Carême 1998 : Oser croire

Croire malgré ses doutes

Thomas, l’apôtre qui ne s’en laisse pas conter et la Cananéenne qui bouscule la foi de Jésus
(Jean 20 v. 24 à 29 et Marc 7 v. 24 à 30)

Des
ténèbres de ce Vendredi que l’on appelle saint, jusqu’à
l’aube du Dimanche, il est un long Samedi. Samedi de doutes, de
résignation, de douleur contenue et aussi de révolte.

On
a coutume d’opposer le doute à la foi.
Il est vrai qu’il
est de ces scepticismes ancrés en profondeur, qui voisinent
mal avec le risque de croire. Indifférence réelle,
absence de préoccupation, refus délibéré,
blocage... Impossibilité peut-être !

J’aimerais
ici parler autrement du doute.
J’aimerais parler du doute qui
chemine à l’intérieur de la foi, qui l’accompagne comme
son ombre.
Un peu comme la marche sur une arête en haute
montagne, où la corde rassurante ne peut effacer totalement le
vertige du vide qui monte des parois verticales.

"
Je crois, Seigneur,viens au secours de mon manque de foi
" .
(Marc 9 v.24)
Parole restée célèbre ! Celle
du père d’un enfant handicapé, face à Jésus.

Les
disciples eux-mêmes, tout au long de leur cheminement avec
Jésus, vont osciller entre certitudes et interrogations.

Mais
qui étaient-ils au fait ces douze... les douze apôtres.

Nous avons d’eux une vision un peu figée par l’histoire.

Vénérables témoins nous regardant d’un air
impassible sur les portails de nos cathédrales...

Au
moment où ils sont embarqués par Jésus, il
s’agit essentiellement d’une poignée de paysans-pêcheurs
des bords du lac de Galilée. Même formés dans le
respect des Écritures, il n’est pas certain qu’ils savaient
eux-même lire.

Les
évangiles nous ont laissé leurs noms.
C’est un peu
la signature de leurs témoignages (Mat. 10 v. 1 à 4 et
parallèles dans Marc 3 et Luc 6).
Rien que cette liste
suffit à nous donner une idée de leur diversité.

Sur
douze... trois se font déjà remarquer.
- Judas
qui finit par trahir, nous en avons parlé. (Voir 1°
prédication
)
- Matthieu le percepteur, qui
récoltait les redevances pour les Romains, s’il vous plaît
 ! ... un collaborateur, un deuxième traître en quelque
sorte.
- Et à côté de lui Simon, dit
le Zélote, un résistant.
Elles ne devaient pas être
tristes les veillées autour du feu.

Il
y a aussi des frères... les familles étaient nombreuses
à l’époque.
Et puis Pierre, qui laissera le
souvenir de son impétuosité.

Mais
il y a aussi Thomas !
On en a fait l’apôtre du
doute... Peut être est-il le plus sérieux de la bande ?

Pour ma part, sa présence dans le groupe me rassure.
En
effet, Thomas ne s’en laisse pas conter.

Un
jour, Jésus fait allusion à sa propre mort :
- "
Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin.".
(Jean 14 v. 4 et 5)
Personne ne bronche. Heureusement Thomas est
là :
- " Nous ne savons même pas où tu
vas, comment en saurions nous le chemin ?
".

Nous
l’avons aussi retrouvé la dernière fois.
Au moment
où Jésus décide de braver les risques pour aller
à Béthanie à l’enterrement de Lazare, tous ont
peur.Thomas, c’est le réaliste.
- " Allons y nous
aussi, et nous mourrons avec Lui !
". (Jean 11 v. 16)

Au
matin de Pâques, Thomas ne va pas s’en laisser conter non plus.
(Jean 20 v. 24 à 29)
D’ailleurs il n’est même pas là
avec ses amis.
Eux sont réunis bien barricadés,
tellement ils ont peur d’être recherchés comme complices
de ce Jésus. L’atmosphère est lourde.

Soudain,
sans que personne n’ait entendu la porte s’ouvrir... Jésus est
là au milieu d’eux.
Stupéfaction... silence.
-"
Shalôm. La paix soit avec vous. ", dit
tranquillement Jésus... (Jean 20 v. 19)
D’où peut-il
bien venir ce salut, ce bonjour ?
......

Remis
de leur surprise, et tout à leur joie ils retrouvent ensuite
Thomas :
- " Nous avons vu le Seigneur !
- Si je
ne vois pas dans ses mains la marque des clous, et si je n’enfonce
pas ma main dans son côté, je ne croirai pas !
"
(Jean 20 v. 25)

Voilà,
qui est clairement dit... La parole de ses camarades ne suffit pas à
le convaincre.
Il ne sera pas exclu pour autant.
J’aime que la
communauté qui partage la joie d’avoir reconnu Jésus
ressuscité, ne se referme pas sur elle même.

D’ailleurs
Thomas n’est pas le seul à exprimer des doutes.
Les
évangiles ne craignent pas de mentionner que l’accueil de la
résurrection n’a rien d’évident.
Matthieu dit en
parlant des disciples :
- "Quelques uns eurent des
doutes...
". (Mat. 28 v. 19)
Il pourrait bien y avoir dans
ces doutes comme un écho du scepticisme grec.
Les apôtres
vont s’y heurter, lors des premières missions vers ce monde
culturel si différent du leur...
......

Huit
jours après Thomas a donc repris sa place au milieu de ses
amis .
Il n’est pas dans une quête angoissée de Dieu.

Il a la tête sur les épaules.

Mais...
nouvelle visite !
Le délai d’une semaine n’est sans doute
pas fortuit.
Jean situe cette nouvelle rencontre, huit jours
après l’envoi en mission
.

On
s’est demandé s’il n’y avait pas là, comme un clin
d’oeil de cet évangéliste, à la vie des
premières communautés chrétiennes.
Chaque
Dimanche où elles se rassemblent, elles portent en elles
toutes les questions de leur entourage.

Celui
qui vient, celui qui se déplace pour aller à la
rencontre de ce croyant rebelle, c’est Jésus lui-même.
On
ne s’élève pas vers Dieu. C’est lui qui vient à
notre rencontre. C’est lui qui nous interpelle.

Son
salut résonne à nouveau dans la petite pièce :"
- La paix soit avec vous ! " (Jean 20 v. 26 à
29)
Puis Jésus dit à Thomas :
- Avance ton
doigt ici et vois mes mains, avance ta main et enfonce là dans
mon côté.
Cesse d’être incrédule, et
deviens un homme de foi.
"


Nous
voici revenus au centre de notre propos : Oser croire

Il
n’est pas dit que Thomas ait fait le geste.
Il est même
plutôt suggéré qu’il ne le fait pas.

Il
franchit le pas qui le retenait jusqu’alors.
Il ose, sur le
champ, l’une des plus fortes affirmations de foi en Jésus, le
Christ :
- " Mon Seigneur et mon Dieu ! ".

Et
nous recevons en écho, avec lui, une béatitude qu’il
faut conserver précieusement.
- " Parce que tu m’as
vu tu as cru. Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. !

". (Jean 20 v.29)

Voir...
croire...

Non
pas opposés dans l’évangile.
C’est une parole,
qui ouvre nos yeux.
Parole entendue dans l’Écriture.

Parole confirmée à la vue, par les signes laissés
par Jésus : baptême, cène.

Oser
croire
... tendre l’oreille, tendre la main.
Non pas dans le
vide, mais vers une présence.
......

Dans
la rencontre avec Thomas, c’est Jésus qui fait le mouvement.

Le doute de Thomas l’a fait bouger.

Avec
la femme Syro-Phénicienne, dans la région de Tyr, c’est
l’inverse.
Elle va bousculer Jésus, jusqu’à ce
qu’il réponde à son appel.
C’est la foi d’une
païenne qui le fait bouger.

C’est
une histoire assez surprenante.
Elle nous est racontée
dans les deux premiers évangiles. (Mat 15 v. 32 à 39 et
Marc 7 v. 24 à 30 )

Marc
le premier rédigé, fait même de cette rencontre
un tournant dans la vie de Jésus.

Jésus
est harcelé par les foules qui se pressent, dans l’attente de
guérisons.
Les responsables religieux lui mènent la
vie de plus en plus dure.
Il passe la frontière, histoire
de respirer un peu.

Il
entre dans une maison, espérant pouvoir garder l’anonymat.

Peine perdue... Il n’est pas plutôt assis que la mère
d’une handicapée mentale se jette à ses pieds.-"
Seigneur, chasse le démon hors de ma fille.
". ( Marc
7 v. 25)

La
réaction de Jésus est vraiment surprenante.
- "
Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de
prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens
".
En
clair : d’abord le peuple juif. Les autres après, s’il en
reste.

Jésus
a beau être fatigué... angoissé par la surdité
de son peuple à ses appels.
Cela s’apparente à du
racisme caractérisé !

Qui
va l’en délivrer ? Eh bien cette femme païenne !
-
"C’est vrai Seigneur, mais les petits chiens sous la table,
mangent les miettes des enfants !
"
.....

-
" A cause de cette parole, va. Le démon est sorti de
ta fille.
".
Jésus a craqué !
......

Nombre
de commentateurs soulignent que la foi de cette païenne lui a
soudain fait prendre conscience de la dimension de sa mission. ( Note
1
)
Elle l’a en quelque sorte "converti" à
l’universalisme.
C’est d’un pas résolu qu’il va reprendre
la route.

Devant
nos réticences, nos hésitations à passer à
l’acte de croire
, j’aime le visage d’un Dieu qui accepte de se
laisser bousculer par nous.

La
foi est souvent un affrontement !
Dieu accepte de se
laisser mettre en question par nous.
......

Dans
l’évangile, ce récit n’est certainement pas sans
rapport avec les hésitations des disciples eux-mêmes
devant la mission.
Un évangile hors frontières cela
bouscule toujours... même aujourd’hui.

Oser
croire, malgré nos réserves, que l’évangile peut
franchir le mur des cultures.
Non pas comme une force de
conquête... Jésus ne demandait rien.
C’est la
détresse de cette femme qui l’a poussé en avant.
.....

De
Thomas, l’évangile ne nous dit rien de plus que ce que nous
avons écouté.

Pourtant...
une très ancienne tradition a fait de lui le premier
missionnaire en Inde.
Au niveau historique la chose n’est pas
impossible.
Il y avait une route, que suivaient les caravanes
pour commercer depuis le Proche Orient jusqu’en Orient.

Il
est en tous cas aujourd’hui une très ancienne église
orthodoxe en Inde.
Elle se nomme l’église Mar-Thomas. Elle
est membre du Conseil Oecuménique.
Elle se déclare
issue de cette mission de Thomas.
Et pourquoi pas !
......

L’une
des manières d’évacuer la foi, c’est le refus de se
laisser mettre en question
.
Si j’ai parlé de ce doute
intérieur à la foi, c’est parce que je crois qu’une foi
fermée sur elle-même... cesse un peu d’être la
foi.

Il
n’est de foi véritable... qui n’accepte de se laisser
questionner.
Non à la manière d’un mur qui se
contente de renvoyer les balles !
Thomas a entendu la
question de Jésus, et Jésus celle de cette
Syro-Phénicienne.

Recevoir
les questions c’est accepter de se laisser purifier par les
interrogations de l’autre.
Laisser les scories se détacher
du métal précieux .
L’apôtre Pierre emploie
d’ailleurs cette image dans sa première lettre :

"
Il faut éprouver la valeur de votre foi - beaucoup plus
précieuse que l’or périssable - qui pourtant est
éprouvé par le feu
.". (1 Pierre 1 v.7)

S’il
est un lieu où ce questionnement doit être risqué
aujourd’hui, c’est bien le dialogue inter-religieux.
Il est temps
pour les chrétiens de ré-apprendre à dialoguer
avec d’autres religions.
Ils en sont d’ailleurs de plus en
plus sollicités.

Un
patient apprentissage de l’écoute leur est d’abord nécessaire.

Une relecture de l’histoire également.
Il ne s’agit
pas de céder à je ne sais quelle mode.

Il
nous faut d’abord entrer en profondeur au coeur de notre foi.

Pour les chrétiens sans doute... ce que Christ leur révèle
de Dieu.
Distinguer ce qui est l’essentiel, le non
négociable en quelque sorte.
Et savoir l’exprimer.

Il
n’est dialogue inter-religieux, sans que des convictions loyales
n’aient le courage de se regarder en face.
Face-à-face, à
visage découvert, dans la confiance et l’estime réciproques.

Dans
l’attente, qu’au delà des repères nécessaires de
nos convictions... Celui que nous nommons Dieu, sera bien au rendez
vous.
Dialogues à l’écoute de sa vérité,
et sous son regard.
......

Il
est beaucoup de manières de refuser le risque de
croire.
Chaque époque a les siennes.

Il
a été dit que nous étions entrés dans
l’ère du soupçon.
Peut-être aussi dans celle
du stress.

Assurément
celle d’un certain désenchantement.
Le monde contemporain
nous pose en quelque sorte, la question de confiance.

On
peut essayer par exemple de fuir la réalité.
La
drogue... mais aussi la consommation trop fréquente de
tranquillisants sont devenues pratiques courantes.
Les Français
y battent, hélas, plus de records que sur les stades.
......

Mais
notre époque propose bien d’autres moyens d’esquiver
nos responsabilités.

Démissionner
par exemple entre les mains des grands sorciers des temps modernes :
les Dieux Psy.
Leur confier les ressorts fragiles ou usés
de nos personnalités, comme nos machines à laver en
panne au technicien providentiel.

Lorsqu’un
accident grave s’est produit on détache bien entendu le
SAMU...
Mais on ajoute aussitôt comme pour nous rassurer...
que des Psychiatres sont aussi à pied d’oeuvre.
......

Pour
certaines personnes croire s’apparente à une névrose....

Pour d’autres, le domaine religieux sert de palliatif à
des fragilités internes.
Mais qu’en dit l’évangile ?

Il
est vrai que les récits bibliques contiennent de nombreux
récits de guérison.
Lorsqu’il s’agissait d’atteintes
au psychisme, le niveau des connaissances médicales de
l’époque les assimilait rapidement à des possessions
par le démon.
Cette femme, venue implorer Jésus
pour sa fille, en donne un bon exemple !

Il
est vrai que cet adversaire de Dieu a toujours partie liée
avec ce qui enchaîne l’homme.
Les actes de Jésus sont
en ce domaine toujours des actes de libération.
C’est
pourquoi la guérison accompagne ses paroles.

Croire
n’est pas une névrose, mais au contraire un acte qui sollicite
notre pleine santé.
Jésus rend à la vie et à
leurs responsabilités ceux qui recouvrent leur humanité
à son contact.

Il
ne méprise ni dévalorise pour autant, les techniques
médicales de son époque.
Nous aurions grand tort de
mépriser celles d’aujourd’hui.
......

La
meilleure connaissance des mécanismes de notre inconscient est
une grande conquête de ce siècle.
Il ne faut pas la
dévaloriser par une erreur de perspective.

Il
y a des angoisses nécessaires qui débouchent sur la
créativité.
D’autres détruisent les forces
vives de l’individu.

Psychothérapies
et psychanalyse tentent d’analyser en détail ces angoisses
destructrices.
Une démarche volontaire aide la "mise
en mots" des émotions et des sensations.
L’individu
peut alors prendre conscience des choses qui l’écrasent.

Retrouver une identité vraie et un jugement sain.

Les
psychothérapies aident, par leurs approches, à repérer
les dysfonctionnements de notre identité.
La psychanalyse
fait le même travail au niveau des sédiments plus
profonds.
Démarche assumée par l’individu qui
l’entreprend.
Retrouvant le sens de son histoire, il retrouve
aussi son chemin.

Neuro-biologie
et psychiatrie recourent à des thérapies
médicamenteuses.
Infiniment délicates, mais en
constants progrès, elles apportent leur contribution au
traitement de pathologies psychiques.


Aujourd’hui,
plus qu’hier, le désespoir absolu des maladies mentales peut
être aidé.

Françoise
Dolto décrit en ces mots l’action de Jésus :
"Par
des voies mystérieuses, imprévisibles et illogiques,
Jésus - l’éveillé - entraîne chacun au pur
amour, par qui tout est liberté
". ( Note 2
)
......

Croire
n’est pas une névrose, mais un acte qui nous relève et
nous rend la liberté.
N’attendons donc pas des traitements
psychiques, autre chose que ce qu’ils peuvent apporter.

Accepter
le risque de croire, malgré nos doutes, c’est placer notre
espérance au-delà de l’acte médical.
Ni le
refuser bien sur, ni le diviniser.
Accueillir pleinement
l’espérance de la vie, au lieu de porter nos psychismes comme
une fatalité.

Croire
malgré ses doutes
en ce domaine c’est accueillir la
vie
, et non marcher courbé sous le poids de notre
passé.
......


Il
est bien d’autres domaines encore dans lesquels nous pouvons aussi
régresser, fuir le risque de croire.
La crispation
sur une identité reliée au seul passé, ou à
des principes figés... est l’un d’entre eux.

L’actualité
nous en renvoie des images dramatiques.
Sous son apparente
assurance... cette attitude ne cache-t-elle pas une manière de
douter de Dieu ?
Comme s’il était absent
aujourd’hui d’une histoire qu’il a suscitée hier...

L’intégrisme,
le fondamentalisme donnent un peu cette image d’une foi... aux yeux
fermés.
Toutes les religions en courent le risque.
Toutes
y cèdent, plus ou moins.

La
crispation du christianisme, on le comprendra, est celle qui me
préoccupe le plus.

Le
traditionalisme un peu anachronique d’une partie du catholicisme. La
frilosité d’une bonne partie de l’orthodoxie à l’Est de
l’Europe, préoccupent à juste titre les responsables de
ces communautés.

Mais
le protestantisme lui-même n’échappe pas à la
tentation d’un certain repli identitaire.
Il est pourtant
contraire à toute notre tradition.

Quand
nous attachons plus d’importance aux : "valeurs protestantes"...
qu’à l’évangile.
Quand nous confondons le texte de
l’Écriture... avec la Parole vivante de Dieu.
Quand notre
mémoire s’arrête au seizième siècle... au
lieu de s’enraciner à Pentecôte.
Quand nous nous
définissons comme définitivement réformés...
et si peu réformables aujourd’hui.
Il me semble que
nous démissionnons
, que nous régressons.

La
vocation des Réformateurs était de réformer
toute l’église.
Le travail est en cours... Il n’est
pas achevé.
En cette fin de millénaire il est temps
de reprendre notre part à cette réforme en
marche dans toute l’église.


Croire
malgré nos doutes que Dieu est à l’oeuvre, même
en dehors de nos frontières immédiates.
N’est-ce pas
ce que Jésus lui-même a fait, à l’appel de cette
femme ?
......

Cheminer
dans la foi, sans occulter pour autant nos questions...
Le
mouvement qui a suscité les Écritures et les a portées
jusqu’à nous, n’est-il pas lui-même de cet ordre
 ?

Un
événement s’est produit un jour quelque part :
-
Jésus ressuscité vient à la rencontre de Thomas.

- La Syro-Phénicienne devance Jésus, par une foi
qui le pousse à étendre son amour au monde entier.

Nous
n’étions pas présents à la scène.
Nous
n’en avons aucune perception directe.

Il
se trouve cependant que le choc a été suffisamment fort
pour que les disciples continuent à en parler entre eux.
Ils
ne peuvent effacer ces souvenirs de leur mémoire.
Quand ils
témoigneront de ce Jésus, ils ne pourront faire
autrement que d’évoquer ces moments.
Leurs auditeurs en
seront frappés à leur tour.

Lorsque
viendra le temps de la mémoire écrite - quelques
décennies plus tard - le récit de l’événement
et les remous suscités par lui vont se mêler
étroitement.
Les communautés de la première
église se les transmettront.
La mémoire essentielle
s’y forgera petit à petit.
Le Nouveau Testament la
recueillera.

Lorsque
nous ouvrons les Écritures aujourd’hui... nous sommes en
présence de la mémoire de l’événement
et des remous suscités par lui
.
Les témoins nous
renvoient à un événement qui les a
interpellés... une question.
Cet événement
leur a fait prendre le risque de croire, et ils l’affirment
clairement.

Pas
plus que la leur, notre foi ne peut être une foi sans
questions
.
Pas moins que dans la leur, ces questions ne
peuvent nous dispenser du risque de croire.
......

Dès
lors est il vraiment nécessaire, d’égrener la cantilène
des nostalgies de notre époque.
Même si "elle
n’est plus ce qu’elle était...
" pour le dire avec
Simone Signoret, la nostalgie n’est jamais qu’un soupir, un clin
d’oeil au passé.

Les
personnes rencontrées par Jésus au long de son parcours
ne sont pas des rêveurs attardés.

Pas
plus ne sont-ils d’ailleurs des nostalgiques d’une aventure
passée.
La rencontre de Jésus a fait basculer leur
échelle de valeur de manière durable.

Leur
humanité, bien que toujours fragile, s’est ré-investie
avec détermination.
Ils ont su se dépasser eux
mêmes.

Malgré
leurs doutes, ils ont osé croire.
Ils sont devenus des
marcheurs d’espérance.

Judas,
Pilate sont restés sur le bord du chemin, avec leurs doutes.

Mais
 : Marie, Nicodème, la Samaritaine, Jaïrus, Marthe...

Thomas... peut être jusqu’en Inde,
et la
Syro-Phénicienne qui entraîne Jésus avec elle !

Tous
ont osé croire, malgré leurs doutes
.
......


Nous
approchons de la semaine sainte.
Du terme de cette aventure
nous allons faire mémoire.

Les
personnages de la Bible sont là devant nous comme un appel,
comme des témoins.
Ils cheminaient dans la peine, dans le
souci du quotidien.
Un jour... l’espérance a croisé
leur route.

Ils
l’ont reconnue.
Ils l’ont dit.
Ils l’ont écrit pour
nous
Ni manipulation, ni contraintes dans leurs regards.

Hommes
et femmes libres.
Ils ont cru, c’est pourquoi ils ont
parlé.

L’apôtre
Paul, malmené, critiqué, épuisé,
lancera
le même cri à ses paroissiens de Corinthe :
"
J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé
". (2 Cor.4 v.
13)
......

Samedi
prochain nous ouvrirons la fenêtre à cette lumière
qu’ils ont vu se lever, avec l’aube de Pâques. (Voir
prédication N° 6
)


Seigneur,

L’Écriture
atteste que tu as visité cette terre.

Notre histoire
reste marquée par l’empreinte de ton passage.

Mais
le vent a si vite fait d’en effacer les traces...

que nos
doutes réapparaissent à chaque instant.

Toi
qui t’es laissé bousculer par cette femme de Syrie,

tu
ne peux rester sourd à nos appels ?

Comme
tu le fis pour Thomas,

reviens à notre rencontre.

A
nous qui ne t’avons pas vu

Donne le bonheur de croire !

* * *


-Origine
des citations :

1)
Luther, et aujourd’hui à sa suite : L. Simon, Ch.
L’Eplattenier, J. Hervieux, etc...
2) Fr. Dolto et G. Stevens :
"La foi au risque de la Psychanalyse" (J.P. Delarge 1981)


-
Les citations musicales entrecoupant cette prédication
étaient tirées d’oeuvres pour flûte et orgue de :
Jehan Alain : " Andante de trois mouvements " et : J.
Berthier : " Épitaphe"