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Prédication de Carême par le Pasteur Michel BERTRAND,
Président de l'Eglise réformée de France,
diffusée le 8 Mars 1997 à 18 heure par "France Culture"


DEVANT DIEU


Rassemblés sans frontières


«Nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton nom »

- un instant avec J.S. Bach [1]-


Pour parler de la solitude et du vivre ensemble, un philosophe Réf [01] utilisait une image.
Les hommes disait-il sont comme des hérissons, ils se collent les uns aux autres pour se réchauffer, mais alors ils se piquent. Ils s'éloignent donc, mais alors ils ont froid et ils se rapprochent à nouveau.
Et ce mouvement de rapprochement et d'éloignement est sans fin. Ils ne peuvent vivre ni tout à fait seuls, ni tout à fait ensemble. En somme nous avons peur de l'autre et nous avons peur sans l'autre. Nous craignons sa présence mais nous redoutons aussi son absence.
La foi, pourtant, nous invite à surmonter cette frileuse indécision. Car Dieu nous donne à la fois le courage d'être seul et la passion d'être avec l'autre. Il reconnaît chacun comme un être unique, singulier, précieux. Et en même temps sa Parole rassemble et réconcilie, elle permet à ceux qui la reçoivent d'être ensemble sans être tous pareils.

Et ce double mouvement de solitude devant Dieu et de solidarité avec les autres traverse constamment, nous l'avons vu, les chapitres 8 et 9 de l'évangile de Marc, dessinant sous nos yeux le visage de la communauté des disciples que Jésus appelle et assemble.
Appeler, assembler, rassembler : telle est l'étymologie du mot Eglise. Elle ne correspond pas forcément au visage que les Eglises ont donné d'elle-mêmes au cours de l'histoire et qu'elles offrent encore parfois aujourd'hui.
En effet cette étymologie n'implique ni un système doctrinal qui s'imposerait à tous, ni une hiérarchie qui parlerait à la place des fidèles, ni un magistère qui détiendrait la vérité de la part de Dieu, ni une institution dont les frontières précises et immuables garantiraient l'unité.
L'étymologie du mot Eglise renvoie à la Parole qui appelle et qui rassemble. La Parole qui accueille et qui envoie, qui libère et qui guérit.
Telle est en première approche la communauté des disciples. En tout cas celle que Jésus voudrait quand à déclare : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui- même et prenne sa croix et qu'il me suive » (8/34).
Non une Eglise puissante mais une Eglise servante, non une institution fermée mais une communauté ouverte et toujours en chemin.

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Et c'est bien ce que les,disciples, eux les premiers, ont du mal à comprendre. En effet depuis la parole de Pierre déclarant à Jésus «Tu es le Christ », ils ont accumulé les bévues et les incompréhensions.
Tout se passe comme s'ils avaient les oreilles fermées au cri de la souffrance humaine et les lèvres impuissantes à dire la Parole qui guérit.
Derrière les mots justes d'une belle confession de foi, on perçoit leur impuissance à la traduire dans des actes concrets. Leur incapacité à changer de vie, à modifier leurs relations entre eux, avec les autres et avec Dieu.
Ainsi, alors même qu'ils ont été incapables de libérer un enfant possédé de la maladie qui le tourmentait, les voilà, quelques jours plus tard, qui poussent l'outrecuidance jusqu'à vouloir «empêcher un homme qui guérit au nom du Christ » - c'est-à-dire qui réussit là où ils ont échoué, simplement parce qu'il ne fait pas partie de leur groupe.
C'est déjà l'Eglise officielle incapable de reconnaître le Christ à l'oeuvre en dehors d'elle.
Eglise dès le début préoccupée de préciser ses frontières et ses prérogatives. Eglise qui confisque la Parole et qui refuse de la recevoir de l'autre différent.
Eglises qui aujourd'hui se raidissent face aux ébranlements et aux mises en question. Eglises qui se crispent sur des identités qu'elles cherchent à défendre ou bien à restaurer.
Eglises qui renforcent les règles et les limites, qui fustigent et qui jugent celles et ceux du dehors. Car pour rehausser sa propre identité, rien de tel que le rejet de l'autre.

Alors, au sujet de cet homme qu'ils veulent écarter, Jésus dit à ses disciples : «Ne l'empêchez pas, car il n'y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi. Celui qui n'est pas contre nous est pour nous » (9/39-40).
Et par ces mots de mise en garde, il leur rappelle que la puissance de l'Evangile échappe à toutes nos organisations ecclésiales[es. Aucune Eglise n'en a le monopole, aucune n'est propriétaire du Christ, même lorsqu'elle le prétend, surtout lorsqu'elle le prétend comme les disciples.
L'Eglise est un événement qui peut surgir hors des institutions, là où nous ne l'attendons pas. Sur les marges des Eglises que nous connaissons, quelquefois en dehors d'elles, bien des hommes et des femmes sont en communion secrète mais vivante avec le Christ, à l'écoute de sa Parole.

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Ainsi cette nouvelle bévue des disciples nous donne sur la réalité de l'Eglise trois indications précieuses.

1. Et d'abord il faut sans cesse redire la priorité de la Parole de Dieu sur l'Eglise. Ce qui est premier, ce n'est pas l'Eglise comme rassemblement, mais c'est la Parole qui la rassemble. L'Eglise n'advient que par la Parole et ne se rend visible que dans le service de cette Parole.
C'est ce que nous voyons dans ce passage. Jésus n'appelle pas ses disciples pour constituer un groupe fermé sur lui- même, en dialogue intime avec lui. Il les invite à se mettre en route au service de l'Evangile, par leur parole, leur action, leur prière.
L'Eglise ne vit donc ni de son acquis, ni de ses projets, ni de ses doctrines, ni de ses oeuvres, ni de ses organisations toujours secondaires, mais de l'Evangile qui toujours à nouveau la suscite.
Elle ne se définit pas par ceux qui en font partie, par ses limites et ses frontières, mais par l'écoute et la réception de la Parole de Dieu, par cet événement que nulle Eglise, nulle théologie ne saurait fixer, ni contrôler, ni vérifier et qui peut retentir en dehors des institutions ecclésiales.
C'est dire, comme le montre l'épisode de l'exorciste étranger écarté par les disciples, que l'Eglise dépasse les communautés repérables et que tous les chrétiens ne sont pas dans les Eglises visiblement organisées.

2. Ainsi l'Eglise est toujours autre chose que ce que nous en savons et en voyons.
Cela amènera les Réformateurs à dire, et c'est une deuxième indication, que l'Eglise véritable est invisible aux yeux des hommes et que Dieu seul connaît ceux qui en font partie. Ainsi Calvin écrit : «Vrai est que ce privilège appartient à lui seul , de connaître qui sont les siens... ses jugements secrets surmontent notre sens ».

Il n'appartient donc jamais aux autorités humaines de statuer sur les dispositions intimes des individus et dRassemblfinir un peuple dont le recensement appartient à Dieu.
Alors face aux volontés hégémoniques et aux tentations autoritaires qui prétendraient sonder, voire régenter les consciences, nous devons tenir ferme la conviction «qu'aucune Eglise particulière ne peut prétendre délimiter l'Eglise de Jésus- Christ, car Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent » Réf [02].
Et donc l'important, nous le sentons bien ici, dans la réponse de Jésus, n'est pas de savoir où est l'Eglise, mais où se tient le Christ et si je marche dans ses pas.
Ainsi Eglise est mobilisée par un événement qui est infiniment au-delà d'elle-même. Par elle le Christ poursuit son oeuvre libératrice et créatrice. Elle est donc au service d'une Parole qui n'est pas en son pouvoir, qui tout à la fois la fonde et la déborde infiniment. Elle annonce un royaume qui la dépasse de partout.

3. Et du coup la volonté pathétique qui se manifeste parfois de définir la véritable Eglise, de la garantir dans son unité par sa doctrine et ses frontières, d'en poser des signes visibles et objectifs, n'est-elle pas une manière de mettre la main sur Dieu, une façon de refuser la Parole de l'Autre qui nous dérange et nous révèle à nous-mêmes, d'étouffer l'oeuvre de l'Esprit qui passe par d'autres chemins que ceux que nous avons prévus ?
N'est-ce pas aussi une marque de peur, qui est finalement un manque de foi, une perte de confiance en Celui qui est le fondement de l'Eglise ? Car lorsqu'on est incertain de l'essentiel, alors il faut dresser des barrières et nous rassurer dans nos pouvoirs humains. C'est bien d'ailleurs ce que font les disciples.
Mais quand on est assuré de l'essentiel, quand on est enraciné dans cette confiance qui vient de Dieu, source de notre identité véritable, alors on peut accepter la pluralité, la diversité, l'ouverture aux autres. On peut prendre sa place d'être unique et singulier dans un rassemblement qui dépasse toutes les frontières humaines.
Ce qui donc est décisif, ce n'est pas d'appartenir à une institution ecclésiale, mais d'appartenir au Christ et d'être par nos vies personnelles renouvelées, les témoins de la réconciliation offerte.

- un instant avec J.S. Bach [2]-


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Nous venons de voir que le point de départ de la foi n'est pas dans l'appartenance à une Eglise mais dans la rencontre personnelle avec le Christ, que l'Eglise est toujours seconde par rapport à la Parole qui la suscite et que par conséquent la véritable Eglise est invisible.
Et pourtant, ces passages de l'Evangile de Marc nous montrent que Jésus donne forme visible à la communauté de ceux et celles qui s'efforcent de l'écouter et de le suivre. Il organise concrètement le groupe de ses disciples. Il les réunit pour les instruire en vue de la mission qu'il leur confie.
Nous ne pouvons donc en rester à un individualisme, et du coup à une invisibilité de l'Eglise, qui ne serait qu'un alibi à nos silences, à nos prudences et à nos démissions.
Si la dimension individuelle de la foi est indépassable, elle ouvre aussi sur un vivre ensemble ecclésial en vue du ressourcement, du témoignage et du service.
Et ce vivre ensemble devant Dieu va prendre sur les pas du Christ, quatre figures qui affleurent constamment dans ces textes de Marc et qui me paraissent essentielles pour notre temps quand il s'interroge sur son rapport à l'autre.

l. Et d'abord la figure de l'écoute.
Elle se manifeste ici dans l'attitude de Jésus à l'égard des foules dont il accueille la faim de Parole et de pain, à l'égard de l'aveugle dont il entend la souffrance, à l'égard du père dont il reçoit la prière, Rassembl l'égard aussi des pharisiens qu'il prend le temps d'écouter, à l'égard enfin des disciples dont il perçoit les questions même lorsqu'ils ne les posent pas.
Ainsi l'Eglise est cette communauté où il ne s'agit pas toujours et d'abord de donner, de faire, de s'activer, de parler, d'apporter mais d'écouter et de recevoir.
On repense aux propos de Bonhoeffer quand il disait : «Certains chrétiens, et en particulier les prédicateurs, se croient toujours obligés de « donner quelque chose lorsqu'il se trouvent avec d'autres hommes. Ils oublient qu'écouter peut être plus utile que parler. (...) Celui qui estime son temps trop précieux pour pouvoir le perdre à écouter les autres n'aura en fait jamais de temps pour Dieu et le prochain; il n'en aura plus que pour lui- même,, pour ses discours et ses idées personnels »Réf [03].
C'est ce que n'avaient pas compris les disciples. Dans ce passage ils sont toujours en train de parler et de s'agiter et ils n'entendent vraiment ni la Parole du Christ, ni les cris de l'histoire.
Au point que Jésus est obligé, à plusieurs reprises, de les prendre à l'écart pour les replacer devant sa Parole et devant leur mission.
A travers ces disciples fragiles, qui cherchent et qui tâtonnent, qui s'efforcent d'aider l'autre mais que Jésus est obligé de soutenir, l'Eglise apparaît comme «communauté des vulnérables », où chacun est tour à tour celui qui écoute et encourage les autres, et celui dont la faiblesse appelle à l'aide.
L'Eglise, lieu-relais où l'on reprend souffle, où l'on fait cercle autour des Ecritures bibliques, où l'on s'annonce mutuellement l'Evangile, avant d'aller ailleurs, en route avec le Christ.
Lieu qui ne retient pas et où l'on ne s'arrête que dans la perspective de repartir plus loin.
Lieu où chacun se sent reconnu sans avoir à se justifier de ce qu'il est, ou de ce qu'il n'est pas, simplement parce qu'il participe à la même grâce et qu'il est accueilli comme tel.
Cela est particulièrement important aujourd'hui où tant d'hommes et de femmes ont perdu confiance en eux- mêmes et souffrent d'un manque d'écoute, de relation, qui contribue à les exclure.

2. Mais si le vivre ensemble de la communauté de Jésus est l'écoute, il prend aussi la figure de l'annonce.
Rassemblée, édifiée par la Parole, l'Eglise a en effet pour mission de partager cette Parole, c'est-à-dire annoncer à ceux qui cherchent et qui désespèrent qu'il y a, à la suite du Christ, des repères pour vivre, des chemins pour aimer et être aimés.
Si aujourd'hui nous ne savons pas partager et proposer clairement des convictions consistantes et ouvertes à la fois, c'est-à-dire des paroles qui consolent, qui guérissent, qui orientent, qui aident les gens à vivre, ceux-ci se tourneront vers les réponses toutes faites des gourous et des chefs, les discours sécuritaires, le légalisme moral des religieux ou les formes anciennes et nouvelles de la superstition et de l'idolâtrie.
Il ne s'agit pas d'imposer des réponses autoritaires et magistérielles mais simplement de faire entendre clairement la Parole de Dieu qui ouvre un chemin de confiance et de liberté.

Il ne s'agit pas non plus d'acquiescer à toutes les demandes et attentes spirituelles qui s'expriment, mais d'inviter chacun à placer sa vie devant Dieu pour se laisser transformer par Lui.
Non pas une «langue de bois» sans saveur mais, comme à Pentecôte, une langue de feu qui rejoint chacun, personnellement, au coeur de ses joies et de ses souffrances.
Une parole parfois de vigilance, d'indignation, de protestation, de résistance quand la vie du monde est menacée, quand la dignité d'hommes et de femmes est bafouée.
Si nous tenons ferme la Parole qui est le Christ, rien ne saurait nous décourager ni nous intimider. C'est lui qui nous permet de parler «ouvertement », «avec assurance », pour reprendre l'expression que Marc emploie dans ce passage à propos de Jésus. (8/32)
Pour les témoins, c'est la liberté de tout dire au-delà des censures, des contraintes, des persécutions, c'est la force et l'amour de ne pas garder pour eux l'Evangile, mais de le proclamer au monde.

- un instant avec J.S. Bach [3]-


3. Nous venons de voir deux aspects de l'Eglise. Celui de l'écoute et celui de l'annonce. Elle prend aussi dans ce passage la figure du service.
Jésus en effet ne se contente pas de mots, ceux qu'il entend et ceux qu'il prononce. Mais il pose des signes et accomplit des actes.
La proclamation par Jésus de la Bonne Nouvelle est inséparable de sa mise en oeuvre par toute sa vie. La parole guérit, les guérisons parlent.

Et à plusieurs reprises au cours de son ministère il va dénoncer les mots usés et discrédités des discours religieux lorsqu'ils sont sourds aux cris et aux souffrances de ce monde.
Alors ses miracles sont comme des «paraboles vivantes», des signes dressés qui proclament que l'être humain ne se réduit jamais à ce qu'il a fait ou subi, à sa maladie ou à son destin.
Et à la suite de son maître la communauté des disciples doit maintenir toujours cette solidarité du geste et de la parole. Car ce serait un malentendu funeste de penser que la suivance du Christ est toute intérieure, toute spirituelle.
Ainsi, dans ce texte, les disciples sont appelés à nourrir eux-mêmes les foules, à guérir l'enfant, à accueillir l'autre différent, même s'ils n'y parviennent pas toujours.
La fidélité au Christ et les gestes de miséricorde vont de pair, non pas dans un ailleurs dont rêvaient les disciples, mais ici et maintenant, au coeur du quotidien. C'est là que se vérifie l'authenticité de notre attachement au Christ.
Tout au long de l'évangile de Marc, et de manière très précise dans ce passage, il y a une articulation étroite de la parole, de l'action et aussi et de la prière.
Le message n'est pas séparable de l'engagement qui l'incarne et le manifeste. La pratique n'est pas séparable de la parole qui l'accompagne et qui l'éclaire. L'un et l'autre ne sont pas séparables de la prière qui les oriente et qui les soutient.
C'est ainsi que l'Eglise, est communauté de guérison et communauté d'espérance.

4. Mais si l'Evangile est écoute, s'il est proclamation en paroles et en actes, il est aussi puissance de communion, littéralement appel à « mettre en commun » nos richesses différentes.
C'est dire qu'inévitablement une Eglise qui écoute, qui fait place à la reconnaissance de l'autre et à la solidarité concrète avec lui va constamment élargir son vivre ensemble.
Elle témoigne d'une réconciliation plus grande qu'elle- même et qui concerne « l'ensemble de la terre habitée ».
Elle prend donc figure oecuménique, au sens original et vaste de ce mot, non par choix, ni par priorité, mais par vocation.
Car l'Evangile porte en lui une puissance de rapprochement, qui transgresse toutes les barrières culturelles, sociales, et même religieuses. Le Christ est source d'une communion qui traverse les murs et qui unit ensemble les plus éloignés.
On le voit dans ce passage où Jésus en route vers la Galilée ignore les frontières géographiques et culturelles, les cloisonnements qui séparaient les bons croyants des mécréants, les malades des bien-ponants, les purs qui se protègent des impurs qui se cachent.
Aujourd'hui l'Evangile peut surmonter les fossés qui existent entre générations, entre classes sociales, entre milieux différents. Et cela est particulièrement important dans un monde éclaté où la pathologie de la communication est si grande et le poids de la solitude si lourd.
L'Eglise peut être un lieu privilégié d'écoute de l'autre dans sa différence, un lieu de partage et de débat, un lieu d'apprentissage de la réciprocité.
En découvrant et en reconnaissant le Christ à l'oeuvre différemment, à travers un autre langage, suivant d'autres inspirations, parfois sous d'autres cieux, nous sommes préservés de la tentation de réduire le Christ à notre image.
A l'heure où nous avons tant de mal à sortir de nos points de vue particuliers et exclusifs, que ce soient ceux de nos groupes sociaux et culturels, de nos identités confessionnelles ou de nos hexagones spirituels et théologiques, nous avons plus que jamais besoin des autres pour opérer le permanent décapage de notre fidélité, pour apporter cette diversité des points de vue qui peut seule faire surgir le plein relief du Christ.
Car contrairement à ce que trop de gens pensent cette diversité n'est pas un mal à exorciser. Elle est inscrite au coeur même des Ecritures bibliques et c'est elle qui nous protège de tout fanatisme.
L'unité des chrétiens à .laquelle nous voulons travailler n'est pas l'uniformité. C'est la communion d'hommes et de femmes individualisés, libres, responsables, irréductibles les uns aux autres, mais qui confessent le même Christ.
Et les moments que nous vivons depuis quatre semaines sont un peu une parabole de cette communion dans la diversité, où chacun est rejoint par la parole et par elle relié aux autres.
Ces textes de l'Evangile de Marc invitent donc à élargir sans cesse notre horizon, à faire en sorte que les Eglises ne soient pas des lieux clos où n'habitent que des semblables, mais des espaces ouverts où sans cesse pourront être reprises les interrogations qui habitent nos vies, qui tourmentent et déchirent l'histoire.
Toutes ces questions vitales, nos questions de tous les jours, que nous sommes invités à placer devant Christ et que nous sommes toujours tentés de laisser à la porte de nos Eglises.

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Ainsi la communauté qui écoute, qui annonce, qui guérit, qui grandit, porte sans relâche devant Dieu l'ensemble de la communauté humaine et la création tout entière. Tel est son culte, son. service. Il ne se manifeste pas dans la puissance mais dans des actions modestes et concrètes.
C'est ce qui va se produire avec les foules qui ont faim. Les disciples apportent leurs sept pains et ils découvrent alors que lorsqu'ils mettent ensemble le peu qu'ils possèdent il y a assez pour nourrir les foules. Ce qui était dérisoire, inutile, ce qui semblait voué à l'échec va apparaître plein de promesses et de ressources dès lors qu'on le partage.
Ainsi, c'est peut-être lorsque l'Eglise se sent faible, démunie, lorsqu'elle est tentée de baisser les bras, lorsqu'elle a fait le deuil de ses rêves de toute-puissance et d'efficacité, qu'elle peut s'élargir vraiment et partager l'essentiel qu'elle a de toutes façons reçu.
Car la Parole de Dieu suscite toujours un mouvement de sortie de soi et d'accueil de l'autre. . Toujours elle décentre l'Eglise et la déporte, au-delà d'elle-même, notamment vers les femmes et les hommes blessés, dévoilant ainsi l'universalité de l'amour de Dieu.
Des hommes et des femmes qui ne savent pas toujours où ils vont, mais qui découvrent alors avec qui ils marchent et quelle espérance les porte et comment leur vie en est tout agrandie. Ne les appelons pas trop vite l'Eglise. Soyons sûrs plutôt d'être du même chemin.

un instant avec J.S. Bach [4]



-Références des citations :

Réf [01] Schopenhauer
Réf [02] Discipline de l'Eglise réformée de France. Titre 1, article Ier, » 1
Réf [03] Dietrich BONHOEFFER, De la vie communautaire. Delachaux et Niestlé, 1955, pp. 97- 99

-- les instants avec J.S. Bach :

[01] Adagio du Concerto en Mi pour violon et orchestre, BWV 1042. Violon Arthur Grumiaux et Herman Krebbers. Les Solistes Romands. Direction Arpad Gerecz.
[02] Siciliano du Concerto en Ré mineur pour hautbois, cordes et continuo, BWV 1059. Hautbois Heinz Holliger. Academy of St Martin- in- the- Fields. Direction Iona Brown.
[03] Adagio du Concerto en Ré pour hautbois, violon, cordes et continuo, B WV 1060. Hautbois Heinz Holliger, Violon Arthur Grumiaux et Herman Krebbers. New Philharmonia Orchestra. Direction Edo de Waart.
[04] Cantate Nƒ 170, Aria « Vergnügte Ruh', beliebte Seelenlust». Contralto Maureen Forrester. The Wiener Solisten. Direction Anton Heiller.
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