et la Cananéenne qui bouscule la foi de Jésus
(Jean 20 v. 24 à 29 et Marc 7 v. 24 à 30)
Des ténèbres de ce Vendredi que l'on appelle saint, jusqu'à l'aube du Dimanche, il est un long Samedi. Samedi de doutes, de résignation, de douleur contenue et aussi de révolte.
On a coutume d'opposer le doute à la foi.
Il est vrai qu'il est de ces scepticismes ancrés en profondeur, qui voisinent mal avec le risque de croire. Indifférence réelle, absence de préoccupation, refus délibéré, blocage... Impossibilité peut-être !
J'aimerais ici parler autrement du doute.
J'aimerais parler du doute qui chemine à l'intérieur de la foi, qui l'accompagne comme son ombre.
Un peu comme la marche sur une arête en haute montagne, où la corde rassurante ne peut effacer totalement le vertige du vide qui monte des parois verticales.
" Je crois, Seigneur,viens au secours de mon manque de foi " . (Marc 9 v.24)
Parole restée célèbre ! Celle du père d'un enfant handicapé, face à Jésus.
Les disciples eux-mêmes, tout au long de leur cheminement avec Jésus, vont osciller entre certitudes et interrogations.
Mais qui étaient-ils au fait ces douze... les douze apôtres.
Nous avons d'eux une vision un peu figée par l'histoire.
Vénérables témoins nous regardant d'un air impassible sur les portails de nos cathédrales...
Au moment où ils sont embarqués par Jésus, il s'agit essentiellement d'une poignée de paysans-pêcheurs des bords du lac de Galilée. Même formés dans le respect des Écritures, il n'est pas certain qu'ils savaient eux-même lire.
Les évangiles nous ont laissé leurs noms.
C'est un peu la signature de leurs témoignages (Mat. 10 v. 1 à 4 et parallèles dans Marc 3 et Luc 6).
Rien que cette liste suffit à nous donner une idée de leur diversité.
Sur douze... trois se font déjà remarquer.
- Judas qui finit par trahir, nous en avons parlé. (Voir 1° prédication )
- Matthieu le percepteur, qui récoltait les redevances pour les Romains, s'il vous plaît ! ... un collaborateur, un deuxième traître en quelque sorte.
- Et à côté de lui Simon, dit le Zélote, un résistant.
Elles ne devaient pas être tristes les veillées autour du feu.
Il y a aussi des frères... les familles étaient nombreuses à l'époque.
Et puis Pierre, qui laissera le souvenir de son impétuosité.
Mais il y a aussi Thomas !
On en a fait l'apôtre du doute... Peut être est-il le plus sérieux de la bande ?
Pour ma part, sa présence dans le groupe me rassure.
En effet, Thomas ne s'en laisse pas conter.
Un jour, Jésus fait allusion à sa propre mort :
- " Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin.". (Jean 14 v. 4 et 5)
Personne ne bronche. Heureusement Thomas est là :
- " Nous ne savons même pas où tu vas, comment en saurions nous le chemin ? ".
Nous l'avons aussi retrouvé la dernière fois.
Au moment où Jésus décide de braver les risques pour aller à Béthanie à l'enterrement de Lazare, tous ont peur.Thomas, c'est le réaliste.
- " Allons y nous aussi, et nous mourrons avec Lui ! ". (Jean 11 v. 16)
Au matin de Pâques, Thomas ne va pas s'en laisser conter non plus. (Jean 20 v. 24 à 29)
D'ailleurs il n'est même pas là avec ses amis.
Eux sont réunis bien barricadés, tellement ils ont peur d'être recherchés comme complices de ce Jésus. L'atmosphère est lourde.
Soudain, sans que personne n'ait entendu la porte s'ouvrir... Jésus est là au milieu d'eux.
Stupéfaction... silence.
-" Shalôm. La paix soit avec vous. ", dit tranquillement Jésus... (Jean 20 v. 19)
D'où peut-il bien venir ce salut, ce bonjour ?
......
Remis de leur surprise, et tout à leur joie ils retrouvent ensuite Thomas :
- " Nous avons vu le Seigneur !
- Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, et si je n'enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ! " (Jean 20 v. 25)
Voilà, qui est clairement dit... La parole de ses camarades ne suffit pas à le convaincre.
Il ne sera pas exclu pour autant.
J'aime que la communauté qui partage la joie d'avoir reconnu Jésus ressuscité, ne se referme pas sur elle même.
D'ailleurs Thomas n'est pas le seul à exprimer des doutes.
Les évangiles ne craignent pas de mentionner que l'accueil de la résurrection n'a rien d'évident.
Matthieu dit en parlant des disciples :
- "Quelques uns eurent des doutes...". (Mat. 28 v. 19)
Il pourrait bien y avoir dans ces doutes comme un écho du scepticisme grec.
Les apôtres vont s'y heurter, lors des premières missions vers ce monde culturel si différent du leur...
......
Huit jours après Thomas a donc repris sa place au milieu de ses amis .
Il n'est pas dans une quête angoissée de Dieu.
Il a la tête sur les épaules.
Mais... nouvelle visite !
Le délai d'une semaine n'est sans doute pas fortuit.
Jean situe cette nouvelle rencontre, huit jours après l'envoi en mission.
On s'est demandé s'il n'y avait pas là, comme un clin d'oeil de cet évangéliste, à la vie des premières communautés chrétiennes.
Chaque Dimanche où elles se rassemblent, elles portent en elles toutes les questions de leur entourage.
Celui qui vient, celui qui se déplace pour aller à la rencontre de ce croyant rebelle, c'est Jésus lui-même.
On ne s'élève pas vers Dieu. C'est lui qui vient à notre rencontre. C'est lui qui nous interpelle.
Son salut résonne à nouveau dans la petite pièce :" - La paix soit avec vous ! " (Jean 20 v. 26 à 29)
Puis Jésus dit à Thomas :
- Avance ton doigt ici et vois mes mains, avance ta main et enfonce là dans mon côté.
Cesse d'être incrédule, et deviens un homme de foi. "
Nous voici revenus au centre de notre propos : Oser croire
Il n'est pas dit que Thomas ait fait le geste.
Il est même plutôt suggéré qu'il ne le fait pas.
Il franchit le pas qui le retenait jusqu'alors.
Il ose, sur le champ, l'une des plus fortes affirmations de foi en Jésus, le Christ :
- " Mon Seigneur et mon Dieu ! ".
Et nous recevons en écho, avec lui, une béatitude qu'il faut conserver précieusement.
- " Parce que tu m'as vu tu as cru. Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. ! ". (Jean 20 v.29)
Voir... croire...
Non pas opposés dans l'évangile.
C'est une parole, qui ouvre nos yeux.
Parole entendue dans l'Écriture.
Parole confirmée à la vue, par les signes laissés par Jésus : baptême, cène.
Oser croire... tendre l'oreille, tendre la main.
Non pas dans le vide, mais vers une présence.
......
Dans la rencontre avec Thomas, c'est Jésus qui fait le mouvement.
Le doute de Thomas l'a fait bouger.
Avec la femme Syro-Phénicienne, dans la région de Tyr, c'est l'inverse.
Elle va bousculer Jésus, jusqu'à ce qu'il réponde à son appel.
C'est la foi d'une païenne qui le fait bouger.
C'est une histoire assez surprenante.
Elle nous est racontée dans les deux premiers évangiles. (Mat 15 v. 32 à 39 et Marc 7 v. 24 à 30 )
Marc le premier rédigé, fait même de cette rencontre un tournant dans la vie de Jésus.
Jésus est harcelé par les foules qui se pressent, dans l'attente de guérisons.
Les responsables religieux lui mènent la vie de plus en plus dure.
Il passe la frontière, histoire de respirer un peu.
Il entre dans une maison, espérant pouvoir garder l'anonymat.
Peine perdue... Il n'est pas plutôt assis que la mère d'une handicapée mentale se jette à ses pieds.-" Seigneur, chasse le démon hors de ma fille. ". ( Marc 7 v. 25)
La réaction de Jésus est vraiment surprenante.
- " Laisse d'abord les enfants se rassasier, car ce n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ".
En clair : d'abord le peuple juif. Les autres après, s'il en reste.
Jésus a beau être fatigué... angoissé par la surdité de son peuple à ses appels.
Cela s'apparente à du racisme caractérisé !
Qui va l'en délivrer ? Eh bien cette femme païenne !
- "C'est vrai Seigneur, mais les petits chiens sous la table, mangent les miettes des enfants ! "
.....
- " A cause de cette parole, va. Le démon est sorti de ta fille. ".
Jésus a craqué !
......
Nombre de commentateurs soulignent que la foi de cette païenne lui a soudain fait prendre conscience de la dimension de sa mission. ( Note 1 )
Elle l'a en quelque sorte "converti" à l'universalisme.
C'est d'un pas résolu qu'il va reprendre la route.
Devant nos réticences, nos hésitations à passer à l'acte de croire, j'aime le visage d'un Dieu qui accepte de se laisser bousculer par nous.
La foi est souvent un affrontement !
Dieu accepte de se laisser mettre en question par nous.
......
Dans l'évangile, ce récit n'est certainement pas sans rapport avec les hésitations des disciples eux-mêmes devant la mission.
Un évangile hors frontières cela bouscule toujours... même aujourd'hui.
Oser croire, malgré nos réserves, que l'évangile peut franchir le mur des cultures.
Non pas comme une force de conquête... Jésus ne demandait rien.
C'est la détresse de cette femme qui l'a poussé en avant.
.....
De Thomas, l'évangile ne nous dit rien de plus que ce que nous avons écouté.
Pourtant... une très ancienne tradition a fait de lui le premier missionnaire en Inde.
Au niveau historique la chose n'est pas impossible.
Il y avait une route, que suivaient les caravanes pour commercer depuis le Proche Orient jusqu'en Orient.
Il est en tous cas aujourd'hui une très ancienne église orthodoxe en Inde.
Elle se nomme l'église Mar-Thomas. Elle est membre du Conseil Oecuménique.
Elle se déclare issue de cette mission de Thomas.
Et pourquoi pas !
......
L'une des manières d'évacuer la foi, c'est le refus de se laisser mettre en question.
Si j'ai parlé de ce doute intérieur à la foi, c'est parce que je crois qu'une foi fermée sur elle-même... cesse un peu d'être la foi.
Il n'est de foi véritable... qui n'accepte de se laisser questionner.
Non à la manière d'un mur qui se contente de renvoyer les balles !
Thomas a entendu la question de Jésus, et Jésus celle de cette Syro-Phénicienne.
Recevoir les questions c'est accepter de se laisser purifier par les interrogations de l'autre.
Laisser les scories se détacher du métal précieux .
L'apôtre Pierre emploie d'ailleurs cette image dans sa première lettre :
" Il faut éprouver la valeur de votre foi - beaucoup plus précieuse que l'or périssable - qui pourtant est éprouvé par le feu.". (1 Pierre 1 v.7)
S'il est un lieu où ce questionnement doit être risqué aujourd'hui, c'est bien le dialogue inter-religieux.
Il est temps pour les chrétiens de ré-apprendre à dialoguer avec d'autres religions.
Ils en sont d'ailleurs de plus en plus sollicités.
Un patient apprentissage de l'écoute leur est d'abord nécessaire.
Une relecture de l'histoire également.
Il ne s'agit pas de céder à je ne sais quelle mode.
Il nous faut d'abord entrer en profondeur au coeur de notre foi.
Pour les chrétiens sans doute... ce que Christ leur révèle de Dieu.
Distinguer ce qui est l'essentiel, le non négociable en quelque sorte.
Et savoir l'exprimer.
Il n'est dialogue inter-religieux, sans que des convictions loyales n'aient le courage de se regarder en face.
Face-à-face, à visage découvert, dans la confiance et l'estime réciproques.
Dans l'attente, qu'au delà des repères nécessaires de nos convictions... Celui que nous nommons Dieu, sera bien au rendez vous.
Dialogues à l'écoute de sa vérité, et sous son regard.
......
Il est beaucoup de manières de refuser le risque de croire.
Chaque époque a les siennes.
Il a été dit que nous étions entrés dans l'ère du soupçon.
Peut-être aussi dans celle du stress.
Assurément celle d'un certain désenchantement.
Le monde contemporain nous pose en quelque sorte, la question de confiance.
On peut essayer par exemple de fuir la réalité.
La drogue... mais aussi la consommation trop fréquente de tranquillisants sont devenues pratiques courantes.
Les Français y battent, hélas, plus de records que sur les stades.
......
Mais notre époque propose bien d'autres moyens d'esquiver nos responsabilités.
Démissionner par exemple entre les mains des grands sorciers des temps modernes : les Dieux Psy.
Leur confier les ressorts fragiles ou usés de nos personnalités, comme nos machines à laver en panne au technicien providentiel.
Lorsqu'un accident grave s'est produit on détache bien entendu le SAMU...
Mais on ajoute aussitôt comme pour nous rassurer... que des Psychiatres sont aussi à pied d'oeuvre.
......
Pour certaines personnes croire s'apparente à une névrose....
Pour d'autres, le domaine religieux sert de palliatif à des fragilités internes.
Mais qu'en dit l'évangile ?
Il est vrai que les récits bibliques contiennent de nombreux récits de guérison.
Lorsqu'il s'agissait d'atteintes au psychisme, le niveau des connaissances médicales de l'époque les assimilait rapidement à des possessions par le démon.
Cette femme, venue implorer Jésus pour sa fille, en donne un bon exemple !
Il est vrai que cet adversaire de Dieu a toujours partie liée avec ce qui enchaîne l'homme.
Les actes de Jésus sont en ce domaine toujours des actes de libération.
C'est pourquoi la guérison accompagne ses paroles.
Croire n'est pas une névrose, mais au contraire un acte qui sollicite notre pleine santé.
Jésus rend à la vie et à leurs responsabilités ceux qui recouvrent leur humanité à son contact.
Il ne méprise ni dévalorise pour autant, les techniques médicales de son époque.
Nous aurions grand tort de mépriser celles d'aujourd'hui.
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La meilleure connaissance des mécanismes de notre inconscient est une grande conquête de ce siècle.
Il ne faut pas la dévaloriser par une erreur de perspective.
Il y a des angoisses nécessaires qui débouchent sur la créativité.
D'autres détruisent les forces vives de l'individu.
Psychothérapies et psychanalyse tentent d'analyser en détail ces angoisses destructrices.
Une démarche volontaire aide la "mise en mots" des émotions et des sensations.
L'individu peut alors prendre conscience des choses qui l'écrasent.
Retrouver une identité vraie et un jugement sain.
Les psychothérapies aident, par leurs approches, à repérer les dysfonctionnements de notre identité.
La psychanalyse fait le même travail au niveau des sédiments plus profonds.
Démarche assumée par l'individu qui l'entreprend.
Retrouvant le sens de son histoire, il retrouve aussi son chemin.
Neuro-biologie et psychiatrie recourent à des thérapies médicamenteuses.
Infiniment délicates, mais en constants progrès, elles apportent leur contribution au traitement de pathologies psychiques.
Aujourd'hui, plus qu'hier, le désespoir absolu des maladies mentales peut être aidé.
Françoise Dolto décrit en ces mots l'action de Jésus :
"Par des voies mystérieuses, imprévisibles et illogiques, Jésus - l'éveillé - entraîne chacun au pur amour, par qui tout est liberté ". ( Note 2 )
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Croire n'est pas une névrose, mais un acte qui nous relève et nous rend la liberté.
N'attendons donc pas des traitements psychiques, autre chose que ce qu'ils peuvent apporter.
Accepter le risque de croire, malgré nos doutes, c'est placer notre espérance au-delà de l'acte médical.
Ni le refuser bien sur, ni le diviniser.
Accueillir pleinement l'espérance de la vie, au lieu de porter nos psychismes comme une fatalité.
Croire malgré ses doutes en ce domaine c'est accueillir la vie, et non marcher courbé sous le poids de notre passé.
......
Il est bien d'autres domaines encore dans lesquels nous pouvons aussi régresser, fuir le risque de croire.
La crispation sur une identité reliée au seul passé, ou à des principes figés... est l'un d'entre eux.
L'actualité nous en renvoie des images dramatiques.
Sous son apparente assurance... cette attitude ne cache-t-elle pas une manière de douter de Dieu ?
Comme s'il était absent aujourd'hui d'une histoire qu'il a suscitée hier...
L'intégrisme, le fondamentalisme donnent un peu cette image d'une foi... aux yeux fermés.
Toutes les religions en courent le risque.
Toutes y cèdent, plus ou moins.
La crispation du christianisme, on le comprendra, est celle qui me préoccupe le plus.
Le traditionalisme un peu anachronique d'une partie du catholicisme. La frilosité d'une bonne partie de l'orthodoxie à l'Est de l'Europe, préoccupent à juste titre les responsables de ces communautés.
Mais le protestantisme lui-même n'échappe pas à la tentation d'un certain repli identitaire.
Il est pourtant contraire à toute notre tradition.
Quand nous attachons plus d'importance aux : "valeurs protestantes"... qu'à l'évangile.
Quand nous confondons le texte de l'Écriture... avec la Parole vivante de Dieu.
Quand notre mémoire s'arrête au seizième siècle... au lieu de s'enraciner à Pentecôte.
Quand nous nous définissons comme définitivement réformés... et si peu réformables aujourd'hui.
Il me semble que nous démissionnons, que nous régressons.
La vocation des Réformateurs était de réformer toute l'église.
Le travail est en cours... Il n'est pas achevé.
En cette fin de millénaire il est temps de reprendre notre part à cette réforme en marche dans toute l'église.
Croire malgré nos doutes que Dieu est à l'oeuvre, même en dehors de nos frontières immédiates.
N'est-ce pas ce que Jésus lui-même a fait, à l'appel de cette femme ?
......
Cheminer dans la foi, sans occulter pour autant nos questions...
Le mouvement qui a suscité les Écritures et les a portées jusqu'à nous, n'est-il pas lui-même de cet ordre ?
Un événement s'est produit un jour quelque part :
- Jésus ressuscité vient à la rencontre de Thomas.
- La Syro-Phénicienne devance Jésus, par une foi qui le pousse à étendre son amour au monde entier.
Nous n'étions pas présents à la scène.
Nous n'en avons aucune perception directe.
Il se trouve cependant que le choc a été suffisamment fort pour que les disciples continuent à en parler entre eux.
Ils ne peuvent effacer ces souvenirs de leur mémoire.
Quand ils témoigneront de ce Jésus, ils ne pourront faire autrement que d'évoquer ces moments.
Leurs auditeurs en seront frappés à leur tour.
Lorsque viendra le temps de la mémoire écrite - quelques décennies plus tard - le récit de l'événement et les remous suscités par lui vont se mêler étroitement.
Les communautés de la première église se les transmettront.
La mémoire essentielle s'y forgera petit à petit.
Le Nouveau Testament la recueillera.
Lorsque nous ouvrons les Écritures aujourd'hui... nous sommes en présence de la mémoire de l'événement et des remous suscités par lui.
Les témoins nous renvoient à un événement qui les a interpellés... une question.
Cet événement leur a fait prendre le risque de croire, et ils l'affirment clairement.
Pas plus que la leur, notre foi ne peut être une foi sans questions.
Pas moins que dans la leur, ces questions ne peuvent nous dispenser du risque de croire.
......
Dès lors est il vraiment nécessaire, d'égrener la cantilène des nostalgies de notre époque.
Même si "elle n'est plus ce qu'elle était... " pour le dire avec Simone Signoret, la nostalgie n'est jamais qu'un soupir, un clin d'oeil au passé.
Les personnes rencontrées par Jésus au long de son parcours ne sont pas des rêveurs attardés.
Pas plus ne sont-ils d'ailleurs des nostalgiques d'une aventure passée.
La rencontre de Jésus a fait basculer leur échelle de valeur de manière durable.
Leur humanité, bien que toujours fragile, s'est ré-investie avec détermination.
Ils ont su se dépasser eux mêmes.
Malgré leurs doutes, ils ont osé croire.
Ils sont devenus des marcheurs d'espérance.
Judas, Pilate sont restés sur le bord du chemin, avec leurs doutes.
Mais : Marie, Nicodème, la Samaritaine, Jaïrus, Marthe...
Thomas... peut être jusqu'en Inde,
et la Syro-Phénicienne qui entraîne Jésus avec elle !
Tous ont osé croire, malgré leurs doutes.
......
Nous approchons de la semaine sainte.
Du terme de cette aventure nous allons faire mémoire.
Les personnages de la Bible sont là devant nous comme un appel, comme des témoins.
Ils cheminaient dans la peine, dans le souci du quotidien.
Un jour... l'espérance a croisé leur route.
Ils l'ont reconnue.
Ils l'ont dit.
Ils l'ont écrit pour nous
Ni manipulation, ni contraintes dans leurs regards.
Hommes et femmes libres.
Ils ont cru, c'est pourquoi ils ont parlé.
L'apôtre Paul, malmené, critiqué, épuisé,
lancera le même cri à ses paroissiens de Corinthe :
" J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé". (2 Cor.4 v. 13)
......
Samedi prochain nous ouvrirons la fenêtre à cette lumière qu'ils ont vu se lever, avec l'aube de Pâques. (Voir prédication N° 6 )
Seigneur,
L'Écriture atteste que tu as visité cette terre.
Notre histoire reste marquée par l'empreinte de ton passage.
Mais le vent a si vite fait d'en effacer les traces...
que nos doutes réapparaissent à chaque instant.
Toi qui t'es laissé bousculer par cette femme de Syrie,
tu ne peux rester sourd à nos appels ?
Comme tu le fis pour Thomas,
reviens à notre rencontre.
A nous qui ne t'avons pas vu
Donne le bonheur de croire !
1) Luther, et aujourd'hui à sa suite : L. Simon, Ch. L'Eplattenier, J. Hervieux, etc...
2) Fr. Dolto et G. Stevens : "La foi au risque de la Psychanalyse" (J.P. Delarge 1981)