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Prédication de Carême par le Pasteur Michel WAGNER, Biographie
Eglise réformée de France,
diffusion le 28 Février 1998 à 18 heure par "France Culture"


Oser croire !


Croire face à un Dieu qui déroute


Judas, l'apôtre déçu par Jésus, qui trahit puis se pend et Marie la jeune fille qui accueille l'inattendu

(Jean 13 v. 21 à 30 et Luc 1 v. 26 à 38)

Oser croire !

Et d'abord pourquoi oser ? La foi serait-elle un risque qu'il faut prendre, une aventure dans laquelle il faut s'engager ?

Ne serait-elle pas tout d'abord un don ? Oui... mais alors un don inégalement réparti.

Que d'amis ne m'ont-ils pas confié : " J'aimerais bien croire, j'envie ceux qui croient..."

Serait elle un privilège accordé à certains, et refusé à d'autres ?
Séparerait-elle ceux qui auraient cette chance d'autres, qui ne vont au delà de ce qu'ils voient ?
Et en définitive, les croyants sont-ils vraiment si éloignés des incroyants ?
N'est-il pas des croyants à la foi hésitante, et des non croyants en recherche ?

Que de questions, que de défis, autour de ce seul mot : croire !
Défis d'hier, et défis d'aujourd'hui.
Défis sans cesse renouvelés par le ressac des idées, et la marée des évolutions culturelles sur la grève de l'histoire.

C'est avec justesse que Paul RICOEUR parle du "croyable disponible ", propre à chaque époque.

Disons-le d'emblée, au seuil de ce Carême et des six rendez vous qu'il nous propose. Mon intention n'est pas de peser les chances nouvelles de croire, ou de ne pas croire en notre époque dite de retour du religieux.
Il est des mouvements et des sectes qui excellent dans ces études de marché.

Il y a vingt siècles, et sans l'avoir particulièrement cherché, un certain nombre d'hommes et de femmes ont vécu une curieuse aventure.
Un inconnu, qu'ils nomment Dieu, aurait éventuellement fait une incursion dans leur histoire.

Au tournant d'un nouveau siècle, j'aimerais essayer de comprendre ce que croire a pu représenter pour eux, à cette époque.

Nous allons donc mener une enquête auprès d'une douzaine de personnages réels et très divers En principe un homme et une femme à chacune de nos rencontres.
Ils ont tous en commun d'avoir été confrontés au choc de la rencontre avec ce juif de Nazareth nommé Jésus.

Ils en sont ressortis : troublés, sceptiques, retournés ou bouleversés, et en ont rendu compte à leur entourage.

Le Nouveau Testament nous a conservé les archives de ces expériences.
Elles avaient marqué les premières générations de chrétiens. Le souvenir de chacune d'entre elles a joué un rôle dans la mémoire première de cette aventure, comme dans sa transmission.
...........

Quels échos éveillent-elles en nous qui sommes aujourd'hui confrontés à tant de défis nouveaux ?
Avec toute l'objectivité possible, mais aussi la modestie imposée par le recul du temps, j'aimerais vous entraîner à leur rencontre.
Occasion à chaque fois, de regarder en face l'un des aspects du risque de croire.

Occasion également de le mesurer, de le peser face aux défis qui nous assaillent en cette fin de siècle.
Défi de la science, défi de religions et croyances multiples, défi d'une culture qui se mondialise dans un monde qui se rétrécit. Inquiétudes sur le sens et l'avenir de notre univers.

En ce premier samedi, c'est Judas qui vient à notre rencontre.
Judas, qu'on appelle : l'Iscariote.
Peut-être était-il originaire du village de Kerioth au sud de la Judée ?

Ce surnom pourrait aussi venir du mot : sicaire ?
Il s'agissait du court poignard des résistants zélotes à l'occupation romaine.
On s'est en effet demandé si Judas n'était pas proche de ces résistants.

Un ami, un compagnon de Jésus qui, à l'issue d'un repas d'adieux, le livre à ses adversaires pour moins de mille francs d'aujourd'hui. Le prix du rachat d'un esclave.
Judas le traître, qui va ensuite se pendre de désespoir.

Son histoire nous est racontée dans les quatre évangiles.
Il y est nommé plus de vingt fois.
C'est le récit de Jean, qui nous guidera aujourd'hui.

Ils sont à table pour le dernier repas de la Pâque (Jean 13 v. 21 à 30) : " Jésus leur déclara solennellement : - En vérité, en vérité je vous le dis : l'un de vous va me livrer.
Les disciples se regardaient les uns les autres, se demandant de qui il parlait.
Un des disciples, celui-là même que Jésus aimait, se trouvait à côté de lui.
Simon Pierre lui fit signe : "Demande de qui il parle "
Le disciple se pencha alors sur la poitrine de Jésus et lui dit : -
Seigneur qui est-ce ?
Jésus répondit : -
C'est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper.
Sur ce, Jésus prit la bouchée qu'il avait trempée et il la donna à Judas Iscariote, fils de Simon.
..........
Quant à Judas
- poursuit le récit - ayant pris la bouchée, il sortit immédiatement, il faisait nuit. "

Par son suicide Judas se privera de la possibilité de confirmer, ou contester, l'image que ses compagnons laisseront de lui.

Nombreux sont les historiens et les écrivains que la personne de ce Judas a interpellés : Paul Claudel, Lanza del Vasto, et bien d'autres encore ont essayé de percer son mystère...
Mais, peut-on faire parler le silence ?.

Les évangiles font souvent allusion à la déception des disciples, confrontés à Jésus...
Luc fera dire aux compagnons sur la route d'Emmaüs (Luc 24 v. 21)
" Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais voilà..."

Espérance nationaliste déçue... grave pour un peuple occupé et pour ses résistants.
Image d'un Messie non conforme à l'attente populaire... déroutant pour la foi de ceux qui espèrent en sa venue !

Bien sur on conservait le souvenir des prophètes et de leur langage vigoureux.
Jean-Baptiste lui-même, son précurseur immédiat, avait attiré les foules en dépit de ses apostrophes sans concession.

Mais Jésus, lui, reste déroutant. Il soulève tour à tour l'enthousiasme des foules, la perplexité de ses proches et l'hostilité de la classe religieuse dirigeante.

Sa crucifixion ne fera, que sonner la déroute finale.

Judas pourrait bien être un déçu de ce Jésus.
....................

Avant de l'interpeller à notre tour, ce Judas, rappelons nous les évangiles. C'est après une nuit entière de réflexion et de prière que Jésus l'a choisi, lui et ses compagnons.

Il le suivra donc pendant les trois années que son itinérance a vraisemblablement duré.
Notre récit précise même qu'il était le trésorier du groupe, signe de confiance s'il en est.

Alors quoi Judas ?
Une erreur de Jésus ? Un faible, une marionnette manipulée de l'extérieur, par les opposants à Jésus ?
Un personnage programmé par un logiciel pour cette sombre besogne ?

Était-il libre ?
Que de discussions n'a-t-il pas suscité ?

La sobriété des évangiles à son sujet, contraste avec le trop plein de nos imaginations.

Les personnages de l'Écriture apparaissent toujours comme des femmes et des hommes libres.
Libres en tous cas de dire non à cet interlocuteur gênant qui se présente comme Dieu.

Même s'il a souvent de la suite dans les idées, celui qu'ils nomment Dieu tient compte de leur refus : Moïse, Jérémie, Jonas et d'autres prophètes en ont fait l'expérience.
Des disciples abandonnent Jésus, après l'avoir suivi un temps.
Sans compter ceux que leur refus a sans doute fait sortir de la mémoire.

Non, la foi d'une marionnette n'est pas la foi.
Le Dieu de l'Écriture veut des réponses libres.

Credo : en français je crois, n'est pas seulement l'adhésion à un catalogue d'affirmations, si importantes soient-elles.
Credo est d'abord l'acte libre d'une personne libre,
Péguy le fait dire à Dieu-lui même, quand il parle de la foi de Saint Louis (Note 1 ) :
" Quand on a connu d'être aimé par des hommes libres, les prosternements d'esclaves ne vous disent plus rien..."

Alors quoi Judas ?
Un fourbe aurait-il tenu trois ans ?
Plutôt un déçu de Jésus !
Déçu, à la mesure de l'espérance qu'il avait mise en lui.

Déçu, parce qu'il ne correspond pas à l'image de ce qu'il attendait de Dieu, ce Jésus qui perd son temps avec les marginaux, s'intéresse aux étrangers.
On retrouve bien dans ses paroles l'écho de celles proclamées à tant de reprises par les prophètes. Mais il ne prend aucune initiative. Il ne fait rien pour tendre la main à la résistance armée des zélotes contre l'occupation pesante des Romains.

Judas, s'il est proche de ces milieux, l'aurait-il livré pour l'obliger à se démasquer enfin ?

Ne sommes nous pas ici précisément, au coeur de l'un des obstacles à la foi ?
........

La première des difficultés de croire n'est-elle pas que nous avons toujours un Dieu préfabriqué dans notre tête ?

Peut-être plus une idole de pierre aujourd'hui, mais une idée, bien arrêtée.

Comment ce Dieu peut-il supporter les horreurs que nous voyons sans cesse ?
Alors qu'il fasse son travail de Dieu, au lieu de se prélasser dans son ciel.
C'est quand même à lui de réparer tout ce qui va de travers.
La Création a bien droit à un service après vente.

D'ailleurs, vous le savez bien, si Dieu existait... on ne verrait pas tout ce que l'on voit : les génocides, les enfants maltraités, assassinés, les injustices, les maladies, les catastrophes.

Quant au triste exemple souvent donné par les chrétiens eux-mêmes, les pages sombres de leur histoire, celles de leurs divisions... cela vous donne envie de croire à vous ?

Des écrivains, comme Alfred de Vigny, dans son "journal d'un poète" expriment très bien notre révolte. Révolte contre un Dieu qui a déserté, et se rend coupable de "non assistance à personne en danger" :

" Ce sera ce jour-là, que Dieu viendra se justifier devant toutes les âmes...". ( Note 2 )
Cité à comparaître devant l'humanité ce Dieu là qui laisse tout aller à vau l'eau...

Oui... mais si la convocation revenait avec la mention : "inconnu" !
S'il n'existait pas, en fin de compte, ce Dieu dont nous avons fabriqué le portrait-robot.
Si ce n'était pas lui qui présidait le tribunal chargé de juger les crimes contre l'humanité... mais qu'il marchait en tête du cortège... de ceux que l'on mène à l'abattoir.
..........................

"Ne cherche pas Dieu au ciel, tu ne l''y trouveras pas. aurait écrit Luther ( Note 3 ) Le ciel est devenu vide de Lui.
Cherche le sur la terre, où il se tient caché et crucifié.
A ta porte. A côté de toi
".

Serait-ce possible ?
Un tel Dieu... avons nous vraiment besoin de lui ?
"Je me débrouille très bien sans lui" me disait un adolescent.
A-t-il une place dans notre monde ?
Si l'espace où nous le confinons était vide !

Un Dieu qui respecte notre liberté, notre responsabilité : Inimaginable, non crédible !
Un Dieu qui s'approche de nos misères : à quoi bon ?
D'ailleurs, qu'est-ce que cela change ?

Il n'est guère de place pour un "tout autre" dans notre monde si répertorié.
..............

Pourtant, à l'ombre de Judas et des grands refus dont l'Écriture nous a gardé le souvenir, il est aussi d'humbles personnages.
Leur vie sera transformée par la rencontre avec ce Dieu insolite, autant qu'inattendu.

Myriam de Nazareth, cette adolescente inconnue jusqu'alors, est l'un d'entre eux.
Selon Luc, médecin, puis missionnaire reconverti en écrivain d'évangile ( Luc 1 v. 26 à 38) :

" Au sixième mois, l'ange - le messager - l'ange Gabriel fût envoyé par Dieu dans une ville de Galilée nommée : Nazareth...
à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David.
Cette jeune fille s'appelait : Myriam, Marie.
L'ange entra auprès d'elle et lui dit :
- Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi !
A ces mots elle fût très troublée et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
". ...............

Avant que d'accepter de devenir mystérieusement celle qui mettra au monde le Sauveur attendu par son peuple. Avant que de devenir la Marie des évangiles, puis la mère éprouvée d'un fils assassiné... la petite Marie oppose ses doutes à l'étrange promesse du visiteur.

" Je te salue, toi à qui grâce a été faite " ... lui a dit Gabriel, l'ange qui voit Dieu en face.
"
Comment cela serait-il possible ? " ... rétorque-t-elle.

Luc, qui est le seul à faire état de cette rencontre, a sans doute retrouvé les traces conservées dans la mémoire familiale à Nazareth. On n'avait guère cherché à simplifier ni même à embellir l'histoire.
Qu'allait dire Joseph, le promis, ses parents, et le village de cette grossesse précoce ?

Selon l'évangéliste Marc, c'est-à-dire la tradition la plus ancienne, Marie plus tard, ne s'oppose même pas à l'avis familial : il a perdu la raison, ce Fils !

Elle l'a pourtant prononcé le : oui... murmuré peut-être... enfanté dans la douleur :

" Je suis la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole..."
......

Plus tard elle chantera ... Bienheureuse !
Mais quel cheminement avant d'avoir renoncé à ses propres projets pour accueillir l'étrange visite de celui que la foi de son peuple attendait... mais, pour plus tard, et pas chez elle ! ........

Marie a osé croire l'impossible d'un Dieu qui se ferait homme, en elle.
Judas, lui, n'a pas supporté un Dieu qui marchait libre, à ses côtés.

La Bible est le livre de mémoire d'hommes et de femmes, qui ont osé, chacun un peu à sa manière ! ......

Au dire du livre des Actes, la place laissée vide par Judas sera comblée par un certain Matthias, dont nous ne saurons plus rien par la suite.

Par contre, ce même livre nous parle abondamment d'un nommé Saul originaire de Tarse ville de la Turquie d'aujourd'hui. Il pourchasse les partisans de ce Jésus, il sera retourné à son tour par sa rencontre avec Lui.

Son nom est changé en Paul. Sa vie l'est aussi, radicalement. Au point que les sculpteurs n'hésiteront pas à lui donner un jour la place de Judas, parmi les douze apôtres, sur les porches de nos cathédrales.

Mais le plus étonnant c'est que l'idée fixe qu'il a de son Dieu, par son milieu, par toute sa culture et toute sa vie, en est bouleversée.
Serait-il vraiment possible que les hommes ne soient pas jugés au seul miroir de la Loi juive ?

Le Dieu, dont Jésus lui dévoile le secret, est un Dieu qui aime tous les êtres humains, quels qu'ils soient. Un Dieu qui pardonne et qui fait grâce. Il ne peut être connu et crû que tel !

Dure conversion que celle de Paul, total changement de mentalité et d'attitude de ce croyant.
Nécessité de tout reconstruire, en revenant à l'essentiel, d'inventer une nouvelle manière de rendre compte de sa foi.
Prodigieux surgissement d'une intelligence nouvelle sur l'identité de Dieu !
Elle va nourrir la foi des générations suivantes... et jusqu'à aujourd'hui. ......

Il est dans le Nouveau Testament une lettre adressée au peuple juif, que l'on nomme épître aux Hébreux. Elle fait à sa manière une relecture de toute l'histoire passée. Elle évoque l'immense cortège de tous ceux qui ont osé croire à l'appel de Dieu (Hebr. 11 v. 8).

" C'est par la foi, dit-elle, qu'Abraham se mit en marche..." ouvrant cette caravane.
La description se poursuit jusqu'à Jésus de Nazareth.

Nous savons aujourd'hui que l'histoire est jalonnée de ces témoins de la foi.
Nous pouvons en poursuivre l'énumération.

Dans les premiers siècles après la venue de Jésus :
Cyprien de Carthage, Irénée de Lyon, Augustin d'Hippone...
Combien d'hommes et de femmes, dont certains iront jusqu'au martyr, pour avoir crû..

Souvenez vous aussi de ce petit moine allemand, enfermé dans le sentiment de son indignité à en devenir malade. Son supérieur lui dira un jour : frère Martin, il faut perséverer dans la lecture des Écritures !

Luther se plonge alors dans la lettre adressée par ce Paul aux chrétiens de Rome.
L'identité du Dieu qui fait grâce bouleverse sa vie à son tour.
......

La citation que nous avons lue de lui, il y a un instant, sur le ciel vide de Dieu en témoigne.
Il veut dès lors que le peuple chrétien tout entier retrouve cette joie première.
Il ne comprendra jamais la surdité d'une église, bien sclérosée à son époque. Combien l'auraient réjoui les renouveaux de notre temps... l'ouverture des dialogues ¶cuméniques, la recherche commune de l'essentiel de la foi !
...........

Depuis, et plus proches de nous, d'autres oseront croire cela !

Les protestants se souviennent de ces femmes, enfermées dans la tour de Constance à Aigues Mortes au temps des persécutions religieuses.
Elles avaient osé croire au Dieu qui sauve par sa seule grâce.
L'une d'elles : Marie Durand y restera trente huit ans !

Plus récemment : Dietrich Bonhoeffer, ce théologien allemand résistant au Nazisme.
Avec l'église confessante allemande, il dira non à ce totalitarisme réducteur qui veut éliminer le peuple juif. Il sera pendu en Avril 1945, sur l'ordre personnel d'Hitler.

Tous se souviennent de Martin Luther King, ce pasteur baptiste du Sud des États-Unis.
Au nom de ce même Dieu qui fait grâce à tous ses enfants, il se dressera contre le pouvoir blanc qui tente de prolonger l'histoire de l'esclavage.

Dans les années soixante il conduira des marches pacifiques.
L'une d'elle mènera près d'un million de ses frères jusque devant la Maison Blanche.
Le prix Nobel, décerné en 1964, ne l'empêchera pas de tomber sous les balles vengeresses trois années plus tard.
Mais la jeunesse du monde entier chante aujourd'hui encore " We shall overcome some day...". Nous surmonterons la haine.

Aucune église n'a le monopole des témoins et martyrs de la foi.

Monseigneur Romero, Archevêque de San Salvador, sera assassiné sur le parvis de sa cathédrale pour avoir pris le parti des pauvres de son peuple.
Pierre Claverie, Évêque d'Oran, un ami très proche pour moi, le sera également.
Les moines de Tiberijne, enlevés et égorgés.
Et tant d'autres encore... pour avoir osé croire à l'amour et refusé la haine.

Combien de nos frères orthodoxes dans les Goulags... ?

En Afrique du Sud, Monseigneur Desmond Tutu, l'évêque anglican du Cap ose lancer, avec Nelson Mandela, la "commission pour la vérité et la réconciliation".
Au terme de la sombre nuit de l'apartheid, possibilité offerte, pendant deux années, à tous ceux - noirs et blancs - qui ont la conscience chargée... de venir avouer publiquement ce qu'ils ont fait.
Audition retransmise par la télévision. Après quoi la justice abandonne toute poursuite à leur encontre.

Exemple, peut-être unique dans l'histoire, d'un pardon social institutionnalisé !
Un peuple entier qui ose croire en un Dieu qui pardonne ! ......

Dès Octobre 1945 l'Église évangélique allemande énonce publiquement sa : Déclaration de culpabilité pour ce qui s'était passé sous le nazisme. Peut être l'un des textes les plus émouvants de l'histoire !

"C'est avec une profonde douleur que nous déclarons : par notre faute une indicible souffrance s'est abattue sur beaucoup de peuples et de pays ... Nous nous accusons de n'avoir pas rendu un témoignage plus courageux...". ( Note 4 )

Mais il faudra attendre 40 ans pour que le Chancelier allemand Brandt lors d'une première visite officielle à Jérusalem en 1985 demande publiquement pardon au peuple juif pour l'holocauste.

Récemment, la demande de pardon des évêques de France, pour le silence de leur église sous Vichy...

Toujours inattendue, incroyable, la manifestation d'un Dieu, dont l'identité est celle d'un libérateur.
Celui qui dénoue les noeuds de nos contradictions, nous libère de nos préjugés et de nos aliénations.
Celui qui nous délivre des pièges de notre moralisme, et des impasses de nos auto-justifications.
......

Oser croire... en un Dieu qui déroute.

Laisser aux sondages d'opinion le soin de définir les contours de la foi résiduelle de notre époque,
le profil d'un Dieu socialement et religieusement correct.

Abandonner nos idées toutes faites
et l'hypothèse d'un Dieu fabriqué à notre image, tel que nous le voulons,
un Dieu compatible avec notre conscient et notre inconscient.

Remettre en question l'image, peut-être lointaine, d'un éventuel catéchisme de notre enfance,
autant d'ailleurs que celle d'un anticléricalisme un peu dépassé.

Regarder avec circonspection les exaltations mystiques débridées,
et avec méfiance le lavage de cerveaux de nouveaux mouvements religieux,
sans nous bloquer pour autant sur l'impossibilité d'un Dieu,
dans un monde aussi violent.

Oui, oser croire,
en la venue d'un Dieu
dont la compassion pour l'homme,
et l'espérance qu'il met en lui,
font voler en éclats par leur dimension,
même les plus audacieux de nos rêves de liberté.

Seigneur,
il était bien de tes amis
ce Judas qui te livra par dépit.

De nos blocages, de nos refus,
de nos lâchetés,
dénoue le noeud maudit !

Donne nous l'audace et la fraîcheur
du oui
de la petite Marie !

* * *



-Origine des citations :

1) Ch. Péguy : "Prières" - Saint Louis
2) Alfred de Vigny : "Journal d'un Poète" - Les destinées
3) " Gorgées d'évangile" : M. Bouttier : Libres propos du frère Martin - (Éditions Bergers et Mages 1997)
4) Citée dans : " l'Exigence Oecuménique" Marc Boegner - (Albin Michel 1968)



- Les citations musicales entrecoupant cette prédication étaient tirées d'oeuvres d'Ernest Bloch : Symphonie dans le désert - Salomon - Sucoth

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