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Prédication de Carême par le Pasteur Michel WAGNER,
Eglise réformée de France,
diffusion le 7 Mars 1998 à 18 heure par "France Culture"


Oser croire !


Croire avec intelligence


Nicodème, le lettré prudent séduit par Jésus
et la Samaritaine qui trouve le Messie sans l'avoir cherché

(Jean 3 v.1 ý 13 et 4 v.1 ý 42)

Croire avec intelligence.

Faut-il même poser la question ?
La réponse ne va-t-elle pas de soi ?
L'acte de croire priverait-il l'homme de ses facultés ?
Ou bien au contraire, serait-il réservé à ceux qui ont un quotient intellectuel suffisant ?

A en croire les débats passionnés que le couple : science et foi a suscités tout au long de l'histoire,
la réponse n'est peut-être pas aussi simple qu'on l'imagine.
Foi et raison n'ont pas toujours cohabité pacifiquement

Il est des rationalistes irréductibles, qui considèrent l'acte de croire comme une aliénation.
Certains se reconnaissent plutôt dans l'adage :
"Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup de science y ramène...".
D'autres encore pencheront pour le "pari" de Pascal.

L'acte de croire n'a cessé d'intriguer.

Cette interrogation est d'ailleurs loin d'avoir été une question pour ceux-là seulement qui la considèrent de l'extérieur. Les croyants - et les croyants chrétiens - n'ont cessé de s'interroger eux-mêmes à son sujet.

Au 12ƒ siècle, Saint Anselme, abbé du Bec Héllouin en Normandie,
devenu par la suite Archevêque de Cantorbery disait :
" Peu me sert de comprendre pourquoi... je crois pour comprendre...". ( Note 1 )

Mais il me faut sans doute préciser le contenu donné ici à la notion d'intelligence.
Ce mot, qui vient du latin, désigne l'acte de comprendre.
La racine dont il provient signifie : démêler, reconnaître les traces.
Inter-legere : lire au travers ... au travers des choses de la vie commente Patrice de la Tour du Pin.

Or il existe de multiples formes d'intelligence.
On a que trop tendance à privilégier sa seule dimension rationnelle.
Pourquoi laisser dans l'ombre ce qu'on appelle l'intelligence du coeur.
Les sciences humaines nous ont aujourd'hui appris à mieux comprendre son fonctionnement.
La sagesse des "anciens", pétrie de l'expérience accumulée par l'observation, ne serait-elle pas intelligence, elle aussi ?
Y a-t-il une forme plus masculine et une forme plus féminine de l'intelligence ?

S'interroger honnêtement sur le rôle de l'intelligence dans l'acte de croire, implique d'aborder dans son sens le plus large, la quête du sens... la recherche de la compréhension.

Croire avec intelligence.
Les hommes et femmes de la Bible ont-ils eu recours à leur intelligence ?
Si oui à quelle sorte d'intelligence, pour déchiffrer l'énigme de cet homme : Jésus, qu'ils ont rencontré ?
...........

Nous allons tenter d'en approcher deux, très différents :

- un juif lettré... un docteur en théologie en quelque sorte nommé Nicodème, qui vient interroger Jésus en cachette.

- et une femme de la campagne de Samarie... qui tombe par hasard sur Jésus en allant puiser de l'eau.


Nicodème, ce notable juif contemporain de Jésus, est intéressant à plus d'un titre.
Il intervient à trois reprises dans l'évangile de Jean :
- une première rencontre nocturne avec Jésus, dont nous allons parler (Jean 3 v. 1 à 13).

- lors d'un débat animé entre responsables juifs de haut niveau sur la nécessité - ou non - d'arrêter ce gêneur qui entraîne le peuple. Il prend alors la défense de Jésus en rappelant le droit : pas d'arrestation arbitraire, ni sans motifs (Jean 7 v. 50 à 52).

- enfin à la mort de Jésus. C'est lui qui apporte des aromates pour embaumer le corps.
Il faut un ensevelissement rapide, juste avant que le shabat ne commence (Jean 19 v. 39).

Pour que sa présence ait été ainsi notée et rapportée... c'est sans doute qu'elle a été jugée significative. Elle nous empêche de donner crédit à une tendance qui n'est que trop répandue parmi les chrétiens. Condamner en bloc tous les responsables juifs de l'époque - si ce n'est même le peuple juif tout entier - comme hostiles à Jésus.

La période vraisemblable de rédaction de cet évangile, soit un peu avant la fin du premier siècle, donne encore plus d'importance à sa mention.
On est en effet à la veille de la rupture consommée entre les synagogues et les communautés chrétiennes naissantes. Elles avaient jusque là vécu en leur sein ou tout au moins proches d'elles.

Nicodème pourrait bien être le symbole de ces "justes" qui ne se sont pas associés à la condamnation de Jésus, et sont restés ouverts et interpellés par son message.

Quoi qu'il en soit, laissons d'abord parler le récit de l'évangile de Jean (Jean 3 v. 1 à 13)

Le rédacteur précise tout de suite que la visite de ce lettré, de ce sage versé dans la connaissance des Écritures, a lieu de nuit.
Désir de discrétion... peur de se compromettre ouvertement dans une Jérusalem où les rumeurs devaient circuler vite... volonté de se faire sa propre idée dans un entretien en tête-à-tête !
Peut-être un peu de tout cela à la fois...

Nicodème ouvre l'entretien :
" Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais, si Dieu n'est pas avec lui.".

A quoi Jésus répond :
"En vérité, à moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu .".

A son tour Nicodème :
" Comment un homme pourrait-il naître de nouveau s'il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? ".

Réponse de Jésus :
" Nul s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est de l'Esprit est esprit " .

Langage un peu hermétique aujourd'hui, que ce dialogue du premier siècle.
Chair... Esprit, de quoi parlent-ils exactement ?

Et qu'en est-il de l'intelligence dans leur discussion ?
......

Dans la langue biblique le mot chair désigne la réalité humaine dans toutes ses dimensions, pas seulement sa dimension sexuée, ni uniquement biologique.

La mention de l'Esprit - surtout telle qu'utilisée ici par l'apôtre Jean - signifie que l'acte s'il se passe bien en l'homme et si intelligent soit-il, n'a pas son origine en lui.
Il ne peut résulter des seules forces conscientes et inconscientes qui l'habitent.

- Notre savoir, notre tradition, notre culture, dit Nicodème à Jésus, ont des clignotants qui s'allument lorsque tu parles et agis...

- Peut-être... répond Jésus, mais pour en comprendre le sens, il te faut comme une nouvelle venue au monde. Un surgissement qui t'ouvre une intelligence nouvelle, un nouveau regard sur toi-même et sur le monde.

" Renouvellement de l'intelligence" dira l'apôtre Paul (Romains 12 v. 2).
"Croire pour comprendre " commentera Saint Anselme. ( Note 1 )
..............

Peut-être touchons nous ici, un premier élément de réponse à notre interrogation ?

Croire est un acte intelligible qui se passe bien en l'homme. Un acte responsable de sa part, comme le cri primal d'une liberté retrouvée... mais dont l'origine lui est extérieure.
Une fenêtre soudain ouverte sur une vision différente du réel.
Un changement fondamental des valeurs.

Si par cet "extérieur", nous entendions ce qui échappe en bonne partie à la rationalité de notre intelligence : nos émotions, notre affectivité. Ou bien encore ce que nous nommons le hasard, d'autres la voyance, nous resterions, comme Nicodème, encore étrangers à ce que Jésus veut nous faire comprendre.

Oser croire ce que Jésus dit, c'est nous ouvrir à une parole, intelligible certes, mobilisant assurément notre compréhension, mais qui nous vient d'un autre, et d'un ailleurs.

"Si vous ne croyez pas, lorsque je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous si je vous disais les choses du ciel ? " (Jean 4 v. 12)
dira peu après Jésus à Nicodème.
......

Peut-on franchir encore un pas et dire que l'acte de croire prend naissance avec l'audition de la parole de ce Jésus. Il a parlé sur notre terre, dans notre histoire, et de notre histoire.

Poursuivant son entretien avec Nicodème, il va en effet rappeler à ce brillant théologien un épisode concret de l'histoire de son peuple. Il lui renvoie l'image de Moïse élevant le serpent dans le désert.
Appel à lever les yeux. Oser croire pour échapper aux morsures brûlantes des serpents.

L'épopée de la sortie d'Egypte avec Moïse, est l'événement fondateur pour tout croyant juif.

"Vous ne pouvez monter au ciel ", poursuivra Jésus. Mais dans l'histoire de votre marche vers la liberté, une parole porteuse de l'identité de Dieu, n'est-elle pas descendue du ciel vers vous ?

Souviens toi, Nicodème, de l'histoire de ton peuple... N'a-t-elle pas pris une dimension nouvelle avec Moïse ? Alors, et ta propre histoire... l'horizon peut s'en ouvrir aussi.

Cesse donc d'être un résigné... de ployer sous les commandements de la Loi !
Libère toi du qu'en dira-t-on.
Accueille cette main tendue.

La route sur laquelle tu peines ne traversera pas toujours le désert.
Regarde, ces empreintes de pas restées gravées dans le sable de l'histoire.
Elle mène quelque part cette route... ?
A son terme, il doit bien y avoir une porte ouverte !
......


Au chapitre suivant de son récit, le même évangéliste met en scène un personnage très différent, tant par sa culture, sa tradition, que sa situation dans la société. (Jean 4 v. 1 à 42).

Il s'agit d'une femme de province, appartenant à une ethnie distincte : les Samaritains.
Leur foi se distinguait de celle des juifs traditionnels sur plusieurs points, notamment le fait que leur lieu d'adoration n'était pas le temple de Jérusalem.
Les juifs de l'époque les tenaient pour moins que rien.

Cette femme de Samarie est venue puiser de l'eau au puits voisin.
Tâche habituellement dévolue aux femmes en ce temps.
Elle est sans malice, même si sa vie avait été un peu compliquée et... son itinéraire sentimental un peu tortueux.

Nous apprenons d'abord que ce puits a une histoire...
La tradition voulait que Jacob - un ancêtre fameux - l'ait creusé pour y abreuver ses troupeaux.
Peut-être croit-elle à des propriétés particulières à cette eau ?

Du repère historique et géographique qu'il constituait... à lui attribuer des vertus miraculeuses, il n'y a pas loin. C'est un pas que la croyance populaire franchit aisément, et pas seulement à propos des puits.
......

Il est midi... le soleil tape au plus fort... Jésus est là, seul !
Ses amis sont allés chercher un peu de nourriture au village.

Apparemment sans la moindre gêne, il va franchir deux tabous sociaux de l'époque :
- il s'adresse à une femme ... qui n'est pas de sa famille.
- lui, Juif... parle à une Samaritaine.

La femme samaritaine ne manquera pas d'ailleurs de le lui faire remarquer, et ses disciples de s'en étonner à leur retour.
Mais la conversation s'est engagée sur un problème très concret.
Il a soif, et demande à cette femme de lui donner à boire.

Nous sommes loin de la conversation théologique avec Nicodème.

Pourtant un deuxième niveau de compréhension, ou d'intelligence, ne tarde pas à faire sa place dans leur conversation.

- " Si tu connaissais le don de Dieu et savais qui est celui qui te demande à boire, c'est toi qui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive.".

Réaction de bon sens immédiat de cette femme :
- " Seigneur, tu n'as même pas un seau et le puits est profond, d'où la tiens-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus fort que notre Père Jacob... ? "

Et Jésus, nullement arrêté par ses objections poursuit :
- " Quiconque boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif..."


Renversement de situation. Celui qui s'est présenté comme demandeur d'un service pourrait bien être celui qui va rendre un service, et d'une autre dimension.

L'eau n'est pas miraculeuse... Mais l'homme assis sur le puits connait le secret d'une eau vive.

La Samaritaine va saisir l'occasion. Le dialogue se poursuit de plus en plus intense.
Les anonymats tombent. Jésus met au jour les souffrances de cette vie difficile :
- " Tu as eu cinq maris et tu vis encore maintenant, avec un autre homme..."

Elle court alors au village et alerte tout le monde :
- "Venez voir quelqu'un qui m'a dit tout ce que j'ai fait... ne serait-ce pas le Christ ? ".

Le village entier viendra, invitera Jésus quelques jours, puis commentera à la femme :
- " Ce n'est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons, nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde.".
......

D'une croyance populaire fondée sur un événement passé, cette femme a cheminé vers une question fondamentale sur l'actualité de Dieu.

Ses concitoyens, eux, sont passés d'une interrogation fondée sur son témoignage, à une conviction personnelle et collective sur l'identité de Dieu.

A nouveau une porte s'est ouverte...
......

Au village on ne regarde plus la femme tout à fait comme avant.
Quand on retourne au puits, bien sûr on espère un peu le retrouver, sait-on jamais ?
Et l'eau, a-t-elle toujours le même goût ? Peut être... mais on ne peut la boire sans penser à l'eau vivante.
Et les Juifs... on ne peut plus les regarder tout à fait comme avant, comme ceux qui nous boudent !
......

Avons nous, chemin faisant, perdu notre interrogation sur l'acte de croire ?
Moins qu'il n' y parait.

Comme Marie, cette femme vient de faire confiance à la parole d'un étranger.
Parole compréhensible et de plus, enracinée dans sa vie la plus concrète.
Elle a reconnu, dans cette parole, une interpellation qui lui parvenait d'ailleurs qu'en elle même, qui donnait un nouveau sens à sa vie
......

Difficile, aujourd'hui, d'aller, même de nuit, frapper à la porte de ce Jésus !
Guère de chance de le rencontrer sur la margelle d'un puits, ou le parking d'un super marché !
Alors... comment notre intelligence peut-elle se laisser ouvrir à ces nouveaux horizons ?
......


J'ai fait allusion en débutant aux époques - encore récentes - de vigoureuse opposition du rationalisme scientifique aux données, jugées "irrationnelles", de la foi.

La rigueur rationnelle qui anime nécessairement la recherche scientifique n'est pas révolue.
Elle est même un outil nécessaire, voire indispensable.
Le doute ou la suspicion sur le "non prouvé" font même partie des outils nécessaires au chercheur.

Ce qui a changé, c'est que les avancées considérables de la science au cours des dernières décennies n'ont pas seulement contribué à réduire certaines zones d'ombre de nos connaissances.
Elles ont en même temps élargi considérablement le champ de ce qui, pour le moment, nous reste inconnu ou inexpliqué.

En un sens, plus elle a progressé... plus la science s'est teintée d'humilité.
......

La foi chrétienne a elle-même profité des avancées scientifiques. Ne serait-ce qu'en acquérant une meilleure connaissance des événements et des documents concernant ses origines.
Il est aujourd'hui moins de citadelles doctrinaires, en même temps que moins de croyants "de pure forme" sous leurs bannières.

La foi, elle aussi, s'est faite plus humble... plus préoccupée de s'exprimer dans la proximité confiante, et le partage.

Des rassemblements ¶cuméniques, comme celui de Graz en Juin dernier, où se sont retrouvés des chrétiens de toute l'Europe autour du problème difficile de la réconciliation, l'ont bien montré.
Dans cette Europe longtemps divisée par le rideau de fer, les réconciliations ne sont pas toujours évidentes.
Pour des églises ayant vécu dans l'isolement, comme nombre d'églises à l'Est, en particulier.

Quant aux journées mondiales de la jeunesse catholique à Paris, au-delà de l'enthousiasme qu'elles ont manifesté, elles ont également bien montré les questions que ces jeunes portent en eux.

Pas plus qu'à l'époque de Jésus... les croyants ne sont aujourd'hui à l'abri des grandes interrogations de leur temps. Pas plus n'échappent-ils aux questions de leurs contemporains.
......

Croire avec intelligence, avec toutes les données de son intelligence est aujourd'hui à la fois plus nécessaire, et en même temps plus accessible.
......

Demeure toutefois la grande affirmation de Jésus.
Ni l'acte de croire, ni le contenu de ce que nous croyons, ne trouvent leur raison et leur origine en l'homme seulement.

On ne prouve pas Dieu.
On ne démontre pas Dieu.

Il n'est, dans l'arsenal de la pensée humaine, de vérité ou de sagesse qui soit supérieure à Dieu, et lui soit donc opposable.
Il n'est d'argumentation que nous puissions lancer vers lui, tel un filet !
Le ramener ensuite, captif dans les mailles de notre logique, pour nous écrier, soulagés : Donc Dieu !

Dieu est : avant nous.
Dieu est : au-delà de nous.
Ce n'est pas nous qui allons vers Lui.
C'est Lui qui vient à nous

Un geste, une approche, une caresse de cet inconnu, nommé Dieu, restent nécessaires pour ouvrir nos yeux.
......

La Bible et la théologie chrétienne nomment du mot Esprit : Esprit Saint, cet acte de proximité de Dieu.
L'acte par lequel il vient à la rencontre de nos limites de nos surdités, et ouvre l'horizon de notre route.

Sa manifestation échappe aux classements systématiques.
Par sa diversité, elle résiste également à nos critères bien établis.

Pour nos frères catholiques le concile de Vatican II indique que : " l'Esprit ne cesse, par la voix vivante de l'Évangile, de retentir dans l'Église, et par l'Église dans le monde.". ( Note 2 )

Le théologien Hans Kung, dans son commentaire récent du Credo précise qu'il est " La force et la puissance vivante issue de Dieu ". ( Note 3 )

Le prédicateur du Carême catholique sur ces mêmes ondes, a tout centré sur l'oeuvre de l'Esprit cette année. Il commente des hymnes au Saint Esprit, issues de diverses traditions chrétiennes.
Nous avons partagé nos préoccupations, avant d'aller l'un et l'autre à votre rencontre.

Nos frères orthodoxes invoquent la présence de l'Esprit tout au long de leur divine liturgie.

D'aucuns : nos frères pentecôtistes par exemple, le verront très lié aux manifestations de guérison.
Nos frères charismatiques aux phénomènes de langage spirituel.

L'apôtre Paul, interpellé par ses paroissiens de Corinthe sur les manifestations un peu débridées et surprenantes de l'Esprit dans leur communauté, leur répondait avec sagesse que pour lui :

- " Cinq paroles sensées pour instruire, valent mieux que dix mille en langues,et inintelligibles " (1 Cor. 14 v. 19).

Le Protestantisme a été marqué par cette rigueur théologique. Aussi n'a-t-il jamais voulu distancer l'acte de croire, du contenu objectif, explicable, compréhensible du message.

Ce sont les Écritures qui nous en conservent le témoignage.
L'Esprit leur redonne vie et actualité pour nous.

Jean le confirme clairement au terme de son évangile ...
-" Ces choses ont été écrites pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom." (Jean 20 v. 31).

Oser croire n'est donc pas céder à l'irrationnel, démissionner en quoi que ce soit de nos responsabilités de personnes sensées et qui veulent comprendre.
......

Une précision me parait ici nécessaire :
Le don de l'Esprit est bien un cadeau personnel... fait à chacun d'une manière qui lui confère sa personnalité de croyant.

Mais ce don a également pour effet immédiat de le sortir de son isolement.

- Nicodème ne craint plus de se joindre ouvertement aux proches de Jésus qui l'ensevelissent.
- La Samaritaine court à son village et partage sa découverte avec tous les habitants.

Au jour de Pentecôte, ce sont quelques paysans juifs, peut-être analphabètes, qui ont été rassemblés par l'aventure avec ce Jésus. (Actes 2 v. 1 à 13)
Ils vont partir jusqu'aux extrémités du monde.
Ils vont partager, dans toutes les langues et cultures de l'époque, la découverte qu'ils ont faite.
L'intelligence de la foi n'est pas une aventure solitaire.
Elle se fortifie, s'éclaire et se nourrit dans le partage.
......

Oser croire c'est accorder au peuple de la Bible, aux personnes qui ont accompagné Jésus sur les routes de Palestine, le crédit qu'ils n'étaient eux même ni irresponsables, ni hors de sens.

Oser croire, c'est ouvrir notre intelligence - toute notre intelligence - à leurs témoignages.
En recevoir une compréhension qui ne s'invente pas.
Elle nous est proposée, accordée, pour le renouvellement de notre propre intelligence.
Ils nous invitent en quelque sorte à prendre dès aujourd'hui, notre place à leur suite, dans cette longue marche.


Croire avec intelligence... c'est peut être bien rendre opérationnelle l'espérance qui ne trompe point...

Celle qui a abordé sur les rives de notre histoire, dans la vie de Jésus de Nazareth, et ne l'a plus quittée depuis.

C'est voir ce monde... et y vivre avec nos frères dans la certitude qu'il a un sens, qu'il n'est ni abandonné au hasard, ni menacé par l'absurde.


Seigneur,

Dans la nuit de nos interrogations,
nous venons frapper à ta porte.

Convictions et questions se croisent dans nos têtes.

Comme tu le fis pour Nicodème,
et pour la Samaritaine au puits...

Déchiffre pour nous, le mystère de ta présence.


* * *



-Origine des citations :

1) Saint Anselme : Proslogion : Chapitre I
2) Concile de Vatican 2 : Décret sur l'activité missionnaire - la mission de l'Esprit
3) Hans Kung : "Credo" (Le Seuil 1996)



- Les citations musicales entrecoupant cette prédication étaient tirées des concertos pour trois et quatre pianos de Jean Sébastien Bach

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