Carême 1957 : Les Sept Paroles de la Croix

Avant-Propos

Sans
doute n’ai-je jamais éprouvé, à préparer
les prédications d’un nouveau carême, autant
d’émotion, de crainte et de joie que pendant les mois
écoulés depuis Pâques 1956. C’est, en
effet, le lendemain de Pâques, alors que je me rendais en
Vendée pour présider à la bénédiction
d’un mariage, qu’arrêté longuement en gare
de Poitiers par suite d’un changement d’horaire, j’ai
reçu la conviction soudaine que, si Dieu me permettait de le
prêcher, le carême de 1957 devrait être consacré
à « entendre » les sept Paroles de la
Croix.

Depuis
lors, dans une ferveur toujours renouvelée, par une méditation
constante des récits de la Passion, par l’étude
de quelques livres traitant du même sujet, j’ai vécu,
et très particulièrement ces derniers mois, devant la
Croix. Oserai-je confesser qu’à plusieurs reprises, dans
un sentiment d’impuissance extrême, j’ai hésité
à poursuivre mon effort ? Et cependant j’ai été
comme contraint de ne pas l’abandonner, assuré que Dieu
m’aiderait à faire entendre de mes auditeurs, après
l’avoir écoutée moi-même, une partie tout
au moins de ce qu’Il nous révèle dans les Paroles
de la Croix.

Après
que j’ai prononcé ces prédications, convenait-il
de les livrer à l’impression ? Des lettres reçues
de catholiques, de protestants, d’incroyants qui les ont
entendues et souhaitent les relire et les faire lire, ont triomphé
de mes hésitations. Et cependant, mieux que quiconque, je sais
tout ce qui manque à ces méditations. Les questions de
texte et d’historicité auraient dû être
élucidées moins brièvement. Le problème
de l’accomplissement des prophéties dans l’histoire
de la Passion n’a pu être qu’effleuré. Et
surtout j’ai conscience de ne pas avoir creusé assez
profondément certaines des pensées capitales exprimées
par les paroles de la Croix.

Reprendre
ces prédications, les remettre sur le métier, leur
donner les développements nécessaires était
impossible. Les voici donc telles qu’elles ont été
dites. En les préparant, en les priant, en les prononçant,
j’ai senti la brûlure du feu invisible d’où
elles ont jailli. Que Dieu permette que mes lecteurs soient atteints
au plus intime de leur être par ce feu de l’amour dont
était embrasé le cœur de

Jésus
crucifié !

*

C’est,
des vingt-six carêmes que j’ai prêchés, la
dixième série de prédications que j’offre
au public. L’occasion m’est ainsi donnée
d’indiquer brièvement pourquoi j’ai cru, dès
1928, devoir m’engager dans cette forme du ministère de
la Parole, et comment j’ai été conduit à
modifier la conception que j’en avais eue tout d’abord.

Pasteur
depuis 1918 de l’Eglise Réformée de
l’Annonciation, établie dans le XVI° arrondissement
de Paris, j’étais arrivé à la conviction
que notre paroisse devait affirmer sa volonté de témoignage
en entrant sans réticence dans une voie nouvelle. Après
tout, dans le quartier de Passy, si « résidentiel »
et bourgeois soit-il, des hommes et des femmes vivent en dehors de
toute foi chrétienne, dans une solitude spirituelle souvent
douloureuse, séparés de l’Evangile par des
incompréhensions, des préjugés ou des
malentendus. C’est à ceux-là d’abord que
j’ai pensé. Il m’a semblé qu’il
fallait tenter d’ôter le plus d’obstacles possible
de la voie qui pourrait les conduire à la connaissance de la
vérité chrétienne, et surtout à une
rencontre personnelle avec le Christ. Mes premières séries
de conférences ont donc revêtu un caractère
apologétique qui n’a pas été sans frapper
un certain nombre de mes auditeurs, que leur retransmission par la
Radiodiffusion française (à laquelle je dois une grande
reconnaissance) accroissait d’année en année.

Cependant
je n’ai pas tardé à me rendre compte qu’à
des conférences apologétiques devaient succéder
des prédications, d’un contenu authentiquement
biblique, et plaçant leurs auditeurs en face des questions
toutes personnelles que nous pose Dieu dans sa Parole. La Vie
chrétienne
annonçait déjà cette
conception nouvelle qui a nettement prévalu, pour ne citer que
les prédications publiées, dans La prière de
l’Eglise universelle
, La Vie triomphante, Le
chrétien et la souffrance
(1).

La
présente série se situe dans la même ligne. Il en
était de même, d’ailleurs, de La liberté
chrétienne
étudiée dans son fondement
biblique en 1956 et que j’ai le regret de n’avoir pu
jusqu’à présent mettre au point en vue de
l’impression.

Un
dernier mot exprimera bien imparfaitement mon immense gratitude à
tant d’auditrices et d’auditeurs de ces dernières
semaines dont les lettres m’ont apporté un inappréciable
encouragement.

C’est
à eux très particulièrement que j’offre
ces pages, en demandant à Dieu qu’elles soient auprès
de leurs lecteurs messagères de l’Amour que révèle
la Croix afin qu’en vivant nous donnions à d’autres
la soif de la connaître et d’en vivre.


mai 1957

1()
Editions Berger-Levrault.