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Prédication de Carême par le Pasteur Michel WAGNER, Biographie
Eglise réformée de France,
diffusion le 21 Mars 1998 à 18 heure par "France Culture"


Oser croire !


Croire face à la mort


Jaïrus, le père angoissé de la fillette en agonie
et les deux soeurs en deuil de leur frère, Lazare.

(Luc 8 v. 40 à 56 et Jean 11 v. 1 à 44 )

Croire, face à la mort.

On ne triche pas avec la mort.
Ceux qui ont vu s'effacer le regard d'un être aimé, senti le froid gagner la main tendue le savent bien.

Devant la mort, l'acte de croire en est réduit à sa plus totale nudité.
Le croyant est alors dépouillé de toutes ses illusions.

Le scandale de la mort pèse de tout son poids.
Il inscrit une déchirure qui impose le silence.

Il n'est que de voir la crainte révérencieuse dont elle est entourée, même dans l'agitation de notre monde.
Il s'agit de la grande remise en question.
Nul ne peut s'en dire à l'abri.

Bien sûr, il est des morts qualifiées de délivrances.
Celles qui mettent un terme à d'indicibles souffrances que la médecine peine à soulager.
Celles encore qui rompent le long fil de ces existences mystérieuses, que l'on dit pudiquement désorientées, et dont la communication est devenue difficile avec leur entourage.

Il est aussi des morts de vieillesse, que l'on serait tenté d'appeler : "naturelles".
Celles qui interviennent au terme d'une longue vie.
La Bible dit de certains patriarches, qu'ils moururent :" rassasiés de jours ". (Genèse 25 v.8)
Au fait, qui était rassasié de jours, eux... ou leurs proches fatigués d'eux ?

Mais il y a des morts inacceptables.
De ces morts qui lèvent nos révoltes les plus profondes.
La mort d'un enfant... d'un jeune en pleine éclosion de vie.
Morts inacceptables : Buchenwald, Bosnie, Rwanda, Algérie... images dont on ne peut se détacher, même quand elles ont quitté l'écran.

Il y a aussi ces vies fauchées brutalement par une catastrophe inattendue, un accident...
Je pense à ce jeune couple, rentrant d'un voyage professionnel aux États Unis.
Tout au bonheur de ses vingt ans, pour célébrer son mariage dans la joie familiale.
Une seconde, un éclair dans le ciel, et le Boeing de la T.W.A. qui les ramenait a disparu des écrans de contrôle...
Sonnerie du téléphone en pleine nuit, chez les parents... Disparus... et avec tant d'autres !
......

Nos faire-part ne disent-ils pas souvent : "ravi à l'affection des siens ! "...
C'est bien de cela qu'il s'agit : vies fauchées par quelque sinistre moissonneur... vies volées !

La médecine, elle même, a du mal à cerner le mystère de la mort :
Mort apparente, encéphalogramme plat, traces perdues des vibrations de vie.
" L'état de décès parait réel et constant " dit laconiquement le constat médical. ( Note 1 )

De tous temps, au long de l'histoire, les civilisations ont tenté d'apprivoiser la mort, de la rendre "acceptable".


La haute civilisation égyptienne apportait grands soins à préparer ce dernier voyage.
Encore fallait-il être Pharaon, ou noble, pour s'en offrir le luxe.
Qui n'a souvenir de ces sarcophages, de ces momies embaumées, de ces provisions et richesses déposées dans les pyramides ?

La mémoire du peuple juif, restera marquée par ces pratiques, côtoyées durant les années de captivité.
Au matin de Pâques, les femmes viendront pour embaumer le corps de Jésus.

Mais notre époque n'est pas en reste... Salons funéraires, musiques douces, déploiement de fleurs, les rites tentent à leur manière d'apprivoiser la douleur.

Faire le deuil, accomplir le travail de deuil, ne sont pas des expressions vaines.
Avec l'écoulement du temps, la souffrance nous fait intérioriser notre mort à venir.
Silence et absence font leur place dans l'agitation de nos vies.

Avant d'entrer lui-même dans sa mort, de vivre jusqu'à son terme l'abandon de Dieu, Jésus côtoie souvent la mort.
......

Un jour il s'agit d'une enfant, une fillette de douze ans qui agonise sous le regard impuissant de ses parents. ( Luc 8 v. 40 à 55)
Elle est fille unique. Son père : Jaïrus a beau être le chef de la synagogue - un croyant reconnu - il n'est là qu'un père désemparé.
Il court dans les rues appeler au secours ce Jésus, qui n'a pourtant pas bonne réputation.
Jésus le suit aussitôt, malgré la foule qui le presse... et s'efforce d'en obtenir des miracles.

Quand enfin ils atteignent la maison... c'est trop tard.
- " N'importune pas le maître " lui disent charitablement ses bons amis. Tout est fini...

Fini... voire !

Jésus franchit les rites du deuil qui ont déjà commencé: lamentations, pleurs, cris !
Dans la chambre il ne veut que les parents, et les trois plus proches de ses disciples.
Pas de photographes, pas de curieux. Le "sensationnel" n'a pas sa place ici.

La foi seulement.

Face à tous les scepticismes, toutes les résignations, Jésus va manifester ce pourquoi il est venu :
- " Ne pleurez pas, elle n'est pas morte, elle dort.".

Prenant alors la main de la fillette il s'adresse à elle :
-" Mon enfant, réveille toi ".
Le texte grec dit même : ressuscite ! Ce mot signifie relève toi.

Le récit de Luc poursuit alors :
- " Son esprit revint, elle se leva à l'instant même et il recommanda de lui donner à manger. Ses parents étaient bouleversés... mais il leur ordonna de n'en rien dire à personne.".
......

Que s'est-il passé ?
Erreur de diagnostic, elle n'était pas vraiment morte... retour à la vie ?
Le texte ne dit rien de plus.
Toutes les lectures sont possibles, sauf d'effacer que la parole de Jésus a ouvert un horizon inattendu.
L'avenir de cette enfant, c'est la vie... N'oubliez surtout pas de lui donner à manger.

Comme Françoise Dolto, le psychanalyste - et théologien contesté - : Eugen Drewermann suggère que la fillette - elle atteint l'âge de l'adolescence - est captive de l'amour possessif de ses parents. (Note 2 )
Jésus va l'en délivrer. Elle passe ainsi de la mort à la vie.
Elle passe du monde de la résignation, à celui de la liberté retrouvée. Ses parents aussi.

Lecture possible également.


Le propre des textes bibliques, des actes et des paroles de Jésus, n'est-il pas de nous accompagner jusqu'à ce seuil... où nous osons prendre le risque de croire.

La mort frappe aussi Jésus parmi ses proches.

Lazare, son ami de Béthanie, vient de mourir ( Jean 11 v. 1 à 54).
Ce foyer qui l'a souvent accueilli est à son tour plongé dans le deuil.
Quatre jours s'écouleront, avant que Jésus n'arrive jusque là.

l lui faudra surmonter la crainte de ses disciples :
-" Tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu veux retourner là bas...". ( v. 8)

Le scepticisme de Thomas, l'un d'entre eux ...
-" Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui.". ( v.16)

La parole de Jésus retentit à nouveau :
-" Notre ami Lazare s'est endormi, mais je vais aller le réveiller " (v. 11)
Autre mot utilisé ici, pour désigner le retour à la vie.

Il y a foule à Béthanie. Jérusalem n'est qu'à trois kilomètres.
Les condoléances affluent auprès des deux soeurs en deuil : Marthe et Marie.

Jésus arrive... Marthe court au devant de lui :
-" Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort...". (v. 21 et ss.)
Marie arrive sur ses talons... et répète la même phrase.

Elles connaissaient Jésus.
Elles avaient pris le risque de croire en Lui...
Le malheur s'est abattu sur elles.

Marthe espère pourtant l'impossible :
- " Maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera ".

Sa foi provoque Jésus :
- " Ton frère ressuscitera ".

Elle récite alors son catéchisme : Oui, je sais, il ressuscitera... au dernier jour.
- " Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi vivra, même s'il est mort. ".
......

" Je suis..."
Sommes nous dans un conte de fées ?
Ce qu'il est convenu d'appeler "miracle" dans l'Écriture n'est pas de l'ordre du "merveilleux".
C'est un acte porteur d'un sens.
......

Jésus frémit intérieurement :
-"Où l'avez vous déposé ? ".
On le conduit au tombeau, on roule la pierre... Attention il y a déjà quatre jours, il doit sentir...

Jésus pleure.
Il est lui-même face au défi de croire que Dieu va l'écouter.
Il prie en tremblant...
Il croit en l'exaucement, et s'écrie d'une voix forte :
- "Lazare sors !"

Lazare parait, empêtré dans son linceul...
A nouveau, souci de la vie :
-" Déliez-le, et laissez le aller !".
......

Mais là où nous atteignons le coeur du mystère, c'est que Jésus lui-même, Jésus qui annonce et suscite la vie... va lui-même entrer dans la mort.


Non une mort simulée. Une mort dûment constatée.
Constatée par le détachement chargé de l'exécution :
-" Arrivés à Jésus, ils constatèrent qu'il était déjà mort, et ne lui brisèrent pas les jambes.". (Jean 19 v. 23)

Une mort confessée :
-" Il est mort, il a été enseveli, il est descendu au séjour des morts." (Note 3 )
......

La foi chrétienne s'épuisera en essai d'explications de ce fait incontournable : " Dieu mort, en Jésus Christ ". ( Note 4 )
Le sens libérateur du sacrifice dans la foi juive, nourrira la réflexion naissante des chrétiens sur une mort expiatoire.
" Mort pour nos péchés ", mort parce que Dieu ne peut faire sienne notre atteinte à sa création, nos gaspillages de vie. (1 Cor. 15 v. 3)

Toujours est-il que la visite de Dieu sur terre est une visite qui assume, s'approprie jusqu'à la mort elle-même.
- " Il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix.",
chante l'une des hymnes, parmi les plus anciennes, du Nouveau Testament. (Phil. 2 v. 8)
......

Un tableau de Hans Holbein, conservé au musée de Bâle, le dit avec une force rarement égalée.
Il représente Jésus mort, étendu.
Un cadre en forme de cercueil l'enserre étroitement.
L'histoire raconte qu'il le peignit à la morgue, à la lueur d'une seule bougie.
Il était face au cadavre d'un juif qu'on avait trouvé noyé dans le Rhin. ( Note 5 )

Ni enluminures, ni dolorisme : le fait brut : Jésus mort.
Le centre de la foi chrétienne... Celui qu'il faut oser regarder en face.
......

Cette réalité est tellement troublante, que là aussi on tentera toujours de l'atténuer.
Quand l'apôtre Paul essayera de parler de résurrection aux Athéniens... ils s'esclafferont et lui feront comprendre qu'ils n'ont pas de temps à perdre. (Actes 17 v. 32)

Non ! Dans le monde grec, formé par la philosophie stoïcienne, l'âme ne peut mourir.
Il est en nous quelque chose d'immortel, quelque chose de noble qui n'est pas comme notre corps charnel.
La résurrection, non mais... à d'autres !

Les Grecs ont d'ailleurs mieux évangélisé, mieux "vendu" - si je puis dire - leurs croyances au monde occidental, que les disciples du Christ.

La Bible en effet ne parle nulle part d'âme immortelle.
C'est une perspective inimaginable pour un croyant juif.
Il sait que l'homme façonné de la terre ne vit que du souffle de Dieu et ne pourrait reprendre vie que de ce souffle.

Le retour à la vie, est une perspective dont il ne prendra conscience que peu à peu.
Il faudra la longue épreuve de la déportation à Babylone, la perspective de la mort de leur peuple, pour qu'eIle se fasse jour.

Le souffle rauque des prophètes y contribuera :
- Ezechiel prophétisant le retour à la vie de l'armée des ossements desséchés dans la plaine aride. (Ezechiel 37 v. 1 à 14)
- Job clamant contre toute évidence qu'un jour, il verra face à face son défenseur. (Job 19 v. 19 à 25)

Et encore... au temps de Jésus cela reste-t-il âprement débattu (Mat 22 v. 23 à 33 et parallèles dans Marc12 et Luc 20) ... et même aujourd'hui.
......


Il est une autre échappatoire à l'angoisse de la mort.
Elle a cours en d'autres civilisations.
Elle a ses adeptes chez nous aussi : la ré-incarnation.
Puisqu'il est inacceptable que je disparaisse, il faudra bien que je ré-apparaisse sous une autre forme... Sous l'apparence d'un être différent : personne, animal ou arbre.


Faut il préciser qu'une telle perspective est totalement étrangère aux témoignages bibliques ?
L'unicité de chaque personne humaine y est au contraire constamment soulignée.
......

Il ne faut pas s'indigner de ces tentatives.
Elles assument notre douleur. Elles cachent nos angoisses.

Malheureusement... elles masquent en même temps la seule véritable espérance : celle que l'évangile atteste : notre résurrection !

Combien de Grecs aujourd'hui, parmi les chrétiens ?
L'incroyable nouvelle de la résurrection, dont Jésus est l'annonciateur et le premier témoin, est une nouvelle qui déstabilise au premier abord. C'est l'irruption d'un autre monde dans le nôtre.

J'y reviendrai lors de notre dernier entretien. (Voir prédication N° 6 )

Le fait que Jésus soit entré dans la mort a-t-il quelque chose à voir avec notre mort, avec notre regard sur la mort ?

Assurément !
La mort elle-même n'échappe pas au regard de Dieu.

Christ a investi pour nous le royaume des morts :
- " Il est descendu au séjour des morts." , affirme le symbole des apôtres.
......

Il est dans le cheminement de la vie humaine divers rendez vous, où la question de la mort se fait plus insistante :

- Déjà, avant que la vie n'apparaisse, la menace de la mort est là.
- Lorsque son heure approche.
- Enfin, lorsqu'elle a sonné.
......


1) La mort rôde, avant même que la vie n'apparaisse :

Les avancées médicales de ces dernières décennies ont considérablement fait progresser notre connaissance de la vie avant la naissance.
Elles ont offert aux couples les moyens de maîtriser de manière responsable la constitution de leur famille.
Elles ont augmenté les chances, pour les couples menacés de stérilité, de la surmonter.

Ces avancées médicales ne sont cependant pas allées sans poser de nouveaux problèmes éthiques.
La procréation médicalement assistée, par exemple, ouvre elle même nombre d'interrogations.
Les hommes et femmes de la Bible n'apportent pas de réponses toutes faites à toutes ces questions.
......

On voit mieux aujourd'hui que ce mystère de la vie ne peut être enfermé dans de seuls critères cliniques ou biologiques. Une certaine scolastique en a montré les limites. Il faut bien, avec l'Écriture, tenter de rejoindre existentiellement la détresse, pour y manifester la compassion de Dieu.

Nombreux sont, même parmi nos frères catholiques, ceux qui s'interrogent en ce domaine.

La distinction entre méthodes dites naturelles et méthodes artificielles en matière de procréation tient elle encore ?
Les théologiens catholiques en débattent.

Et dans les cas d'extrême détresse : maternité à très haut risque pour la mère, pronostics graves sur la viabilité de l'enfant, viols d'adolescentes...
Entre la vie de la mère et celle de l'enfant à venir, un critère unique peut-il tout résoudre et dans tous les cas ?
En éthique de détresse, n'est-il pas place pour une recherche avec ces femmes, en équipe pluri-disciplinaire ?
Il leur faut cette proximité affectueuse et éclairée, pour que leur responsabilité puisse s'exercer.
......

Les progrès des nouvelles techniques médicales ouvrent également de nouvelles questions.
Celle des dons d'organes, par exemple.
Le législateur a dû s'en préoccuper pour que le droit encadre ces progrès, tout en évitant les débordements.

La conscience chrétienne est ici interrogée ?
S'agit-il d'une nouvelle possibilité d'aimer son prochain en prolongeant sa vie ?
Beaucoup de chrétiens le pensent.
Encore faut-il y avoir réfléchi suffisamment à l'avance et en connaissance de cause.
Il vaut mieux ne pas être pris au dépourvu, lorsque le cas se présente, en urgence bien sûr, et à propos d'un proche.

Mais les portes que la science ouvre devant nous, ne laissent pas entrer... que des espoirs nouveaux.
Les manipulations, dont l'homme devient capable : clones, expérimentations... comportent nombre de risques de porter atteinte au mystère de la vie, sans en mesurer les conséquences.
Même en vue de faire reculer la mort, des questions nouvelles ne cessent d'assaillir nos consciences.

Chercheurs, responsables de la santé publique, gardiens du droit sont ensemble interpellés.
Les croyants ne peuvent se dérober à la recherche de ces nouvelles responsabilités.
......


2) Autre interrogation... lorsqu'à vue humaine la mort se fait toute proche. Comment accompagner les mourants ?

Certains considèrent la souffrance comme une punition.
Il fût même un temps où elle était considérée comme rédemptrice.
Méprise... Seule, celle du Christ l'a été.

Notre pays apprend tardivement à soulager les douleurs inutiles, à accompagner dans leur dernière étape ceux qui approchent du terme.
La présence des êtres proches et d'une équipe soignante attentive est ici aussi importante qu'un traitement médical approprié.

J'ai écouté, avant d'en parler ici, l'expérience de l'équipe des soins palliatifs à l'hôpital de nos soeurs diaconesses. ( Note 6 )

Médecin, psychologue, infirmières, aide-soignantes, soeur, aumônier ont été unanimes pour en témoigner.
En ces jours derniers d'une vie le partage est essentiel.
Il rend visible ce que la prière exprime pour les croyants.

La confiance qui se tisse entre : le malade, ses proches, les membres de l'équipe soignante, leur parait aussi essentielle que les médicaments. L'efficacité de ces derniers s'en trouve multipliée.

Seul, on est confronté à l'impossible... ceux qui soignent comme les autres.
Autour du mourant on peut encore partager la vie et recevoir les uns des autres jusqu'au dernier moment.


Le mourant lui-même apporte à ceux qui l'entourent.


Quand on songe à tous ces drames : massacres, génocides, où chacun est laissé seul face à la mort...
Quel appel à ne pas déserter le dernier accompagnement, lorsqu'il est possible.


3) Dernière interrogation : Quand la mort a sonné. Que dire à propos des services funèbres ?

Lorsqu'est arrivé le terme... Lorsque les proches restent là avec leur douleur et leurs questions... la communauté croyante ne peut-elle que garder le silence avec eux ?

Les Églises de la Réforme ont été longues à célébrer des offices, dits enterrements.
Peur de méprises...

Peur de laisser croire qu'un rite est nécessaire, pour aider le disparu à franchir le seuil.
Peur de laisser croire qu'en cette heure on peut ajouter quoi que ce soit, à la seule Grâce de Dieu ?

Il est vrai... à lire les éloges funèbres dont la presse renvoie les échos lors de morts célèbres, on se demande pourquoi notre monde n'est pas plus proche du paradis !

L'heure dernière n'est pas d'abord celle des éloges.
Céder aux hypocrisies posthumes est encore une manière d'escamoter la mort.

Elle doit être le moment où se manifeste l'affectueuse présence des amis...
En ces moments particulièrement difficiles que sont la fermeture du cercueil, puis celle de la tombe.
La douleur fait cheminer en nous le deuil.

C'est pourquoi la Grâce seule a sa place ici.
Dieu est un Dieu qui fait miséricorde.
Toute autre consolation serait illusoire, à ceux que le deuil met à vif.
.....

Mais la grâce s'accueille ensemble à plusieurs.

Qu'elle ait lieu avant ou après l'inhumation proprement dite, la célébration est là non pour nier la mort.
Elle est le moment d'affirmer qu'elle n'aura pas le dernier mot.
Face à la mort, Dieu a souverainement réaffirmé la vie.

Dans la communauté croyante, la prière et la reconnaissance des proches ouvrent sur l'avenir.
La reconnaissance pour les dons de Dieu à travers une vie a sa place ici.
Le partage, dans le dépassement de l'absurde aussi.

J'ai fait allusion au début à la disparition de ce jeune couple ami, dans l'accident du Boeing de la T.W.A.
La célébration voulue ultérieurement par les parents, a été un moment d'intense communion oecuménique dans le chagrin, mais aussi l'espérance... et avec eux.
......

Il faut dire ici un mot de ce que l'on appelle : " la communion des saints".

Les hommes et femmes de la Bible mettent solennellement en garde contre toute communication mystérieuse avec les morts, sous quelque forme que ce soit. C'est une impasse.

Par contre, ils affirment clairement que la mort ne peut mettre fin à la communion dans l'espérance.

L'apôtre Paul fait même allusion - et sans la critiquer - à une curieuse pratique des chrétiens de Corinthe.
Ils se faisaient baptiser : "pour les morts ". (1 Cor. 15 v. 29)
Probablement pour leurs proches, qui n'avaient pu connaître l'évangile avant de mourir.

Les églises primitives avaient l'habitude d'évoquer, au moment du partage eucharistique, le nom des fidèles qui leur avaient été enlevés par le martyr...
Mémoire reconnaissante... prolongement d'une communion dans l'espérance.
......


La Réforme est toujours restée réservée envers un rôle d'intermédiaires, d'intercesseurs, que les croyants qui nous ont devancés pourraient jouer à notre égard.

"Christ, notre grand prêtre a traversé le voile, il nous a précédés..." , dit la lettre aux Hébreux. (Hebr. 9 v. 12 et 10 v. 20)


La foi des protestants s'en tient là.

Mais la communion des saints conserve pour eux toute sa réalité.
Le symbole des apôtres le rappelle :
- " Je crois la communion des saints ".

L'église de la terre n'est pas séparée de celle qui l'a précédée au cours des siècles, dans l'attente du Royaume.
C'est dans cette espérance, et non dans la désolation de tombes - elles mêmes rejoindront un jour la poussière - que nous pouvons penser à ceux qui nous ont quittés.

Un regard d'espérance peut accompagner celui que nous posons sur leurs photos, dans notre cadre de vie.
......

Oser croire, face à la mort...

C'est la regarder en face comme un ennemi... mais, comme dit l'Apôtre Paul, un ennemi déjà vaincu.
C'est croire qu'elle n'aura pas le dernier mot.


Seigneur,

Les tombes jalonnent nos routes.
Le souvenir de nos disparus nous poursuit.

Ne nous laisse pas errer parmi nos chimères,
ou ensevelir l'espérance.

Comme dans la maison de Jaïrus et celle de Lazare...

Ouvre les fenêtres de la vie sur notre avenir !

Origine des citations :

1) Libellé officiel d'un constat de décès
2) Eugen Drewermann : "L'évangile des femmes" (Le Seuil 1996)
3) Symbole des Apôtres
4) Jean Cardonnel et divers : "Dieu est mort en Jésus Christ" (Ducros éditeur Bordeaux 1968)
5) Kunstmuseum Basel : Hans Holbein "Der Leichman Christi"
6) Hôpital Claire Demeure : 10 Rue de la Porte de Buc 78000 Versailles

* * *



-Origine des citations :

1) Libellé officiel d'un constat de décès
2) Eugen Drewermann : "L'évangile des femmes" (Le Seuil 1996)
3) Symbole des Apôtres
4) Jean Cardonnel et divers : "Dieu est mort en Jésus Christ" (Ducros éditeur Bordeaux 1968)
5) Kunstmuseum Basel : Hans Holbein "Der Leichman Christi"
6) Hôpital Claire Demeure : 10 Rue de la Porte de Buc 78000 Versailles



- Les citations musicales entrecoupant cette prédication étaient tirées de la marche de Purcell intitulée : "The Queen's dolour" interprétée à l'orgue accompagné d'une trompette.

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- Pour consulter une autre prédication (après sa date de diffusion) de cette même année :
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