Carême 1931 : QU’EST-CE QUE L’EGLISE ?

Avant-Propos

Avant-Propos

Lorsqu’en 1896 parut Qu’est-ce qu’une Eglise ? de T. Fallot de nombreux esprits, attentifs à discerner les signes des temps, eurent le sentiment qu’une orientation nouvelle était donnée à la pensée protestante et que le jour ne devait pas tarder à venir où, libérée du joug d’un individualisme et d’un subjectivisme séparés de l’affirmation des surnaturelles solidarités voulues de Dieu, la chrétienté évangélique retrouverait la foi à la réalité de l’Eglise.

Ce jour est-il enfin venu ? A écouter les échos prolongés que la conférence œcuménique de Lausanne a déterminés dans les Eglises de la Réforme, à enregistrer les innombrables études consacrées à la doctrine de l’Eglise, il semble qu’il s’est à tout le moins beaucoup rapproché. Certes, nombreux sont encore les protestants qui, méconnaissant la pensée authentique des Réformateurs, regardent comme entachés de romanisme ceux qui se bornent à demander qu’une doctrine protestante de l’Eglise s’inspire de Calvin et se fonde sur l’enseignement de saint Paul et, plus encore, sur la pensée et l’action de Jésus-Christ. Accueillons toutefois avec une profonde gratitude et une fervente espérance tant d’efforts de la pensée chrétienne, pierres vivantes avec quoi sera construite, demain, par ceux à qui Dieu confiera cette tâche si nécessaire, la doctrine protestante de l’Eglise.

On croira sans peine que je n’ai pas eu la prétention ne serait-ce que de donner l’esquisse de cette construction doctrinale dans les conférences que renferme le présent volume. Conduit par mes études de ces dernières années, en particulier par celle que j’ai consacrée à Jésus-Christ, jusqu’au seuil de l’Eglise, je ne pouvais renoncer à rechercher, avec mes auditeurs visibles et invisibles (1), ce qu’est l’Eglise, quelle est son origine, sa nature, son autorité, sa mission. Ainsi ai-je été amené, non pas à écrire sur l’Eglise le livre qu’attend la théologie protestante, mais à essayer simplement de faire réfléchir les auditeurs et les lecteurs de ces conférences à l’obligation pour le protestantisme d’édifier une doctrine de l’Eglise qui, parce qu’elle ne peut être celle de l’Eglise romaine, doit d’autant plus être catholique, au sens le plus profond du mot, si elle veut vraiment, fondée sur l’enseignement du Christ et des apôtres, répondre aux exigences d’un temps où les puissances sataniques se préparent à livrer à la foi chrétienne l’assaut le plus violent qu’elle ait jamais subi. Qu’on me permette d’indiquer qu’en exprimant cette pensée j’ai la conviction d’être fidèle, non seulement à la pensée de Fallot dont je me sens plus que jamais le débiteur, mais aux enseignements de Calvin, de saint Paul et du Christ lui-même.

D’aucuns regretteront peut-être que j’aie donné si peu de place, dans mes conférences de cette année, à la mission sociale de l’Eglise. On verra, dans les pages consacrées à l’Eglise militante, que les graves problèmes du temps présent, que l’Eglise a le devoir de poser et de chercher à résoudre en pleine clarté, me paraissent exiger une étude approfondie à laquelle j’ai l’ambition de consacrer, si Dieu m’en donne la force, mes conférences de 1932. Ainsi s’achèverait l’examen, poursuivi depuis quatre ans déjà, du conflit plus redoutable que jamais entre le Christianisme et le monde moderne. Pour ma part, plus j’avance dans cette étude, plus je sens s’affermir en moi la persuasion que ce n’est qu’en étreignant plus fortement que jamais la croix du Christ et les révélations que Dieu nous donne par elle que l’Eglise remportera la victoire qui sauvera le monde. In hoc signo vinces !

27 avril 1931.

 

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(1) Comme les conférences de 1929 et 1930, celles de 1931 ont été radiodiffusées par Radio-Paris dont les directeurs ne seront pas surpris de trouver ici l’expression de ma gratitude.