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Prédication de Carême par le Pasteur Michel BERTRAND,
Président de l'Eglise réformée de France,
diffusée le 22 Mars 1997 à 18 heure par "France Culture"

DEVANT DIEU



Ce monde aimé de Dieu


«Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes »


- un instant avec Mozart [01] -


Plusieurs étonnements nous ont accompagnés, peut-être déroutés, au long des émissions précédentes.
Ainsi c'est dans la fragilité et l'incrédulité des disciples que chemine la puissance de la Parole de Dieu.
C'est dans la finitude et la faiblesse de l'Eglise visible que se dit secrètement l'espérance du Royaume.
C'est dans la figure du serviteur et non dans la puissance que Jésus se révèle comme le messie.
C'est à l'ombre de la croix que Jésus accomplit les miracles qui ouvrent à une vie nouvelle.
C'est dans l'extrême solitude devant Dieu que s'enracine pour le croyant la passion du vivre ensemble.

Et aujourd'hui c'est un nouvel étonnement qui peut nous saisir devant l'apparente contradiction contenue dans le titre. Il juxtapose en effet l'amour de Dieu pour le monde et la mise à mort de Jésus par le monde.
Ainsi c'est sur la croix, lieu de souffrance, de solitude et d'abandon que s'est manifestée pour toujours la promesse d'un univers réconcilié. C'est dans la passion de Jésus que se dit la passion de Dieu pour la terre.
Et cet étonnement pourrait devenir, comme pour les disciples, incrédulité quand on voit à quel point cet amour de Dieu proclamé, semble démenti et contredit par la réalité.
Et cela de plusieurs manières que nous avons déjà relevées chemin faisant. Je voudrais en souligner deux.

l. Et d'abord, de manière quotidienne et concrète, nous percevons bien que notre temps est plus porté à la morosité, au désenchantement, au désespoir même, qu'à l'espérance. Chaque conversation, chaque information, chaque sondage en porte les échos.
Nous vivons dans une époque mouvante où tout bouge, où il n'y a plus de modèles préétablis ni de repères à peu près clairs pour vivre. Pour certains l'approche de l'an 2000 réveille déjà de vieilles peurs, enfouies dans les tréfonds des consciences et exhumées, réactivées par les difficultés concrètes, par les menaces et les incertitudes, par la crise de confiance et le sentiment d'insécurité qui en découlent.
La société aujourd'hui paraît sans élan, plus riche d'inquiétudes que de projets, plus marquée d'égoïsme que de solidarités, plus tentée par le repli que par les grands espaces. L'effondrement des idéologies et le souci d'efficacité ont induit une attitude faite d'acceptation voire de résignation, qui nous incite à composer avec la réalité telle qu'elle est, à la gérer plus qu'à la transformer. Le réalisme devient l'autre nom de la fatalité et, pour certains, du désespoir.
Tout se passe comme si notre monde ne s'était jamais remis de la défaite des grandes utopies qui ont mobilisé et déchiré ce siècle, comme s'il était soudain sans avenir, en panne d'espérance. Ou comme si l'espérance n'était plus, pour reprendre les mots de Vaclav Havel, que le «produit de notre impuissance, (...) une illusion. Un bout de chiffon servant à rapiécer une âme déchirée, mais lui- même percé de trous. L'espérance d'individus sans espoir » Réf [01].
Les gens autour de nous semblent, en effet, ne plus rien espérer, ne plus rien attendre, ou n'osent pas dire ce qu'ils attendent, ou n'osent même plus attendre.
Et c'est une misère et une souffrance que de ne plus rien attendre. Soit parce que l'on croit tout avoir, que l'on est saturé d'occupations, de relations ou de richesses.
Soit parce que l'on désespère de tout, et que l'on s'enferme dans le silence, dans l'amertume, dans la peur, parfois dans la violence.
Alors comment parler de l'amour de Dieu devant le vide de certaines vies, devant l'angoisse qui habite la société ?
Plus difficile, plus douloureux encore, comment parler de l'amour de Dieu quand le mal et le malheur frappent lourdement ?
Comment parler de l'amour de Dieu devant les épreuves qui nous atteignent dans nos vies personnelles, devant les drames qui ont lieu à l'échelle de l'histoire ?
Comment parler de l'amour de Dieu quand la funèbre litanie des massacres d'aujourd'hui prolonge inexorablement l'extermination d'hier ?
Elie Wiesel écrit dans ses Mémoires : «Lorsque je songe aux convulsions qui ont traversé notre siècle, rien ne me suint. (...) Comment Dieu a- t- il fait pour supporter Sa souffrance ajoutée à la nôtre ?... (...) Le royaume des barbelés demeurera à jamais un immense point d'interrogation à l'échelle des hommes et de leur créateur... Il aurait pu, Il aurait dû interrompre Sa propre souffrance en mettant un terme au martyre des innocents. Pourquoi ne l'a-t-Il pas fait ? Je l'ignore et je pense que je ne le saurai jamais » Réf [02].
Et sans doute nous n'en n'aurons jamais fƒfini avec cette question de l'énigme du mal qui nous brise et nous tourmente. Nous ne pouvons ni la résoudre, ni nous en défaire. Et à cause d'elle, nous le savons bien, beaucoup se sont éloignés de la foi.

2. D'autant que ceux qui devraient être les témoins de l'amour de Dieu, les chrétiens et les Eglises, n'ont pas toujours été au cours de l'histoire à la hauteur d'une telle tâche.
Vingt siècles de chrétienté, jalonnés de schismes, de disputes, de guerres, nous rappellent que leur témoignage a débouché trop souvent sur des conflits inguérissables. Par des violences déclarées ou feutrées, les Eglises ont introduit trop de séparations dans le tissu fragile de la société entre hommes et femmes, entre croyants et incroyants, entre damnés et sauvés, entre catholiques et protestants.
Et ce qui se passe aujourd'hui nous confirme hélas «que la foi religieuse » peut être parfois «la plus invétérée des raisons de hait » et que «les religions, ces berceaux des peuples, en creusent éventuellement les tombeaux. » Réf [03].
Cela contribue à alimenter le sentiment qui se répand de plus en plus, que toutes les religions seraient facteurs d'intolérance. Est-ce parce qu'elles ont à faire aux émotions les plus fortes, parfois les plus archaïques : la peur et l'espoir, l'amour et la haine, le pur et l'impur ?
Comme dans ce passage de Marc où elles vont susciter un conflit dont l'issue est la croix.
Et même entre elles, les grandes communautés chrétiennes, ont bien du mal à témoigner de l'amour de Dieu, à exercer le pardon mutuel après une longue histoire de persécution, d'inquisition, de répression. Et on peut légitimement se demander comment les Eglises européennes réunies en juin prochain sur le thème de « la réconciliation », vont pouvoir en parler, alors même qu'elles ne sont pas encore réconciliées entre elles ?
Et puis comment revendiquer pour les autres le respect des droits de l'homme, le respect de la liberté, de la dignité et des convictions de chacun, sans le vivre dans l'Eglise ?

Comment enfin témoigner de l'amour de Dieu pour le monde, alors que trop longtemps les Eglises se sont soustraites, au nom de leur doctrine, à l'intelligence du monde, à l'effort de le comprendre, de s'y adapter, de lui insuffler des raisons de vivre et d'espérer ? Et encore aujourd'hui, elles jettent trop souvent sur lui, sur le travail de l'humanité, sur la tâche culturelle et scientifique, sur la modernité, un regard négatif, parfois d'accusation et de condamnation.

Mais faut-il s'étonner vraiment de cette contradiction entre l'affirmation de l'amour de Dieu et les démentis qu'elle rencontre ?
N'est-elle pas déjà présente au coeur des textes de Marc qui nous ont accompagnés au long de ces semaines ?
Nous avons vu Jésus accueillir, écouter, avoir compassion de ceux qui souffrent. Il a nourri les foules, guéri l'aveugle, libéré l'enfant possédé. Il a incarné l'amour de Dieu, et pourtant déjà la croix se dresse : «Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes » ( 9/31).
D'emblée les paroles et les actes de Jésus sont placés sous l'horizon de la passion et le projet d'amour de Dieu pour ce monde semble mis en échec. Mis en échec par les maladies, les peurs, les souffrances, les solitudes que l'on porte vers Jésus. Mis en échec par l'opposition des chefs religieux qui ne supportent pas la contestation que ce projet d'amour introduit dans leurs systèmes. Mis en échec par les incompréhensions des disciples, leurs fragilités, leur goût du pouvoir, leur volonté de puissance, leurs malentendus sur le sens de la mission de Jésus.
Alors le Christ, qui libère les hommes et les femmes de leurs solitudes, de leurs détresses, qui les réconcilie avec Dieu et entre eux, va payer de sa vie la délivrance qu'il leur apporte.
Au centre de l'évangile, au centre de la foi chrétienne, au centre de l'amour de Dieu, on trouve un homme seul, abandonné, crucifié, et l'inexplicable nouvelle que Dieu habitait cette souffrance.

- un instant avec Mozart [02] -


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La relation de Dieu avec le monde prend donc le visage de la passion, dans les deux sens de ce mot de souffrance et d'amour. Deux faces de la passion qui nous permettent de comprendre de quel amour et de quel Dieu nous sommes aimés.

1. Et d'abord, première face, nous devons nous interroger sur le caractère inévitable, inéluctable, que semble prendre la souffrance du Christ dans l'évangile de Marc. Tout son récit est orienté vers la croix et ici Jésus va l'annoncer par trois fois à ses disciples.
Et le verbe qu'il emploie lors de la première annonce est extrêmement fort : «Il faut que le Fils de l'Homme souffre beaucoup » (8/31). «Il faut ». C'est le terme grec de la nécessité qui indique qu'il ne peut pas en être autrement.
«Il faut que le Fils de l'Homme souffre beaucoup » puisque Dieu s'est fait homme en toute réalité. Il a manifesté son amour pour nous et pour le monde en s'incarnant dans notre histoire. En Christ Il venu habiter toute notre humanité, Il l'a prise en charge pleinement dans toutes ses dimensions. Il n'a pas fait semblant et donc il souffre comme les hommes souffrent, partageant jusqu'à la mort nos finitudes et nos solitudes.
«Il faut que le Fils de l'Homme souffre beaucoup » parce que Jésus n'a pas seulement partagé nos souffrances il est venu les soulager. Et pour cela il a combattu les causes de ces souffrances, il s'est affronté aux forces du mal, aux pouvoirs injustes, à la bêtise et à la méchanceté humaines, s'attirant en retour le rejet et la haine.
«Il faut que le Fils de l'Homme souffre beaucoup » parce que c'est toujours ainsi que ça se passe quand on conteste les puissances du malheur. Et de surcroît quand on ne leur oppose que la force d'un amour désarmé. Le Christ meurt d'avoir aimé ce monde jusqu'au bout.
Ainsi dans l'évangile de Marc, la souffrance à laquelle Jésus doit consentir est inévitable car elle est liée à sa mission même. Elle n'est pas commandée par l'exigence d'une justice divine vengeresse qui ne pourrait laisser impunie la faute de l'humanité et qui pour cela réclamerait la mort du fƒfils. Elle n'est pas recherchée comme méritoire. Elle est acceptée comme la conséquence évidente d'un amour qui va jusqu'à donner sa vie pour que les autres vivent.
Les souffrances et la croix du Christ nous dévoilent donc un autre visage de Dieu que celui fondé sur la grandeur et la puissance, elles opèrent un renversement complet de toutes nos représentations religieuses pour nous livrer à un amour offert, un amour inconditionnel.
C'est dire que la croix marque aussi la fƒm d'une relation à Dieu portée par le souci de se valoriser devant lui, de devenir acceptables à ses yeux par nos propres forces.

Et ce désir tyrannique de se réaliser soi-même par ses oeuvres est directement en rapport avec ce que la Bible nomme le péché. Le mot péché est un terme que l'on n'utilise plus guère aujourd'hui ou que l'on confond trop souvent avec les fautes morales, qui en sont les effets et les symptômes.
Le péché pour la Bible c'est fondamentalement quand la relation avec Dieu est faussée ou absente, c'est quand nous refusons notre statut humain, quand nous ne sommes plus devant Dieu, en relation avec lui, mais à sa place.
Et du coup ce mauvais placement devant Dieu entraîne de mauvais rapports avec soi-même, des relations difficiles avec les autres, des relations perturbées avec la nature. Le péché c'est quand l'homme sans Dieu se croit devenu tout puissant, lorsqu'il réinvente les dieux et les idoles, lorsqu'il croit pouvoir trouver en lui le dernier mot et l'ultime réponse, lorsqu'il se fait maître du monde à partir de lui seul, dès lors totalitaire. On pense à ce que Dostoïevski fait dire à l'un de ses personnages : «Si Dieu n'existe pas, je suis Dieu... S'il n'existe pas que ma volonté soit faite... ».
La manifestation du péché c'est l'ambition folle exprimée dans le récit biblique de la Tour de Babel. C'est ici la volonté des disciples à être le plus grand, à avoir barre sur les autres, à confisquer le Christ. C'est l'attitude des chefs religieux qui savent mieux que Dieu lui-même quelle est sa volonté pour ce monde.
Dans notre modernité occidentale, c'est prendre la place de Dieu en cherchant à obtenir la toute-puissance par le savoir, la technique, la réflexion. Ce sont tous les projets humains démesurés, ou plutôt les projets inhumains réalisés sans égard pour la souffrance des hommes et la destruction de son environnement.
C'est lorsque s'installe une langue unique, une idéologie unique, qui ne tolère aucune originalité individuelle, aucune différence, aucune altérité, aucune déviance. Un univers de clones se reproduisant à l'identique.
Idéologie de la réussite, du succès, de la croissance où la valeur d'un homme, d'une femme, ne se mesure qu'à ce qu'il fait et produit. Idéologie de la performance, des résultats, des records qui valorise de façon illusoire ceux qui en profitent et qui désespèrent tellement ceux qui en sont exclus, ceux qui ont le sentiment de ne plus compter pour personne : chômeurs, malades, handicapés, personnes âgées, oubliés du système scolaire.
Or devant le Dieu d'amour, chacun quel qu'il soit, est unique et précieux. On le voit bien dans ces textes où la rencontre avec Jésus se produit précisément quand une personne émerge de l'anonymat de la foule, quand un être singulier avec son histoire, sa souffrance, son projet, se tourne vers lui.
On comprend mieux alors pourquoi un tel amour gratuit, faible et désarmé s'oppose aux logiques de ce monde, pourquoi il heurte les volontés de puissance et de domination. Et pourquoi il conduit inévitablement à la croix.

- un instant avec Mozart [03] -


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2. Et pourtant, malgré ses drames et ses blessures, dont la croix reste à jamais la marque dans l'histoire, ce monde, notre monde, demeure au coeur du projet d'amour de Dieu. Telle est à travers les actes et les paroles de Jésus la révélation centrale et décisive, ce en quoi l'Evangile est réellement une « bonne nouvelle ». Malgré les apparences Dieu n'a ni oublié, ni condamné le monde mais il l'aime dans toutes ses dimensions.
Cet amour éclate dès les premières pages de la Bible, dans les récits de la création. Le monde n'y est plus un univers peuplé de dieux redoutables, de forces à vénérer et à se rendre propices, mais c'est une réalité à comprendre, à expliquer, à nommer, à transformer.
Il est confié à l'homme et à la femme pour qu'ils veillent sur lui, pour que toujours ils maintiennent sa destination première, le service de Dieu et des hommes. Comme le disait Calvin «Nous sommes mis en ce théâtre pour y contempler la gloire de Dieu, non seulement comme témoins, mais aussi afin que nous jouissions de toutes les richesses qui y sont déployées » Réf [04].
Il y a là très clairement une positivité du monde que Dieu aime et confie à l'homme. Aucun élément de ce monde n'est donc étranger au croyant. Et la foi n'oblige à abdiquer ni sa sensibilité, ni son intelligence, ni sa raison. Cela doit se traduire aujourd'hui par un dialogue ouvert et exigeant de la foi avec la culture, la technique, la science, les savoirs contemporains et toutes les formes de la modernité.
Il est un tableau de Van Gogh qui exprime cela admirablement. On y voit une Bible ouverte, un chandelier qui en traduit la clarté rayonnante et un livre fermé, posé à côté de la Bible. C'est un ouvrage d'Emile Zola : «La joie de vivre ». Comment mieux dire que la Parole de Dieu lutte contre toutes les formes d'obscurité et d'obscurantisme. Elle n'est pas un instamment de peur devant le monde qui nous amènerait à le refuser, à le condamner ou à le fuir. Mais elle s'inscrit au centre de notre vie pour que nous prenions part à l'aventure humaine avec joie et avec bonheur.
C'est bien ce que manifeste la pratique de Jésus et c'est bien pourquoi elle rencontre l'opposition des pharisiens et des scribes. Car même les rites religieux doivent désormais s'effacer lorsqu'ils font obstacle à une libération, à une guérison ou qu'ils enferment un être humain dans sa détresse. Jamais la foi au Dieu d'amour ne peut briser l'espoir ou s'accommoder du malheur. Et jamais, au aujourd'hui comme hier, on ne saurait laisser mourir des hommes et des femmes pour sauver la pureté de la doctrine.
L'Evangile n'est pas un fardeau, un carcan de dogmes et de morales mais une confiance qui vient de Dieu. Une confiance pour vivre, pour aimer la vie et le monde reçus de Dieu, et pour servir la vie des autres.
Et les miracles de Jésus notamment manifestent ce Dieu d'amour présent à la destinée des hommes et des femmes. Un Dieu qui prend corps lui-même pour entrer dans un corps-à-corps victorieux avec la souffrance de corps meurtris, afin de les restaurer dans leur condition de créature voulue par Dieu. Lorsque Jésus guérit le corps, c'est toute la vie d'une personne dans tous ses aspects qu'il transforme : sa relation à elle-même, sa relation aux autres, son rapport au monde et à Dieu.
Les miracles sont signe et promesse d'un vivre ensemble réconcilié aux dimensions de l'univers, ils recommencent le geste de la création, ils annoncent que le monde nouveau est déjà là et que l'espérance dernière bouleverse dès maintenant les conditions de la vie.
Et celles et ceux qui ont été remis debout par Christ, nous disent mieux que de longs discours théologiques ce qu'a été son action décisive au creux de leurs vies : pardon offert, pardon reçu, guérison de la maladie, délivrance de l'alcool ou de la drogue, amour retrouvé, sens pour sa vie, confiance restaurée...
Chaque jour nous apprend ce dont Christ nous a libérés.

- un instant avec Mozart [04] -


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Ainsi la croix exprime à la fois le « oui » de Dieu sur ce monde, le oui de Dieu au salut, à la paix, à la justice, au bonheur de cette terre, un oui qui ouvre aux conversions et aux engagements.
Mais la croix est aussi le « non » que Dieu prononce sur ce monde, non au péché, à l'injustice, à la violence, à la haine, un non qui appelle à combattre toutes les puissances du mal qui l'habitent et le déchirent.
C'est dire que ces deux faces de la passion, amour et souffrance, vont éclairer jour après jour l'existence des disciples du Christ : «Si quelqu'un veut venir à ma suite, dit Jésus dans ce passage, qu'il renonce à lui- même et prenne sa croix et qu'il me suive. En effet qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile, la sauvera » (8/34).

Ainsi se tenir devant Dieu c'est suivre le Christ. C'est vivre jusqu'au bout son amour, sa passion pour le monde. C'est être prêt à l'accompagner jusqu'au lieu où il va être élevé, non sur un piédestal, mais sur une croix, rejeté, méprisé, abandonné des siens, seul.
C'est découvrir aussi dans cette solitude et cet abandon le signe d'une vie nouvelle plus forte que la mort, la promesse d'un vivre ensemble réconcilié devant Dieu, la marque d'un amour par lequel nous sommes littéralement « mis au monde ».
- Suivre le Christ, c'est redescendre de la montagne pour aller vers la plaine où des hommes et des femmes souffrent, où pleurent des enfants. C'est se tenir aux côtés de ceux qui luttent contre le mal et les forces de mort, ceux qui écoutent, qui accueillent, qui nourrissent, qui guérissent.
C'est donc être inévitablement confronté en retour à ces pouvoirs que nous défions par nos gestes et nos paroles, exposé à ces puissances qui enténèbrent le monde et obscurcissent le coeur de l'homme.
- Suivre le Christ c'est garder vive la mémoire des témoins qui nous ont précédés sur ce chemin et dont certains comme Jésus ont été « livrés aux mains des hommes », livrés parfois sans que personne ne sache ni leur nom, ni leurs souffrances. Par leur vie et par leur mort ils nous ont rendus à l'espérance et « livré » l'Evangile qui chaque jour nous donne la force et la joie des commencements.
- Suivre le Christ c'est en son nom prier le Père pour confier à son amour ceux que la vie a brisés. C'est appeler Dieu et insister lorsqu'il ne répond pas, lorsqu'il garde le silence. C'est se tenir devant Lui et réclamer pour les autres la justice et le pain, c'est appeler à la place de ceux qui n'ont plus les mots pour le faire. C'est crier pour le proche et le lointain emmuré dans le silence ou la résignation. C'est veiller, c'est espérer, c'est annoncer l'aurore à ceux qui sont enfermés dans la nuit.
- Suivre le Christ c'est offrir sa Parole comme une présence et une confiance à ceux qui aujourd'hui vivent dans la peur, ceux qui doutent, qui cherchent, qui désespèrent dans une société sans repères. Suivre le Christ c'est être porté par l'assurance que Dieu aime ce monde et qu'il veille sur lui, et que cet amour encore secret se révélera au grand jour.

Telle est l'espérance imprenable qui nous donne le courage de vivre seul et avec les autres, devant Dieu et au coeur de l'histoire.
Et cette espérance retentit dans nos nuits douloureuses comme un défi lancé à la face du malheur.
Et cette espérance résonne chaque matin comme une musique, qui donne déjà à notre terre le visage du bonheur.

- un instant avec Mozart [05] -




-Références des citations :

Réf [01] Vaclav HAVEL, Discours prononcé lors de sa réception à l'Académie des sciences morales et politiques
Réf [02] Elie WIESEL, Tous les fleuves vont à la mer. Mémoires. Le Seuil, Paris, 1994, p.133
Réf [03] France QUERE, Si je n'ai pas la charité, Propos sur l'amour. Desclée de Brouwer, Paris, 1994, p. 13
Réf [04] Jean CALVIN, Commentaire de la Genèse. Labor et Fides, 1961, p.20


- Les instants avec Mozart :

[01] Andante sostenuto de la Sonate en ut majeur pour piano et violon, K. 296. Piano Radu Lupu, Violon Szymon Goldberg.
[02] Rondeau : Andante grazioso de la Sonate en mi bémol majeur pour piano et violon, K. 302. Piano Radu Lupu, Violon Szymon Goldberg.
[03] Andantino sostenuto e cantabile de la Sonate n° 26 en si bémol majeur pour piano et violon, K. 378. Piano Clara Haskil, Violon Arthur Grumiaux.
[04] Adagio - Molto allegro de la Sonate en ut majeur pour piano et violon, K. 303. Piano Radu Lupu, Violon Szymon Goldberg.
[05] Allegro moderato de la Sonate n° 26 en si bémol majeur pour piano et violon, K. 378. Piano Clara Haskil, Violon Arthur Grumiaux.

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