Fils de l’Homme allait
être livré aux mains des hommes
 », ils se sont
querellés en chemin « pour savoir qui était le
plus grand
 » (9/34).
Ainsi Jésus leur parle de
sa croix, il leur parle des souffrances qui attendent ceux qui le
suivent. Et eux rêvent de grandeur, se disputant déjà
une primauté sur les autres.
Redoutable tentation qui
consiste à transformer la relation à Dieu et la mission
qu’il confie à ses disciples, en instrument de pouvoir et de
domination. Les Eglises y ont trop souvent succombé au cours
de leur histoire allant jusqu’à donner à la croix la
forme d’une épée.
Alors Jésus dit à
ses disciples : « Si quelqu’un veut être le premier,
qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous
 ».
(9/35).
Ainsi le disciple est appelé à une nouvelle
compréhension de son existence. Il est appelé à
se comporter comme un serviteur, un serviteur qui à l’image de
son Maître renonce à tout pouvoir pour que l’autre
grandisse.

Mais alors il faut bien mesurer à quel
point cette figure du serviteur, qui révèle le
vrai visage du Messie, apparaît comme une rupture avec les
comportements dominants.
Notamment quand on pense aux relations
de pouvoir qui régissaient les sociétés dans
l’empire romain, et aussi aux attentes juives d’un messie politique
et guerrier.
Il n’est donc pas étonnant que scribes,
pharisiens et disciples aient du mal à comprendre.
Et
aujourd’hui encore, cette révélation d’un Messie qui
est venu non pour être servi mais pour servir jusqu’à
donner sa vie, demeure une Parole qui dérange et qui fait
scandale.
Elle heurte de front nos modes de vie, nos sécurités,
nos ambitions secrètes, nos volontés de réussite
et de pouvoir.
Pour qui la reçoit, elle signifie
renoncement, changement de nos comportements quotidiens,
renouvellement de nos manières de voir, remise en question de
nos systèmes de valeur.
La foi est un chemin à
l’ombre de la croix.

-
un instant avec Schubert [03] -


___


Et c’est notamment à
la lumière de cette figure du serviteur qu’il faut envisager
la place des chrétiens et des Eglises dans la société,
leur souci du bien commun et leur contribution au vivre ensemble
social.
C’est à sa lumière que je veux notamment
comprendre et exprimer l’attachement des protestants français
à la laïcité, particulièrement en ce
moment où elle semble mise en question du fait de
l’ébranlement des références communes, de la
pluralité des cultures, de la montée des intolérances
et des intégrismes.
Si dès le XIXe siècle,
en France, bon nombre de protestants ont participé à
l’émergence et à la construction de la laïcité
c’est d’abord parce qu’elle leur permettait d’exister librement dans
une société échappant désormais à
l’emprise des religions.
Mais il y a aussi pour eux une affinité
théologique avec la laïcité. Car la Bible
elle-même témoigne d’une « laïcisation »
de l’univers.
Seul Dieu est saint et il se révèle à
nous dans sa seule Parole. Chacun est appelé à se tenir
devant Lui et à Lui répondre, mais les réponses
données dans la foi ne sauraient s’imposer à tous.

Renonçant à toute morale naturelle l’Eglise n’a
aucune compétence particulière, de l’ordre d’un savoir,
dans le domaine social, culturel, scientifique, politique. Aucune
Eglise ne peut se poser en autorité morale ultime, aucune n’a
les clés de la culture ou de la civilisation.
Et la figure
du serviteur, centrale dans ce texte et dans tout le Nouveau
Testament, doit nous rendre vigilants à l’égard de
toute tentation dominatrice des Eglises et des religions sur la
société. Quand elles érigent leur expression de
la vérité en un absolu s’imposant à tous et
qu’elles deviennent alors facteur d’intolérance et
d’exclusion.
Et en ce moment il y a beaucoup à faire ! Les
exemples en effet ne manquent pas de souffrances et de violences
infligées au nom d’une foi, notamment aux femmes, aux
penseurs, aux intellectuels, aux artistes, et à tous ceux qui
rêvent d’un monde plus juste et plus fraternel et qui
travaillent à le construire.
Que n’a-t-on fait au cours de
l’histoire, et que ne fait-on encore aujourd’hui au nom de Dieu ?
Or
se tenir devant Dieu, ce n’est jamais prendre sa place. Comme le dit
Albert Camus dans l’Homme révolté : « pour
être un homme, refuser d’être Dieu
 » Réf
[02]
.
Cela implique donc que nous soyons également
vigilants à l’égard de toutes les formes de religieux
qui viennent habiter l’espace prétendument laïque, « les
idoles de métal ou de mental
 » Réf
[03]
que sans cesse nous nous fabriquons et qui se
cachent souvent sous nos mots à majuscules, mais aussi ces
« dieux obscurs  » porteurs de peur et de haine qui
envahissent la vie sociale et politique pour réclamer « la
pureté du sang, de la race ou de l’histoire
 » Réf
[04]
.

___


Toutefois, la laïcité
ne va pas sans poser problème aux chrétiens. Car s’ils
ne prétendent pas imposer à tous ce qu’ils reçoivent
dans la foi, celle-ci concerne néanmoins leur vie tout
entière.
La Parole de Dieu s’adresse aux croyants, dans
leur vie quotidienne, elle intervient dans leur histoire personnelle,
sociale et politique.
Et donc l’identité reçue de
Dieu ne saurait être découpée en tranches, ni
réduite à une partie de l’existence.
Jésus,
dans les textes que nous avons vus, nourrit les foules de Parole et
de pain, ailleurs dans l’évangile il guérit le corps et
pardonne les péchés (Luc 5/17ss). L’Evangile concerne
tout l’homme dans toutes ses dimensions.
Et donc la figure du
serviteur ne condamne pas les chrétiens et les Eglises à
supporter sans broncher tous les démentis à l’espérance
infligés par l’histoire, elle ne les condamne pas au silence,
à l’inaction, à une sorte d’exil hors du monde comme en
avaient rêvé, pour des raisons diverses d’ailleurs, les
adversaires de Jésus et ses disciples.

Et cette
présence, cette intervention des chrétiens et des
Eglises dans l’espace public, leur participation à la
construction du vivre ensemble peut s’organiser de deux manières,
dont nous avons vu à quel point elles sont complémentaires
dans la pratique de Jésus lui-même : la parole et
les actes.

l. Et d’abord la parole.
Les
Eglises sont, aujourd’hui, souvent sollicitées pour faire
entendre leur voix, leur point de vue dans les grands débats
de société.
On ne leur demande pas d’intervenir à
tout bout de champ, ni de se constituer en groupe de pression, mais
de partager leurs convictions de manière ni magistrale, ni
marginale.
Elles ont notamment à rappeler sans cesse la
question des finalités et du sens et à rester
vigilantes à l’égard de toutes les dérives
possibles de tel projet, de tel dispositif législatif, qu’il
relève de l’éthique individuelle, scientifique, sociale
ou politique.
Aucune démocratie, et surtout aucune société
laïque telle que la nôtre ne peut vivre en dehors de cet
exercice de la délibération. A ce débat, dans
une société plurielle, chaque communauté est
partie prenante.
Les Eglises ont sans doute une contribution à
apporter à cette pratique de la parole et de la discussion,
qui est aussi accueil et respect de la parole de l’autre.
Cela
requiert de notre part une attitude de modestie, une reconnaissance
de l’autre dans sa différence, pour partager des convictions
sans se croire en possession de toutes les réponses.
Les
chrétiens et les Eglises ne sauraient donc se condamner au
silence par prudence ou timidité. Mais lorsqu’ils parlent, ils
doivent être attentifs à ne pas le faire sur la base de
choix idéologiques ou partisans, par le désir de plaire
au monde, par souci de l’opinion publique ou de la mode, mais à
cause de ce qu’ils pensent être l’obéissance à la
volonté de Dieu.
C’est la Parole de Dieu qui leur donne la
liberté de parler, en sachant que leur parole ne prétend
pas être infaillible, ni s’imposer à tous de manière
autoritaire.
Conviction et tolérance, telle devrait être
en la matière notre règle de conduite spécifique
sur toutes les grandes questions qui travaillent notre société.

Comme le dit Paul Ricoeur « Si vraiment les religions
doivent survivre il leur faudra renoncer à toute espèce
de pouvoir autre que celui d’une parole désarmée et
faire prévaloir la compassion sur la raideur doctrinale...
 »
Réf [05].
Compassion
du Christ lui-même, compassion de celles et de ceux qui
s’efforcent de marcher dans ses pas.

-
un instant avec Schubert [04] -


___



2. Mais les
mots ne suffisent pas. La figure du serviteur appelle aussi des
actes.
Et nous pouvons d’autant plus nous risquer à
agir que notre salut n’est pas au bout de nos oeuvres humaines, mais
il est le fruit de l’amour de Dieu. Et cette conviction demeure plus
que jamais actuelle.
Elle bat en brèche les mensonges et
les illusions qui voudraient faire croire à l’homme qu’il peut
trouver son identité en lui-même, maîtriser sa vie
et maîtriser l’histoire, se réaliser par ses propres
actes. Nous avons vu l’échec des disciples quand ils s’en
remettent à leurs seules forces et à leur pouvoir
illusoire.
Et on sait les dérives et les perversions de
cette ambition de l’homme à dominer l’univers par ses oeuvres,
par son travail, par le progrès dont il est dit précisément,
expression effrayante, « qu’on ne l’arrête pas  ».

Mais il ne s’agit pas non plus de faire de cet amour gratuit de
Dieu pour nous, un alibi à notre inaction et à notre
désengagement.
La cohérence entre nos paroles et
nos actes constitue pour beaucoup, en particulier les jeunes, un lieu
hautement significatif. Nous connaissons le reproche tant de fois
entendu à propos des croyants : « ils disent et ne
font pas
 ».
Il importe donc de souligner, comme dans
tout ce passage, le lien entre l’acte et la parole.
La parole de
Jésus, nous l’avons vu, prend corps dans ses gestes et ses
miracles, auprès de ceux qui sont démunis, en situation
de détresse, de dépendance ou d’infirmité.
Et
de même aujourd’hui il faut bien nous interroger sur la manière
dont nous vivons au sein des communautés ecclésiales,
l’entraide, la solidarité et l’accueil afin de faire face
rapidement, de manière provisoire, avec des équipements
légers aux nouvelles formes de pauvreté, d’injustice,
de marginalisation, d’exclusion, à toute cette « misère
du monde
 » que décrit le sociologue Pierre Bourdieu
Réf [06], à
cette « fracture sociale  » dont on a tant parlé
et qu’il ne suffit pas d’analyser et de dénoncer mais qu’il
faut maintenant réduire et guérir.
Même si
ces actions sont modestes, elles s’efforcent de restaurer dans
l’urgence un vivre ensemble supportable.

Mais le service du
prochain ne saurait se limiter aux relations interpersonnelles, aux
relations avec les tout proches, aux actions caritatives ou
humanitaires sur le court terme.
Le service du prochain c’est la
double exigence du proche et du lointain.
Il passe donc aussi par
les médiations du social et du politique dont la tâche
est justement de construire dans la durée et de manière
globale, un vivre ensemble équitable où chacun puisse
trouver sa place.
Et les chrétiens n’ont pas à
déserter ce terrain là mais à s’y investir avec
toute la force de leurs convictions. Le souci du bien public, le
service de la communauté humaine ont toujours caractérisé
le protestantisme.
Chez Calvin notamment, l’amour est inséparable
de la justice, et les implications sociales et politiques de la
responsabilité chrétienne font partie de ce qu’il
appelle « la sanctification du croyant  ».
Certes,
nous n’avons pas de leçons à donner aux responsables
politiques, ni de programmes à leur offrir, mais nous pouvons
les encourager dans leur mission qui est d’abord un service, leur en
rappeler l’importance et la noblesse, les accompagner de façon
constructive et vigilante, prier pour eux et travailler cmme citoyen
et comme chrétien à construire un vivre ensemble
renouvelé, où chacun a des droits et des devoirs.

Et
même si ce passage de Marc nous rappelle que la tâche
politique ne saurait se confondre avec le travail du Royaume, nous ne
saurions ni la mépriser, ni prendre notre parti du discrédit
et de la dérision qui aujourd’hui l’accablent, encore moins y
contribuer, car ils constituent une menace grave pour la démocratie.

Cette « société ouverte  », comme
l’appelait et la défendait en 1944 le philosophe Karl Popper
face aux désastres des totalitarismes Réf
[07]
.
Société ouverte parce qu’elle
prend en compte la diversité des opinions, des cultures, des
options de vie.
Ouverte parce qu’elle offre des lieux de débat
public et d’intégration des différences.
Ouverte
parce qu’elle s’attache à accueillir ceux qui pensent, croient
et vivent autrement, reconnaissant en particulier l’apport essentiel
des minorités.
Ouverte parce qu’elle sait faire place aux
identités particulières tout en gardant une visée
universelle.
Société ouverte qui ne peut vivre sans
l’engagement déterminé d’humbles serviteurs du bien
commun, sans l’action persévérante d’hommes et de
femmes qui attestent envers et contre tout, que « les autres
 », proches ou lointains, « sont aussi les nôtres
 » (France Quéré).

___


Serviteur.
Telle est en tout cas la condition de ceux qui s’efforcent de suivre
le Christ. Une condition que les disciples, nous l’avons vu,
n’acceptent pas volontiers. Eux qui se disputent pour être le
plus grand. Ils veulent bien être la communauté d’un
seigneur mais pas d’un serviteur.
Alors Jésus leur dit ce
secret, pour l’heure incommunicable, à savoir que désormais
le serviteur est seigneur, que le plus petit est le plus grand, que
le dernier est le premier.
Et tout ce passage nous le montre en
effet, si le serviteur est sans pouvoir, il n’est pas sans autorité.
Jésus accueille, Jésus nourrit, Jésus guérit
et quand Il parle, les démons en criant reconnaissent sa
puissance.
Telle est la pratique de Jésus-Serviteur. Telle
est celle à laquelle il appelle ses disciples.
Représentants
de la seule autorité du Christ, nous sommes appelés à
exercer à notre tour une autorité critique, claire,
identifiable, contre tout ce qui outrage l’honneur de Dieu et les
droits de l’être humain.

Non pas chercher à
gouverner le monde car notre royaume n’est pas d’ici, mais contribuer
à le servir puisque Dieu l’a confié à notre
vigilance.
Etrangers et serviteurs donc, pour annoncer à
cette terre, qui souffre et qui espère, la promesse qui vient
de Dieu.

-
un instant avec Schubert [05] -



-Références
des citations :


Réf
[01]
Alain PEYREFITTE, La société de confiance,
essai sur les origines et la nature du développement. Editions
Odile Jacob, Paris, 1995, pp. 96-97
Réf
[02]
Albert CAMUS, L’homme révolté
Réf
[03]
Jean ANSALDI, in Genèse et enjeux de la laïcité.
Laïcité sans idéologie ? Labor et Fides, 1990, p.
174
Réf [04] Jean-Daniel
CAUSSE, De l’étrangeté chrétienne à
l’étranger in Information-Evangélisation, supplément
au n°2-96. Eglise en débats n°2 « Etrangers,
étrangers », Paroles, p.42
Réf
[05]
Paul RICOEUR, cité par Jean DANIEL, Dieu est-il
fanatique ? Arléa, 1996, p.9
Réf
[06]
Sous la direction de Pierre BOURDIEU, La misère du
monde, Le Seuil, 1993
Réf [07]
Karl POPPER, La société ouverte et ses ennemis. En
traduction française (non intégrale), Paris 1979. (la
version allemande est parue chez Mohr, Tübingen 1992)


-
Les instants avec Schubert :


[01]
Adagio de la Sonate en la mineur pour arpeggione et piano, D. 821.
Violoncelle Roland Pidoux, Piano Jean- Claude Pennetier.
[02]
Andante du Trio à cordes en Si bémol majeur,D.581.
Violon Régis Pasquier, Alto Bruno Pasquier, Violoncelle Roland
Pidoux.
[03] Andante un poco mosso du
Trio en Si bémol majeur pour piano, violon et violoncelle, op.
99, D.898Violoncelle Roland Pidoux, Violon Régis Pasquier,
Piano Jean- Claude Pennetier.
[04]
Andante con moto du Trio en Mi bémol majeur pour piano, violon
et violoncelle, op. 100, D. 929
[05]
Allegretto de la Sonate en la mineur pour arpeggione et piano, D.
821. Violoncelle Roland Pidoux, Piano Jean- Claude Pennetier.