Retour à "Carême Protestant en Français", pour un nouveau choix ou émettre des remarques .
- Pour consulter une autre prédication (après sa date de diffusion) de cette même année :
[1] - [2] - [3] - [4] - [5] - [6] - , ou Résumé de "Carême Protestant 98".

Prédication de Carême par le Pasteur Michel WAGNER, Biographie
Eglise réformée de France,
diffusion le 4 Avril 1998 à 18 heure par "France Culture"


Oser croire !


Croire face à la vie


Les femmes n'ont pas été crues

et les disciples d'Emmaüs cheminent avec le Vivant sans le savoir

Luc 24 v. 13 à 35

Croire, face à la vie.

Qu'est-ce à dire ?
La pâle lueur de l'aube a mis fin à la longue nuit d'attente.
Les murs de Jérusalem émergent lentement de la pénombre.

Rien n'a changé.
Aujourd'hui sera, comme hier.
Que pourrions nous attendre de neuf ?

Le matin de Pâques n'a rien d'un triomphe pour ses premiers témoins.
Les femmes courent au tombeau, inquiètes." Qui nous roulera la pierre ? " (Marc 16 v. 3)
Il faut bien accomplir les derniers devoirs.

Les hommes sont restés à la maison.
Bilan morose de trois années perdues.
Ni elles, ni eux, n'attendent rien.

Même le tombeau vide ne fera qu'aviver leurs soupçons.
Qui nous l'a volé ? (Jean 20 v. 15)

Les divers récits du matin de Pâques traduisent bien ce désarroi de l'inattendu.
Il est ici... on le voit... non !
Reconnaît-on sa voix ? Non... c'est le jardinier ! (Jean 20)
Il est à Jérusalem... (Mat. 28), sur la route d'Emmaüs (Luc 24), au bord du Lac de Tibériade (Jean 21).
On le reconnaît : oui, non !
Il semble traverser les murs de la pièce où sont réfugiés ses disciples apeurés. (Jean 20)
On ne peut pas le toucher (Jean 20 v.17),
et il invite Thomas à mettre sa main dans son côté. (Jean 20 v. 19)

Flashes difficilement assemblables, d'une réalité nouvelle qui soudain envahit notre histoire.
Vitrail inachevé d'une cathédrale de plein air...

Il faudra, là aussi, le temps de la réflexion, des échanges, des confrontations.
Seule, la mise en commun des souvenirs de ces rencontres permettra d'éclairer peu à peu ce temps nouveau, qui soudain semble vouloir entrer dans notre histoire.

Chuchotement au début, le bruit va s'amplifier, s'élargir au fil du temps... jusqu'à devenir une clameur secouant toutes les rives de la Méditerranée.
- "Le Seigneur est ressuscité ! ".

De Turquie, de Grèce, d'Italie, d'Espagne et même des rives de la Tunisie d'aujourd'hui, l'écho viendra frapper les rives de l'histoire.
- "Il est vraiment ressuscité. ".
......

Aussi fortement avons-nous dû, par honnêteté envers les témoignages concordants des hommes et des femmes de la Bible, affirmer : Jésus est mort. Dans la mort de Jésus, Dieu lui-même a posé sa main sur notre mort.

Aussi fortement nous faut-il, par honnêteté envers ces mêmes témoignages, prendre le risque d'affirmer avec eux : Christ est revenu à la vie ! Dieu l'a relevé d'entre les morts.

Cela implique-t-il que tout mystère soit levé, que nous puissions en rendre compte à la manière d'un diagnostic médical ou d'un procès verbal d'huissier ? Assurément non !

La résurrection est un acte qui échappe à nos catégories habituelles.
Ce surgissement nouveau de la vie fait éclater nos logiques et prend même de court notre vocabulaire.

Christ est ressuscité ! Un temps nouveau entre comme par effraction dans nos calendriers.
Une lumière nouvelle vient éclairer ce vieux monde, que nous croyions pourtant bien connaître avec toutes ses limites. Voilà notre histoire revisitée.

Christ est ressuscité ! Face à l'inexorable écoulement du sablier de l'histoire, un temps nouveau est-il en train de "suspendre le vol" du nôtre ?
Un point d'interrogation vient-il d'être proposé en alternative, au point final de l'acte dernier ?
L'horizon redouté - mais pourtant rassurant - du terme, va-t-il être remis en question ?
......

Pour parvenir jusqu'à cette heure de grande interrogation... nous avons écouté, suivi depuis cinq semaines, partagé je l'espère, la démarche de ces hommes et femmes de la Bible.
L'histoire de Jésus avait croisé la leur. Elle y avait laissé des traces.

Il nous faut poursuivre à son terme cette écoute.
Les laisser nous dire comment ils ont osé croire que Jésus était ressuscité.

Au matin de Pâques il est deux groupes d'acteurs distincts.
Bien qu'hésitantes, leurs démarches ne suivent pas tout à fait le même chemin.

Les femmes. Les femmes ont toujours le sens du concret.
Elles sont là, au ras de l'actualité, le nez collé au drame.
Les aromates qu'elles portent en hâte vers le tombeau seront - pensent-elles - leur dernière parole en cette histoire.

Les hommes. Le réalisme des hommes est d'un autre ordre. Ils le croient plus réel, bien sûr !
Leur regard se porte déjà vers un avenir qu'il va bien falloir vivre sans lui, sans Jésus.
Ce fût un temps d'espoir... l'espoir s'est évanoui, mais le temps demeure, lui.
Les hommes sont restés à la maison.
Deux d'entre eux ont même repris la route pour rentrer au pays.
......

Le pays, c'est Emmaüs. Un petit village à une dizaine de kilomètres de Jérusalem.
Luc a gardé pour nous la mémoire de ce parcours désenchanté. (Luc 24 v.13 à 35)
" Ils parlaient entre eux de tous ces événements... ".
Les trajets étaient longs à l'époque. Plus que dans nos transports en commun actuels, il était courant d'engager conversation avec ceux que l'on rencontrait :
" Comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

Ce récit a fait mouche dans la curiosité de générations successives. Henri Bosco, par exemple :
" Ces deux pèlerins d'Emmaüs m'ont suivi si longtemps, que j'en ai rêvé sur les routes, alors que plus tard je les parcourais à pied en Provence, aux meilleures années de ma jeunesse. Quand tombait la nuit, si quelqu'un dans l'ombre marchait derrière moi, j'écoutais son pas et je me disais : Non ce n'est pas Lui, on ne l'entend pas s'approcher. Il arrive près de nous en silence. Et même quand il apparaît, simple comme l'homme qu'il fût, nous le voyons sans le reconnaître. ". ( Note 1 )
......

Mais revenons au récit de Luc :
" Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? " dit l`inconnu qui s'est approché.
Ils s'arrêtent, l'air sombre. L'un d'eux nommé Cléopas lui répond :
- Tu es bien le seul à séjourner à Jérusalem, qui n'ait pas appris ce qui s'y est passé ces jours-ci !
".

Le récit ne manque pas d'humour, au fil duquel ces disciples vont raconter à Celui qui les a rejoints, le triste itinéraire de leur déception.
" Nous espérions que ce serait lui, Jésus, qui allait délivrer Israël, mais voici trois jours que ces faits se sont passés.".

" Toutefois ... " Toutefois, les femmes !

" Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés. S'étant rendues de grand matin au tombeau, et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu'elles avaient même eu la vision d'anges qui le déclarent vivant.
Quelques uns de nos compagnons sont allés au tombeau... et ce qu'ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit.
Mais Lui... ils ne l'ont pas trouvé.
" .

Histoires de femmes ! On connait, elles sont impressionnables.
Deux millénaires ont-ils d'ailleurs fait beaucoup progresser la confiance réciproque ?
......

Deux événements vont alors intervenir. Deux actes précis.
Deux mains tendues à ceux et celles qui ont tant de mal à prendre le risque de croire.

Une écoute de l'Écriture.
Voici les textes anciens des prophètes, écoutés à nouveau, revisités à la lumière de ces tristes événements récents. Vous pensez sérieusement, dit Jésus, que cela aurait pu finir autrement ?
" Ne fallait-il pas que le Christ souffre et meurt !
Et commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur explique dans toutes les Écritures ce qui le concernait. ".

D'accord il s'agissait de Juifs pour lesquels l'Écriture est déjà la vraie mémoire de l'histoire.
Il fallait déjà avoir fait ce pari. Mais il ne suffisait pas.
L'histoire de ce Jésus vient remettre en question l'approche traditionnelle de ces vieux récits.

Alors ça y est cette fois ci ...?
Vos yeux se sont enfin ouverts...!
Non pas encore, pas tout à fait.
Une halte, une étape. Il se fait tard... Vous resterez bien prendre un verre avec nous ?

La suite du récit n'a pas moins frappé les esprits.
" Quand il se fût mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible.".

Qui n'a en mémoire cette petite auberge ?
Rembrandt, une première fois dans sa jeunesse avec son génie du clair-obscur (Note 2 ), puis une nouvelle fois dans sa maturité avec son trait de plume inimitable, saisira ces pèlerins attablés... les tables voisines qui tendent l'oreille.
Et puis ce troisième convive, soudain transfiguré, qui partage le pain. (Note 3 )

- " Notre coeur ne brûlait-il pas en dedans nous, tandis qu'il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures ? ". (v. 32)
Le repas de la Cène. L'eucharistie, le repas du Merci, vient de bousculer l'ordre ancien du repas de la Pâque juive.

Christ est ressuscité ! Ils l'ont reconnu, et à cet instant il n'est déjà plus visible à leur table.
Mais désormais ils vont oser croire.
Leur foi c'est d'abord ces onze kilomètres qu'ils vont refaire en sens inverse vers Jérusalem.

J'aime cette image de la foi que nous donnent les pèlerins d'Emmaüs.
Une marche responsable, et non une fuite hors de la réalité.

Deux viatiques, deux provisions de route la rendent possible :

- L'écoute de l'Écriture. Elle nourrit et renouvelle l'intelligence de la foi.
Mémoire vive des témoins du Christ, elle ré-oriente sans cesse notre marche.
A son écoute nous pouvons poser nos pas dans les traces de ceux du Christ.

- Autour de la table familiale ou de la cantine du travail, les mains passent le plat, les regards s'accueillent.
Ainsi en est-il du partage du pain de la Cène.
Le Christ nous y offre sa présence, invisible mais réelle.

De toutes ces silhouettes assemblées autour de lui, il fait une immense silhouette : celle de son corps.
Un homme en marche dans l'histoire, qui laisse derrière lui un sillage d'espérance.

Nos pèlerins arriveront hors d'haleine pour partager la nouvelle avec les amis.
Ils le savent déjà. Le bruit s'en est répandu. A Pierre aussi il est apparu.

- " C'est bien vrai, le Seigneur est ressuscité ! " (Luc 24 v. 34).
......

Nous aurions pu en rester là..

Après tout si Christ est ressuscité, c'est Lui que cela concerne.
Tant mieux pour lui, et pour les quelques illuminés que son histoire a convaincus.

Seulement voilà, la Bible et les témoins de cette histoire n'ont pas clos ici leurs interpellations.
La résurrection de ce Jésus ne peut être séparée dans l'histoire, de ce qui advient à nos histoires, la vôtre et la mienne.

" Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir ", poursuit dès sa formulation la plus ancienne, l'affirmation de foi des chrétiens . ( Note 4 )
......

La promesse de notre résurrection d'abord.
Il faut oser en parler, bien que les affirmations bibliques laissent sans réponse nombre de nos questions:

Quand cela adviendra-t-il ? Quel âge aurons nous ? Nous reconnaîtrons nous les uns les autres ? Comment pourrons nous tous tenir dans un univers dès maintenant aussi encombré... ?

Déjà cette promesse avait eu du mal à se frayer un chemin dans la foi du peuple juif.

De la dure épreuve de l'exil à Babylone au retour dans un pays où tout était à reconstruire... il avait fallu les rappels des prophètes pour qu'elle prenne corps petit à petit.

Nous avons entendu il y a deux semaines la réponse de Marthe. (Jean 11 v. 23 à 27)

A l'affirmation de Jésus :
- " Ton frère ressuscitera. "
elle avait fait écho en poursuivant :
- " Je sais qu'il ressuscitera, lors de la résurrection au dernier jour . ".
pour se trouver brutalement prise de court par la réponse de Jésus :
- " Je suis... la résurrection ! "

Les témoins bibliques se pressent autour de cette promesse pour essayer d'en saisir toute la dimension. L'apôtre Paul en particulier tente pour ses amis de Corinthe un début d'explication :
- " Comment les morts ressuscitent-ils, avec quel corps reviennent-ils ? " (1 Cor. 15 v. 35).

Mais on sent bien que les mots lui font défaut...
Le raisonnement piétine, au seuil de ce qui dépasse la raison.

Même la poésie, qui parle au delà des mots, peut-elle y parvenir ?
On ne visite pas aisément le Royaume du Christ - ce Royaume de la vie - avec nos pesants sabots chargés de la terre de nos cimetières.

Toute représentation de notre résurrection se heurte à l'impossible.
Nous y projetons nos fantasmes ou notre imaginaire.
Nos mots humains sont impropres à décrire ce qui les dépasse.

Les témoignages du Nouveau Testament eux-mêmes restent fragmentaires, insatisfaisants pour nos curiosités.

A nos questions : " Dessine moi un ressuscité...", l'Écriture répond simplement :" Tu ressusciteras !"
Il nous faut vivre et regarder la mort avec cette seule promesse.

Lumière, dans notre pénombre... Mais qu'on ne peut souffler comme une bougie :
- " Nous nous lèverons au dernier jour ".

L'amour de Dieu pour nous, ne prend pas fin au jour de notre mort.
Elle ne sera pas le dernier mot de notre histoire.
Les cimetières, pour importants qu'ils soient dans la mémoire humaine, ne sont pas l'étape ultime de notre cheminement.
......

Au cri de désespoir :
-" Vous qui pénétrez ici, abandonnez toute espérance", (Note 5 )
répond le cri de la foi :
-" Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir." (Note 4 )
......

Concernant le mystère de notre propre résurrection, je ne puis répondre aux questions auxquelles l'Écriture ne répond pas.
Je ne puis que vous rendre attentifs aux échos qu'elle nous renvoie.
Vous bercer d'illusions, ou vous ouvrir de fausses pistes serait bien plus grave encore.
......

Même insatisfaisants pour notre curiosité, je sais pourtant que les mots de l'Écriture ne sont pas vides.
Ils ne sont pas d'illusoires consolations.
    Pour l'avoir, comme pasteur, souvent vécu en accompagnant des familles accablées par le deuil.
Pour les avoir partagées, même dans les cas de plus extrêmes détresses, je sais que ces paroles de l'Écriture sont paroles de vie.

Elles attestent dès maintenant dans nos coeurs meurtris, que le dernier mot n'a pas été dit.
Elles attestent que l'on peut oser croire, face à la vie
......

La curiosité sur notre propre résurrection reste donc partiellement insatisfaite.

Mais par contre... de la résurrection de Jésus, l'Écriture tire pour nous des conséquences concernant notre vie, et dès maintenant.

" Une brèche s'ouvre dans le mur du destin ", écrit Georges Casalis dans son étonnant : Dialogue avec ma mort. "Jésus de Nazareth est le premier d'une multitude de frères. C'est à la vie qu'appartient l'avenir. La lumière de cette nouvelle donne à ce présent ordinaire une saveur jusque là inconnue de toutes les générations qui se sont succédé depuis l'apparition de l'homme ". ( Note 6 )

En se poursuivant, la vie de Jésus ouvre devant nous des routes, où la vie humaine se voit conférer sans cesse une dignité à laquelle nul ne doit porter atteinte.
Face à tous les génocides de l'histoire elle inscrit un refus catégorique.
......

Elle est longue, en effet, la liste de ces mépris de la vie.
Des souvenirs macabres des sacrifices humains des pyramides aztèques, aux fumées des crématoires de la Shoah...
Des plaines du Cambodge, aux forêts du Rwanda...
Avec quel cynisme renouvelé l'histoire humaine n'a-t-elle pas inscrit son mépris de la vie !

Jamais plus cela, se sont juré ceux qui ont réchappé de ces enfers.
Il faut que la mémoire humaine en garde le souvenir, que les jeunes générations ne puissent oublier.

Jamais plus cela ...
Mais...un serment fait avec ferveur au regard du passé y suffira-t-il ?

Le Christ victorieux ramenant les morts de l'enfer n'est pas là pour couvrir ces crimes d'un voile d'oubli.
En rappelant Jésus à la vie, Dieu signe le prix qu'il attache à toute vie humaine.
La résurrection de Jésus est l'événement qui nous dresse à jamais, contre tous ces mépris de la vie.

Elle est ce qui donne toute sa force à notre détermination : Plus jamais cela !
Plus jamais cela... car Dieu en relevant son Fils Jésus des liens de la mort, a donné au monde un avenir.
Un sens qui peut désarmer, même le plus inconsolable des désespoirs.
......

Oser croire face à la vie peut s'inscrire de la manière la plus concrète dans l'histoire.

J'aimerais risquer ici l'expression : Droits de l'homme.
Elle fût, en son temps le cri, vers une dignité retrouvée de la vie humaine.
Nos pères de l'Assemblée constituante nous l'ont laissé en héritage. (Note 7 )

Cet héritage nous l'avons transmis à notre tour à la communauté internationale.
Au sortir de la deuxième guerre mondiale et de ses atrocités, elle devenait en 1948 : "Déclaration Universelle des Droits de l'homme".

Nous en fêtons cette année le 50° anniversaire.
Elle est la charte sur laquelle repose les Nations Unies.
Fragile, mais irremplaçable fondement, d'une communauté internationale qui apprend à vivre ensemble.

Je sais pourtant de combien de malentendus elle est aujourd'hui l'objet, cette expression.

J'entends les appels des voix féminines contre l'étroitesse de notre vocabulaire traditionnel.
Une moitié de l'humanité serait-elle exclue de ces droits ?

J'entends les mises en garde de pays du Tiers-monde. Droits individuels, privilèges de riches !
Que faites-vous des droits des peuples, du droit au développement ?

J'entends aussi - et parmi les croyants - le rappel qu'il n'est de droits sans devoirs...
Peur que la revendication de leurs droits par les hommes, ne porte atteinte aux droits de Dieu !

Il faut écouter tous ces appels.
Chacun de ces échos a sa part de vérité.
......

Mais il ne faut pas taire pour autant, l'urgence du respect dû à tout être humain.

A notre époque de mondialisation, le rouleau compresseur de l'économie n'a que trop tendance à broyer les plus faibles.
Il faut que les Droits de l'homme et tous leurs militants demeurent sentinelles vigilantes.

Totalitarismes, arbitraire, tortures, purification ethnique jalonnent notre quotidien.
La route, où s'avance en cahotant la communauté internationale, a besoin de ces constants rappels.
Croyants et incroyants y sont au coude à coude, tournés vers l'espérance.

Il nous faut aussi regarder avec beaucoup d'attention les menaces à la vie qui résultent du développement inégal.
Un Nord largement pourvu et un Sud constamment précarisé.
Avec en plus de profondes fractures sociales, tant au Nord qu'au Sud.
Il ne s'agit pas là d'une fatalité, inscrite dans l'histoire.

Lorsque la loi implacable de l'économie dévore l'homme créé à l'image de Dieu, elle doit être dénoncée, ré-orientée.
La foi est tout le contraire d'une résignation.

La résurrection du Christ ne fait pas de l'espérance qu'elle ouvre une utopie généreuse, autant qu'irréaliste.
......

Au matin de Pâques notre vie éternelle a déjà commencé. (Jean 6 v. 47)
Pour ceux qui accueillent cette espérance, elle éclaire les combats d'aujourd'hui d'une lumière qui sera la réalité de demain.

La venue de ce Règne de Dieu ne sera ni le résultat, ni l'aboutissement de nos efforts, aussi persévérants soient-ils.
Il demeure d'abord un cadeau qui vient à notre rencontre.

Mais notre vigilance et nos combats en jalonnent, dès maintenant, la venue.
Ils dressent, au milieu des espoirs et des désespoirs de l'humanité, les signes qui marquent la véritable espérance. L'espérance dont l'apôtre Paul dit qu'elle ne trompe pas
......

La Révélation - c'est le nom du livre de l'Apocalypse - cette révélation ne clôt pas le dernier chapitre de la Bible sur une vision de cataclysme.
Bien au contraire ! ( Apocalypse 21 v. 10 et 26)

La cité nouvelle où l'humanité a rendez vous ne connait plus de discriminations.
Les nations y apportent leurs trésors et leurs cultures.
Il n'y est plus de temple, car le temps de croire et célébrer est révolu.
L'espérance est devenue réalité.

Dieu lui-même a fait sa demeure au milieu des hommes.
La vie de ce que nous appelons encore le siècle à venir, y est devenue l'actualité.
Sa lumière donne définitivement au monde son véritable visage, ses véritables couleurs.

Telle est la vision que la résurrection du Christ ouvre à notre horizon !
......

Oser croire !

Oser croire, face à un Dieu qui déroute. Oser croire avec intelligence... et publiquement.
Oser croire, face à la mort, malgré nos doutes, et face à la vie.
......

J'ai bien conscience, en arrivant au terme de ce parcours, de n'avoir pas épuisé les défis contemporains à l'acte de croire.
Je sais que nombre de questions demeurent ouvertes.

Mais je sais, au seuil de cette semaine sainte qui va s'ouvrir une fois encore...
Je sais qu'il est des hommes et des femmes de la Bible qui ont pris ce risque de croire et dont la vie en a été transformée.

Et j'entends avec vous leur invitation, leur appel à les suivre dans ce risque... à oser croire.


Seigneur,

Nous cheminons si souvent comme des résignés.

Notre esprit est lent à croire ce que disent les Écritures
Notre coeur brûle peu à son écoute.

Nous assistons muets, au partage de ton pain.

Comme à l'auberge d'Emmaüs,
ouvre nos yeux, au quotidien de ta présence.

En ce monde, où la vie d'autrui est si facilement méprisée,
et le pain si mal partagé,
Fais de nous des marcheurs d'espérance !


* * *



- Origine des citations :

1) Henri Bosco : "Un oubli moins profond" (Gallimard 1969)
2) Rembrandt : Les pèlerins d'Emmaüs (Musée Jacquemart-André Paris)
3) Rembrandt : Eau Forte : Les pèlerins d'Emmaüs : reproduite dans "Rembrandt et la Bible"de W. Visser't Hooft (Delachaux et Niestlé 1947)
4) Symbole de Nicée Constantinople
5) Inscription sur les portails des camps de concentration nazis.
6) G. Casalis : "Un semeur sortît pour semer" (Le Cerf 1988)
7) Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de l'Assemblée Nationale le 26 Août 1789



- Les citations musicales entrecoupant cette prédication étaient tirées d'oeuvres pour orgue d'Olivier Messiaen : " Le banquet Messianique" , " Joie et clarté des corps glorieux ", " Le Verbe ".

Retour à "Carême Protestant en Français", pour un nouveau choix ou émettre des remarques .
- Pour consulter une autre prédication (après sa date de diffusion) de cette même année :
[1] - [2] - [3] - [4] - [5] - [6] - , ou Résumé de "Carême Protestant 98".

Carême Protestant - 27 rue de l'Annonciation - F 75016 Paris - FRANCE
Tél. mobile : 33 (0)6 09 59 04 04, Fax : 33 (0)1 40 72 62 69 , e-Mail : carempro